En attendant la fin du monde, on a jasé de cash avec Jean-Philippe Baril Guérard

Parce que sur scène, les changements climatiques sont une occasion d’affaires.

L’apocalypse est à l’affiche au festival d’arts vivants OFFTA. Profitant de la liberté de création qui caractérise l’événement, le dramaturge Jean-Philippe Baril Guérard y présente une « conférence » interactive, Capitalisme tardif.

Les changements climatiques vont détruire la terre? Profitez-en! Le chaos est une opportunité pour devenir riche. Comment? En investissant dans les ressources qui seront bientôt limitées… « Imagine que t’es à Osheaga pis qu’il fait chaud en sacrament. S’il n’y a de l’eau que dans les stands de vente, tu veux être le gars qui les possède », illustre le conférencier satirique.

En attendant que tout prenne en feu, on a posé quelques questions à Jean-Philippe pour comprendre sa relation avec l’argent, un sujet qui le tourmente depuis plusieurs années.

Les questions

Ta pièce fait ressortir les pires côtés de l’humain, l’argent étant au centre de ses manifestations. Et toi, est-ce qu’avoir le portefeuille plein te titille le plaisir coupable?

Je n’ai que ça, des plaisirs coupables! Moi, j’aime le cash dans la vie. Ça me permet de faire toutes sortes d’affaires : avoir un bel appartement, m’occuper de mon chien, aller au restaurant. Je fais plus d’argent qu’il y a 10 ans, et je dirais que j’ai plus de fun qu’il y a 10 ans, aussi.

J’ai l’impression que c’est impossible d’avoir un discours critique sur l’argent et faire des choix de vie qui sont en accord avec lui.

En même temps, j’essaie de faire mon épicerie zéro déchet et de faire des achats responsables, mais au final… j’ai un iPhone, qui est fait par des enfants qui travaillent dans des mines aux conditions atroces au Congo. Je suis végétarien, mais en même temps je mange du fromage, faque je contribue quand même à l’agriculture intensive.

J’ai l’impression que c’est impossible d’avoir un discours critique sur l’argent et faire des choix de vie qui sont en accord avec lui. Donc comme consommateurs et comme critique du capitalisme, on est toujours en train de parler des deux côtés de la bouche.

Est-ce que t’as déjà acheté quelque chose qui a changé (un peu) ta vie?

Il y a un show que j’ai fait en 2014 qui s’appelle Tranche-cul. Il y avait 14 acteurs dans ce show-là, ça coûtait vraiment cher et j’ai pas eu mes subventions. J’avais eu une grosse année financière, donc j’ai dit YOLO et j’ai mis 15 000$ dans mon show. Je mets toujours un peu de mon argent dans mes spectacles, mais là c’était next level.

Ironiquement, l’année d’après j’étais vraiment dans la marde avec l’impôt et je l’aurais vraiment pris, ce 15 000$-là.

Peux-tu nous raconter cette histoire-là?

Cette année-là, j’allais pas super bien. J’étais à bout, j’étais épuisé, ma vie personnelle allait mal. Alors côté finances, c’est facile de se mettre la tête dans le sable, et ça fait juste empirer le problème…

Je pense que j’étais genre… un an et demi en retard sur toute. Sur mes taxes, c’était quelque chose comme cinq trimestres, et j’étais à mon deuxième rapport d’impôt non remis. C’était une affaire ridicule. Pis quand je me suis levé un matin et que j’ai décidé de gérer mes trucs… eh boooooy que c’était pas facile!

Quand tu dois, mettons, 80 000$ à l’impôt, tu penses à toutes les dépenses connes que tu as fait dans ta vie et là, t’as des regrets.

Quand tu dois, mettons, 80 000$ à l’impôt, tu penses à toutes les dépenses connes que tu as fait dans ta vie et là, t’as des regrets. Une fois, j’ai voulu rejoindre mes amis qui étaient en roadtrip au Massachusetts, et je me suis pris un billet d’avion à 1000$. C’était à 700 km d’ici. Payer 1000$ quand ça t’aurait coûté 80$ de gaz… peut-être pas, hein? Peut-être pas la meilleure chose à faire.

En même temps, c’est tellement satisfaisant de faire une dépense conne!

Est-ce que tu es plutôt du genre à prêter ou à en emprunter de l’argent à tes amis?

Moi j’ai plein de dettes qui me sont dues… J’haïs emprunter du cash. Quand j’avais 17 ans, j’avais un chum à qui j’ai prêté 600$ et il ne me l’a jamais redonné. Le tabarnak.

Et tu gères ça comment, les potes qui ne te remboursent pas?

Je fais quelques rappels, puis après ça je lâche le morceau. J’aime pas ça, je trouve que ça fuck la relation, surtout quand c’est des amis… Je me sens mal d’exiger qu’on me repaye.

Si tu te lançais dans une seconde carrière demain, ça serait quoi?

Je pense que je serais conseiller en communication ou en marketing, parce que mon dieu qu’il y a du monde qui l’ont pas dans la vie! Je m’assoirais avec eux et je dirais juste : « Hey, ton site web, y’est laitte ». J’aimerais ça que les gens me payent pour que je leur explique pourquoi leurs choix commerciaux sont de la marde.

Disons que je te propose un bill de 100$ aujourd’hui, ou 200$ dans un an. Tu choisis quoi?

J’aimerais dire que je prendrais le 200$ dans un an, mais je me connais. Je suis très YOLO. J’aime mieux avoir ça aujourd’hui!

Celle à 100$

As-tu déjà fait un truc un gênant pour faire une passe de cash?

Ma première job en sortant de l’école de théâtre! Il y avait un labyrinthe à Saint-Jean-sur-Richelieu dans un champ de blé d’Inde. J’étais comédien là-dedans. Un esti de cauchemar. C’est la pire job que j’ai eue de ma vie. Les gens tombaient, ils avaient des coups de chaleur. Pis toi, t’as un esti de costume de pirate. C’est gênant.

Pis là tes comme : j’ai joué Macbeth à l’école de théâtre, et en ce moment je suis en train de divertir des familles dans un esti de champ de blé d’Inde commandité par Arctic Garden. Tu remets tes choix de vie en question en sacrament.

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