Essence : on se fait encore rouler

TVA a dépêché ses plus brillants journalistes à Montréal, Québec, Rimouski, Saguenay, Trois-Rivière, en Estrie et en Outaouais pour débusquer l’info du jour, je veux parler des derniers soubresauts du prix de l’essence à la pompe. C’est dire qu’après une période débridée de printemps rouge au carré et d’été en campagne électorale, les choses sont revenues à la normale.

N’en déplaise à mon collègue André du mercredi qui a pris 10 lignes pour trouver des bonnes raisons de ne pas parler du sujet de l’heure, j’en prendrai trois ou quatre fois plus pour le faire parce que je sais que vous aimez ça.

On aura tout entendu ces derniers jours : «Les pompistes s’en mettent plein les poches» (un journaliste qui n’a pas peur des expressions à l’emporte-pièce), «Faut faire le plein le plus vite possible pour battre cette hausse» (un expert bien informé), «Le prix redescend beaucoup moins vite qu’il n’est monté» (un expert en yoyo), «À Montréal le réveil a été brutal» (un journaliste qui n’est pas allé en Syrie depuis longtemps), et j’en passe.

À quoi servent ces reportages qui n’en sont pas si ce n’est pour nous rappeler ce que nous savions déjà, à savoir que ce sont les compagnies pétrolières qui font la loi sur la planète ainsi que la pluie et le beau temps dans les officines du pouvoir.

Si on se fie aux chiffres affichés en grand sur les pancartes criardes des pompes à essence de la province, les prix auraient augmenté, paf d’un coup, de 6 à 14 ¢ du litre selon les régions. Suffisamment pour que les autonombrilistes se précipitent dans leur auto, fassent plusieurs kilomètres et attendent à la queue leu-leu pour faire le plein en catastrophe.

Attendez, que je calcule… des gens sont devenus fous et furieux pour une économie de 5 ou 6 $? Ils ont perdu leur temps et brûlé du gaz dans le moteur à explosion de leur char pour le prix de deux cafés beiges oups, beignes, chez Tim Horton? Ils sont montés sur leurs grands chevaux vapeurs pour quelques cents d’augmentation?

Les raisons de faire monter le prix de l’essence alors que c’est la rentrée du bulletin de circulation et le retour des heures de pointe ubuesques sont nombreuses. Un ouragan? 10 ¢/litre d’augmentation. Une guerre au Moyen-Orient? 4 ¢ de plus. Une guerre au Proche-Orient qui, comme son nom l’indique, est moins loin que le Moyen? 8 ¢ en sus. Un hiver trop froid? 7 ¢. Un été trop chaud? 9 ¢. Un jour de congé qui tombe la veille d’une fin de semaine? 5 ¢ sans vraiment comprendre pourquoi. Une marée noire? Seulement 2 ¢ à cause des désagréments et des images d’oiseaux englués dans le pétrole qui nous bouleversent tant au téléjournal.

Alors, quand Stephen Harper décide de fermer l’ambassade du Canada en Iran pour on ne sait trop quelle osbcure raison, vous imaginez bien que les multinationales sautent sur l’occasion avec joie pour faire flamber les prix du pétrole et pomper l’argent de vos précieuses économies.

Et si c’étaient les grosses compagnies pétrolières qui avaient raison? Et si la hausse des prix n’était en fait que la réponse logique à l’augmentation de la demande comme on l’explique si bien dans les cours d’économie? Si vous voulez lutter efficacement contre l’augmentation du prix de l’essence, il y a heureusement plusieurs solutions: allez en vélo, prenez le transport en commun, faites du covoiturage, changez votre Hummer pour une Yaris et votre Yaris pour une Volt, marchez, patinez, déplacez-vous en long-board ou en trottinette… bref, ne passez plus vos temps libres à rouler au ralenti sur le pont ou à faire le plein à la pompe. Vous verrez que moins la population sera dépendante de l’essence moins son prix vous montera à la tête.

Parce que si ça continue comme ça, il sera bientôt plus économique de rouler au Cabernet Sauvignon ou au Merlot qu’au super sans plomb. Notez que ce serait beaucoup plus rigolo.

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