Dire adieu à notre animal de compagnie avec l’eau plutôt que le feu

L’aquamation arrive au Québec.

Il y a un an, Vicky Henley fondait la première entreprise permettant de disposer du corps de nos défunts amis les animaux grâce à l’eau, plutôt que le feu. Aujourd’hui encore, elle est la seule au Québec à offrir ce moyen doux et écologique aux familles endeuillées. Question de cesser de vivre dans le déni et d’accepter le fait que je devrai un jour dire au revoir à mon chat, j’ai passé un coup de fil à l’entrepreneure pour démystifier la mort, la crémation et, surtout, l’aquamation. Avertissement : j’ai pleuré.

Entretien avec une femme au coeur gros comme le ciel.

Prenons le sujet sensible de front: pour commencer, qu’est-ce que l’aquamation?

C’est un procédé qui accélère la décomposition du corps grâce à l’eau. [NDLR : Au Québec, ça s’est d’abord imposé comme une alternative à l’incinération des humains. Le complexe funéraire LeSieur a importé cette technologie américaine en sol québécois en 2015. Depuis, elle est également disponible en Abitibi.] Chez Aquanimaux, on a simplement adapté ça aux animaux de compagnie.

Et comment ça se passe, concrètement?

L’animal est déposé dans la machine d’aquamation pendant 18 heures. Son corps est alors plongé dans une eau chaude (90 degrés Celsius) qui est toujours en lent mouvement. J’aime dire que c’est comme un spa, mais en plus chaud. L’eau contient aussi un peu de sodium et de potassium, pour s’assurer qu’elle soit stérile à sa sortie.

Quand le processus est terminé, il ne reste que le solide. Exactement comme dans une crémation par le feu… Parce que c’est un mythe que le feu engendre les cendres! Dans les faits, le feu brûle les tissus et quand la crémation est terminée, il reste des os. On les met ensuite dans un broyeur qui lui, les réduit en poudre. Et c’est cette poudre qu’on appelle communément « les cendres ».

Je ne le savais même pas!

Ne te sens pas mal, à mon avis 80 % des gens l’ignorent! Bref, que la crémation se fasse par le feu ou l’eau, il reste dans les deux cas des os. La différence, c’est que certains petits os seront brûlés par le feu, ce qui veut dire que la famille ne retrouvera pas l’entièreté des os de la personne ou de l’animal décédé(e). Avec l’aquamation, on recueille vraiment 100% des ossements. Ça prouve la délicatesse du procédé.

Mais au-delà d’être doux, c’est surtout choisi parce que c’est écolo, non?

Avec l’aquamation, on émet trois fois moins de gaz à effet de serre, on consomme 10 fois moins d’énergie et on émet 160 fois moins de particules dans l’air. C’est un très grand pas écologique dans le monde funéraire, puis en plus c’est moins dispendieux que la crémation par le feu.

On entend de plus en plus parler d’aquamation chez les humains – je lisais que c’est un procédé super populaire là où il est offert –, mais j’ignorais jusqu’à tout récemment que ça se faisait aussi pour les animaux de compagnie!

En fait, on est les seuls à le faire au Québec, et on n’est en opération que depuis un an.

Comment vous est venue l’idée?

Faut d’abord savoir que je travaille dans le domaine funéraire pour humains depuis une dizaine d’années. Je connais bien le milieu, et en tant que grande amoureuse des animaux, j’avais remarqué qu’on avait un besoin important : à Sept-Îles, il n’existait aucune infrastructure pour veiller à la dépouille des animaux de compagnie. Si on voulait une crémation, on devait envoyer notre animal décédé à Sherbrooke dans une boîte par Purolator… Pour moi, qui aime mes chiennes comme si elles étaient mes enfants, c’était inconcevable. Alors, je me suis dit : « Quand on veut du sucre à la crème, on s’en fait! »

Et pourquoi avoir opté pour l’aquamation, plutôt que la bien plus conventionnelle incinération?

Comme il y a déjà un crématorium pour humains à Sept-Îles, je ne voulais pas engendrer davantage de pollution. J’ai fait des recherches pour trouver des options plus écologiques et c’est comme ça que j’ai découvert l’aquamation. Si ça existe pour nous, pourquoi ça n’existerait pas pour les animaux? J’ai donc communiqué avec une entreprise américaine qui fabrique des machines, j’ai sorti mon anglais (qui n’est vraiment pas très bon), et j’ai fait créer un modèle sur demande.

