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Du Grand Canyon à Tchernobyl : c’est quoi le deal avec les selfies qui dérapent ?

Les riches ne conduisent plus de Ferrari. Ils voyagent.

Le web au grand complet s’est fait un facepalm cette semaine en apprenant la nouvelle: suite au succès retentissant de la mini-série d’HBO Chernobyl, la ville fantôme de Pripyat en Ukraine était prise d’assaut par des influenceurs Instagram.

Il y ont pris des clichés comme ceux-ci:

Avant que vous nous le demandiez, les gars ne sont pas au-dessus du problème: 

Ouin, c’est bad. Non seulement la ville est encore hyper-dangereuse (près de la centrale, les niveaux de radiation excèdent encore 700 microentgens par heure. C’est… 700 fois trop élevé pour le corps humain), mais leur présentation hyper-esthétique et parfois même érotique semble aveugle et sourde à la tragédie qui s’est passée là-bas. On rappelle qu’environ 4 000 personnes sont mortes des contrecoups de l’explosion du réacteur 4, le 26 avril 1986.

Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’on instrumentalise la tragédie pour avoir des clics pour des photos que tout le monde aura oublié dans trois mois. Rappelons-nous des gens qui trippaient beaucoup trop sur le monument en hommage aux victimes de l’Holocaust:

Ou encore des touristes qui meurent chaque année au Grand Canyon en essayant de prendre le selfie plus spectaculaire possible, comme  Meenakshi Moorthy et Vishnu Viswanath qui ont pris une plonge de 1000 pieds quelques instants après avoir pris cette photo:

Bon, ceux-ci n’instrumentalisaient peut-être pas une tragédie, mais c’est cette même quête du clic à tout prix qui a causé leur mort. Pourquoi se mettre en danger pour aller chercher l’admiration d’étrangers qu’on ne rencontrera jamais? Moorthy et Viswanath n’avaient que 10,000 adeptes sur leur compte à l’époque. Ça paye pas les factures.

Dans leur vidéo sur le Fyre Festival, les penseurs américains de Wisecrack ont soulevé une hypothèse intéressante au sujet de ce phénomène. L’animateur Jared Bauer affirme qu’on vit aujourd’hui dans une société où l’expérience est devenue un signe de richesse plus important que les possessions matérielles. Il fait référence à Jean Baudrillard en expliquant: « La signification sociale des choses est devenue plus important que les choses en soi. Montrer à ses adeptes qu’on a vécu une expérience significative est devenu plus important que de la vivre. »

On vit aujourd’hui dans une société où l’expérience est devenue un signe de richesse plus important que les possessions matérielles.

Pour les influenceurs (ou les quidams suivant leurs pas), l’important c’est de communiquer à ses abonnés qu’on a eu une expérience dans un endroit prisé. Qu’elle ait été profonde, comme le prétend Julia Baessler, ou pas du tout, comme celle pour la dame qui montre une foufoune, c’est pas important. Ce qui l’est, c’est que nos abonnés aient l’impression qu’on a eu une expérience privilégiée à laquelle ils rêvent de prendre part. Ce désir d’expériences, c’est le moteur qui a propulsé le Fyre Festival et qui propulse le succès sur Instagram en général. 

C’est pour ça qu’on montre son string à Pripyat.

C’est pour ça qu’on se prend en photo à des endroits sans comprendre la signification de ce qui s’y est passé.

Et c’est pour ça que des gens se tuent en essayant de prendre les selfies les plus fous.

Si vous êtes curieux, voici la vidéo de Wisecrack en question:

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