Schael Marceus

Donner une voix à sa communauté et en faire une business

L’entrepreneure Hanna Che place l’humain au-dessus des affaires avec Never Was Average.

Ce n’est pas la première fois qu’Hanna Che dirige une entreprise. Après la fermeture d’une boutique de vêtements pour hommes qu’elle avait fondée avec son associé Harry Forbez en 2015, Hanna s’était offert un mois de réflexion tout en développant un projet qu’elle avait laissé de côté. C’est à ce moment qu’est né Never Was Average.

« Au départ, avec Never Was Average, on voulait créer une plateforme pour partager notre quotidien d’entrepreneurs noirs, car il n’y en avait pas tant, on manquait de représentation et c’était toujours les mêmes personnes dont on entendait parler. »

« Au départ, avec Never Was Average, on voulait créer une plateforme pour partager notre quotidien d’entrepreneurs noirs, car il n’y en avait pas tant, on manquait de représentation et c’était toujours les mêmes personnes dont on entendait parler, dit-elle. Moi, j’avais aussi envie de retourner à ce que je faisais avec des pop-up shops auparavant : créer une communauté qui travaille ensemble. Car c’était ça notre force; réunir des marques, mélanger différentes personnalités, se retrouver assis à côté de quelqu’un à qui t’aurais jamais pensé. » 

Avec Never Was Average (NWA), Hanna Che veut faire de la place à la communauté, notamment à celles des personnes racisées et marginalisées. C’est pourquoi NWA organise des groupes de discussions, des expositions artistiques qui mettent en valeur les femmes noires et les personnes queer, des séries photo, tout en produisant des podcasts et des billets de blogue.

Pour ma part, c’est la troisième fois que je rencontre Hanna et cette fois-ci j’avais envie d’en savoir plus sur son rôle d’entrepreneure sociale.

Photo : Amy MCneil

Multiplier les occasions et les tremplins

Deux entités sont aujourd’hui chapeautées par NWA : The Woman Power qui met en lumière les personnes se définissant comme femmes, et plus récemment The Modern OG qui interpelle la masculinité et ses réalités.

Depuis sa fondation, NWA prend de l’ampleur et multiplie ses activités. Parmi celles-ci, plusieurs participations à la Fierté, des discussions mensuelles, une exposition très remarquée au Musée des Beaux-Arts de Montréal, et des collaborations avec des compagnies et des organismes d’ici et d’ailleurs comme The Villij, Lez Spread The World ou encore Lululemon, marque pour laquelle Hanna est aussi ambassadrice.

Pour NWA, la cohérence réside dans le fait de servir sa mission par tous les vecteurs imaginables. Hanna s’imagine dans quelques années se dire : « j’ai fait ci, j’ai fait ça, et j’ai réussi un peu à changer les choses. »

Offrir des modèles sains et forts

À côté des préoccupations d’entreprise (comme générer des profits), le désir initial et profond d’offrir à la communauté noire des modèles positifs est omniprésent. « Je sais que, d’où je viens, j’aurais adoré avoir ça! J’aurais été partout, j’aurais suivi la personne qui faisait ce genre de projets artistiques et communautaires! Représenter notre communauté et partager des histoires ça reste pour moi le plus important. En ce moment, on a la chance de travailler avec les jeunes et ça a toujours été notre but, car c’est la communauté qui en a le plus besoin, surtout pour les jeunes qui vivent dans des quartiers plus difficiles. C’est là où on peut faire le plus bel impact possible. »

Photo : courtoisie Never Was Average

Elle travaille actuellement avec Harry à créer un OBNL destiné aux adolescents afin d’organiser diverses activités mariant les arts et les dialogues en groupe, leurs deux activités de prédilection. « Même si on peut changer la vie d’un seul kid, on a fait notre job. Même moi, je n’aurais jamais pensé pouvoir être payée pour les projets qu’on fait! Voici pourquoi on est passés de la mode à la communauté. »

« On vient leur dire que nous aussi on était à leur place et que non, ce n’était pas évident, mais que c’est possible, il y a des alternatives, il faut oser. »

Lorsqu’Hanna et Harry arrivent avec leurs tatouages, leurs outfits qui trahissent leur passion pour la mode et leur expérience diversifiée dans des salles de classe, ils offrent un champ de possibilités aux jeunes qui posent alors un regard d’admiration sur eux. « On vient leur dire que nous aussi on était à leur place et que non, ce n’était pas évident, mais que c’est possible, il y a des alternatives, il faut oser. »

Mais il faut aussi faire de l’argent

On pourrait croire que les initiatives communautaires et sociales de NWA sont synonymes de bénévolat, mais les deux entrepreneurs sont déterminés à en vivre. « On en vit en partie, mais on ne fait pas encore de profits, révèle-t-elle. On a fait le choix de quitter nos jobs pour nous concentrer sur notre compagnie. Maintenant, si quelqu’un souhaite une consultation pour s’associer avec NWA, on va charger l’heure. C’est à nous, personnes racisées, de ne plus avoir peur de parler d’argent quand on se fait approcher. »

À l’ère où les collaborations et partenariats séduisent tous les secteurs, la fondatrice émet toutefois quelques réserves : l’intention réelle des marques avec lesquelles Never Was Average s’associe est essentielle. Chercher des ressources pour bâtir des projets à impact, oui, mais pas avec l’argent de n’importe qui. « Il faut faire des recherches sur les marques, surveiller l’actualité, se demander si c’est aligné avec nos valeurs. »

Il y a parfois du backlash; certaines personnes qui les suivent n’apprécient pas telle ou telle compagnie avec qui le duo choisit de s’associer. Mais l’entrepreneure préfère voir le côté positif des choses et créer des ponts. « Il faut bien que ces entreprises commencent quelque part. [Les collaborations] ne sont pas toujours parfaites, il va y avoir des erreurs, mais ils essayent », et les choses changent tranquillement.

Oser l’entrepreneuriat social

Que ce soit lorsqu’elle approche des partenaires, qu’elle travaille avec les jeunes, ou qu’elle tisse des liens lors d’un de ses cercles de paroles, Hanna mêle entrepreneuriat et valeurs, et questionne de front : « Comment on peut travailler ensemble et faire quelque chose de plus grand? »

Photo : courtoisie Never Was Average

Facilitateurs, curateurs, ambassadeurs, intervenants… Finalement, les deux entrepreneurs sociaux s’offrent de la flexibilité dans leur modèle d’affaires, ne se définissent qu’à peine pour être prêts à changer de direction, mais établissent des objectifs réels et sérieux pour donner lieu à toujours plus d’expériences collectives.

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