Une première pour les animaux d’ici!

Oui, ce qui m’a causé beaucoup de défis! Comme je proposais un modèle qui n’existait pas, j’ai dû travailler extrêmement fort pour obtenir l’autorisation du Ministère de l’environnement. Étant donné que ça touche à l’eau, on craignait une transmission de maladie de l’animal à l’humain, j’ai donc essuyé trois refus. Malgré tout, comme j’avais l’autorisation de la municipalité, je n’ai pas lâché. J’ai rencontré le Ministère de la santé publique, j’ai fait faire une étude aux États-Unis pour évaluer les rejets d’eau et on a conclu que le tout était stérile à la fin du processus. J’ai non seulement reçu un OK officiel, mais également une certification écologique! D’innover comme ça – en région en plus -, ça m’a rendue super fière. Depuis, je ne me paie aucun salaire. J’ai un emploi à temps plein qui me permet de vivre et Aquanimaux, c’est mon dada. Ma mission.

Comment le monde du coin a réagi en découvrant cette nouvelle façon de faire?

Très bien! Il y a même des gens dont l’animal est décédé en décembre et qui, sachant que j’allais ouvrir mes portes en janvier, l’ont gardé pour pouvoir le quitter avec l’aquamation plutôt que la crémation…

Ayoye! Comment expliquez-vous ça?

L’animal, aujourd’hui, il fait vraiment partie de la famille! Je ne mettrais pas le mien dans un bac de plastique pour qu’il se fasse incinérer à 12 heures de route. Et si je devais absolument le faire, quand on me retournerait ses cendres, j’aurais toujours des doutes : est-ce bien lui? Était-il vraiment seul ou l’a-t-on plutôt mis dans une crémation de groupe? Je crois donc que c’est rassurant pour les gens de vivre tout ça près de chez eux. Ils me connaissent, ils savent exactement ce qui va se passer. Et on s’entend que le procédé de l’aquamation est plus délicat que celui de l’incinération, où on met un corps dans du feu avec du propane… C’est drastique. Il y a même des gens de Montréal, Québec et Rimouski qui viennent me voir parce que pour eux, la crémation par le feu n’est juste pas envisageable.

Mon doux que ça doit être triste, tout ça…

Oh, je pleure régulièrement! J’entends tellement de belles histoires d’amour. Une personne m’a racontée qu’en pleine dépression sévère, alors que sa famille était à l’extérieur, elle avait préparé sa corde et s’était assise dans son sous-sol. Sa chienne est alors venue se coucher sur elle. C’est elle qui lui a sauvé la vie. Comment veux-tu ne pas pleurer en entendant ça?

En ce moment, je suis en train de mettre sur pieds des réunions pour familles endeuillées. J’aimerais qu’on puisse tous jaser autour d’un café, probablement un vendredi soir par mois, parce que le deuil d’un animal demeure souvent incompris. Les gens qu’on côtoie disent : « C’est juste un chien. » Eh bien! Si tu savais tout ce que « juste un chien » peut apporter dans une vie… Je pense qu’on a besoin de se rassembler pour parler de deuil sans sentir de jugement.

J’ai d’ailleurs remarqué que vous avez aussi créé un cimetière virtuel… À quoi ça sert, ça?

C’est un endroit où je publie l’avis de décès de tous les petits cœurs qui passent par l’aquamation privée. On y retrouve leur photo, les informations relatives à leur âge et leur décès, puis un texte hommage si les parents le veulent. Je partage également les avis sur une page Facebook publique. C’est si beau de voir la solidarité des gens, de lire leurs souhaits de condoléances, leurs témoignages… Je n’ai jamais compris pourquoi les humains avaient droit à ce rituel, tandis que les animaux qu’on aime depuis 15 ans sont forcés de rester dans l’oubli. Alors, on change ça!

Merci de le faire. Je pense que ça m’aide à apprivoiser le concept de la mort éventuelle de Noune-Alexandre, mon chat adoré…

Oh! Tu sais, malgré tout, le soir quand je rentre chez moi, la première chose que je fais c’est prendre mes chiennes dans mes bras et leur dire : « Vous n’allez jamais mourir, hein? »

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