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Quand Gabrielle, cheffe contenu pour Mollo, m’a demandé si je voulais m’intéresser aux couples qui adoptent un animal avant d’avoir un enfant pour partir avec une longueur d’avance, j’avoue être demeuré perplexe. « Vraiment? Il y a des gens qui font ça? C’est donc ben bizarre! » Puis, je me suis rappelé que ma conjointe et moi avions nous-mêmes eu un chien avant d’avoir notre premier enfant. «Ah, ben oui. C’est peut-être pas si bizarre, finalement», que je me suis dit, incapable de soutenir mon regard dans le miroir plus de deux secondes.
Alors, est-ce que c’est vrai que ça aide? Quels sont les bénéfices d’une telle pratique? Pour que ça marche, l’animal et le bébé doivent-ils porter le même nom?
Voici quelques réponses.
Sur le web, j’ai lu quelques témoignages qui avancent que le fait d’avoir à prendre soin d’un pitou – bien que ce soit complètement, mais alors là complètement différent que de s’occuper d’un nouveau-né – permettrait de développer son sens des responsabilités, un atout essentiel quand on devient parent.
L’adoption d’un chien, ça force effectivement les gens qui l’accueillent à devoir répondre à ses besoins, en le nourrissant plusieurs fois par jour, en ramassant ses petits cadeaux et en lui faisant prendre une marche, notamment.
Les parents ont également recours à cette tactique pour développer l’autonomie des enfants. En étant en partie responsable d’un animal, ils apprennent à effectuer des tâches pas toujours plaisantes au quotidien, ce qui contribue à les rendre plus débrouillards avant de quitter en appartement.
Ça, c’est s’ils ne décident pas de rester jusqu’à la fin de l’éternité.
Selon plusieurs, avoir un animal chez soi serait aussi utile pour établir une routine bien précise, comme l’être poilu doit être nourri, abreuvé et sorti à des heures précises. Fini, le temps où on pouvait découcher en dormant chez des amis après une Saint-Jean un peu trop arrosée à Valleyfield : un être vivant dépend de vous!
Fonder une famille, et donc accueillir des êtres qui déplacent de l’air (et 800 gogosses), ça veut aussi dire embrasser le bordel. Désolé de vous l’annoncer, mais votre demeure ne sera plus immaculée comme sur la page centrale d’un magazine de déco.
Que ce soit pour établir l’horaire de la semaine, se répartir des tâches ou ventiler à la fin des journées plus difficiles, échanger régulièrement dans le respect avec sa douce moitié est d’une importance capitale.
Et avoir un fidèle complice à quatre pattes à ses côtés force les gens à développer une meilleure communication, par nécessité, comme pour demander : « As-tu donné la pilule contre les vers du cœur à Gaston? »
Curieux de connaître l’avis de spécialistes en la matière, j’ai discuté avec Dre Jade Zollo, propriétaire et vétérinaire à la clinique Station Vet, et la Dre Emmanuelle Fournier Chouinard, fondatrice et directrice du Centre HUMANIMAL, psychologue, intervenante et enseignante en médiation animale/zoothérapie.
D’emblée, Dre Zollo admet n’avoir jamais entendu parler d’une telle pratique. Elle est cependant bien au fait des abandons assez fréquents d’animaux en raison de leur difficulté à s’acclimater à l’arrivée d’un enfant.
Bien qu’elle croit qu’une rencontre interespèce soit très positive pour développer d’éventuelles compétences parentales, l’intervenante en médiation animale met en garde les personnes qui ne verraient leur chien qu’à des fins utilitaires. Il faut plutôt le voir comme un membre de la famille à part entière, et non comme celui qui se trouverait sur un siège éjectable au moindre désagrément.
Vous devez bien ça à Gaston.
Avoir des enfants, ça vient effectivement avec une routine à respecter, dans la mesure du possible, pour que les petits grandissent dans un environnement sain. Il peut donc être intéressant pour des gens qui souhaitent éventuellement devenir parents, et qui fuient la routine comme l’hantavirus, de l’apprivoiser en prenant soin de Gaston, le chien saucisse.
Un chien aussi, ça vient avec belle pelletée de bordel. Et ça peut aider les gens qui souhaitent devenir parents et qui n’y sont pas habitués à lâcher prise sur le rangement et la propreté, qui passent souvent au second rang quand on fonde une famille. Parce qu’avoir un plancher un peu sale, des excréments sur un coussin ou un moustiquaire défoncé, ça fait partie de la vie.
Un autre point soulevé pour encourager les personnes à prendre soin d’un animal avant d’accueillir un enfant est que la gestion du quotidien devient pas mal plus compliquée, ce qui force les partenaires – quand on est en couple, évidemment – à communiquer davantage et de façon plus efficace, un atout d’importance à l’arrivée d’un bébé.
De son côté, Dre Fournier Chouinard, qui développe une expertise autour des relations interespèces depuis maintenant 20 ans, me confirme que des études ont confirmé les effets bénéfiques du compagnonnage entre espèces, notamment chez les enfants et les adolescents afin de leur inculquer le sens des responsabilités. Elle précise cependant que l’adoption d’un animal, fréquente chez les jeunes couples, n’est habituellement pas réalisée dans le but explicite d’acquérir des habiletés avant d’avoir des enfants. Elle se produirait plutôt naturellement et contribue à découvrir l’autre sous d’autres angles dans sa façon de se comporter avec un petit être.
Prendre soin d’un chien nous révèle aussi possiblement des côtés insoupçonnés, autant chez soi que chez l’autre, selon la psychologue. Est-ce que ces nouvelles responsabiltés me créent de l’anxiété? Mon partenaire est-il plus impatient que je ne le croyais? Notre façon d’être avec cet être vivant peut nous en dire long sur le style de parent qu’on serait. «Il y a des chances que ce que tu vis avec ton chien, tu le vivras aussi avec ton enfant », ajoute-t-elle.