Quand Éléonar Caron St-Pierre a repris les rênes de l’École de danse Chantal Caron, à Saint-Jean-Port-Joli, elle n’a pas seulement hérité d’une entreprise familiale. Elle s’est donné comme mission de préserver un lieu qui, depuis près de 40 ans, façonne des générations d’enfants bien au-delà de l’apprentissage des pirouettes et des grands jetés.
Fondée en 1986 par sa mère, la chorégraphe Chantal Caron, l’école occupe une place importante dans la communauté. Au moment où cette dernière a choisi de concentrer ses efforts sur sa compagnie professionnelle, Éléonar a décidé de prendre le relais. L’idée de voir disparaître cette institution lui semblait inconcevable.
Petite, elle y a elle-même trouvé un espace où développer sa confiance en elle. Aujourd’hui, elle souhaite offrir la même chose aux enfants qui franchissent les portes du studio. Pour elle, une école de danse n’est pas seulement un endroit où l’on apprend une discipline artistique : c’est un milieu de vie, un lieu d’appartenance, un morceau du « village » qui contribue à élever un enfant.
Cette vision s’est toutefois transformée avec la maternité. La naissance de son fils Joa, qui vit avec une malformation physique, a profondément influencé sa manière de diriger l’école. Sans changer sa mission première, l’établissement a progressivement fait une plus grande place à l’inclusion et à l’accueil des différences.
« On est vraiment tournés vers l’inclusion, que tout le monde se sente bien et que chaque différence ait aussi sa place », explique-t-elle.
Cette philosophie se reflète également dans sa façon d’enseigner. La technique reste importante, mais elle n’est jamais une fin en soi. Éléonar cherche plutôt à amener les jeunes danseurs à comprendre ce qu’ils expriment lorsqu’ils bougent. Derrière chaque geste se cache une intention, une émotion ou une histoire.
À ses yeux, les plus grands apprentissages ne se mesurent pas en médailles. Les compétitions servent certes à développer la discipline, mais aussi le respect, l’écoute et la confiance. Elle espère surtout voir ses élèves devenir des adultes capables d’affirmer leur personnalité.
« J’espère que ça construit des femmes et des hommes avec une colonne vertébrale, qui n’auront peut-être pas peur de s’exprimer. »
Comme plusieurs entrepreneures et mères, elle compose toutefois avec un paradoxe bien connu : son travail consiste à accompagner les enfants des autres, souvent les soirs et les fins de semaine, pendant que les siens l’attendent à la maison. Trouver l’équilibre demeure un défi quotidien, même si cette réalité lui rappelle l’importance des moments passés en famille.
Avec le recul, cette conciliation travail-famille lui permet aussi de regarder autrement le parcours de sa propre mère. En reprenant l’école, elle a découvert tout ce qu’il fallait de temps, d’énergie et de sacrifices pour faire vivre un tel projet, tout en élevant une famille.
Cette transmission, à la fois familiale et professionnelle, est sans doute ce qui définit le mieux l’École de danse Chantal Caron. D’une génération à l’autre, on y enseigne évidemment la danse, mais surtout la confiance, la persévérance et le sentiment d’avoir pleinement sa place. Des apprentissages qui, eux, continuent d’accompagner les enfants bien après le dernier salut sur scène.
Merci à Tourisme Chaudières-Appalaches, qui a rendu ce tournage possible.
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