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Je suis travailleur autonome. Je vends mes services à des clients, nous négocions les termes et je fournis le service pour lequel ils ont payé. C’est ce que je fais, ici, avec URBANIA ; ils me passent une commande, et je leur fournis un texte plein d’états d’âmes et de jeux de mots douteux. Ces collègues-ci, je les ajoute sur mes réseaux sociaux avec plaisir.
À l’occasion, il m’arrive aussi d’avoir des emplois plus traditionnels. J’ai notamment fait des sondages au téléphone, été caissier de dépanneur et travaillé au service à la clientèle d’une compagnie de cartes de crédit. BOOOORIIING. Et ces collègues-là, en ligne, je les évite comme la peste.
Pourquoi c’est si différent? Devrais-je ajouter mes collègues de bureau sur les réseaux sociaux?
Comme travailleur autonome, j’œuvre dans le milieu de l’humour. D’emblée, j’ai plus d’intérêt à suivre mes collègues humoristes et auteurs : en plus d’être très drôles, ils sont les seuls qui postent encore sur Facebook.
Chaque fois que je vois un post de mon ami, l’auteur Simon Laroche, je me réjouis : il est hilarant et réussit toujours à me surprendre.
CHECKEZ COMME IL EST DRÔLE.
En plus du divertissement gratuit, j’ai aussi un incitatif professionnel à maintenir une relation numérique avec ces collègues, les réseaux sociaux étant devenus une forme de réseautage professionnel. Grâce à Facebook et Instagram, je peux voir quand des collègues producteurs annoncent des projets ou disent être à la recherche d’auteurs.
Et dans un milieu où il faut toujours pousser pour trouver du travail et ne pas se faire oublier, les réseaux sociaux me permettent de maintenir une visibilité auprès des gens avec qui je pourrais éventuellement travailler.
Mais pour mes emplois salariés, c’est différent.
Il n’y a aucune motivation professionnelle à voir les publications de collègues « normaux ». Ai-je besoin de savoir ce que Denise de la comptabilité a mangé pour souper?
Quand j’avais un emploi régulier, je n’avais pas vraiment l’impression qu’ajouter mes collègues sur Instagram m’aiderait dans ma carrière. Au contraire, même. Je n’ai pas nécessairement envie que mes collègues connaissent mes opinions politiques, que je ne me gêne pas pour partager sur mes réseaux sociaux. (J’ai quand même un podcast qui s’appelle Manger les riches, tsé.)
Admettons que je suis une mauvaise personne qui a déjà fait semblant d’être malade pour ne pas rater un souper de famille pour lequel il n’avait pas eu de congé (heureusement, je ne ferais JAMAIS ça), je n’ai pas nécessairement envie d’être stoolé par des collègues, ou pire, un patron.
En tout cas, si je suis une mauvaise personne, je suis loin d’être le seul ; des études démontrent que des frontières floues entre les réseaux sociaux et la vie professionnelle peuvent contribuer à un sentiment d’anxiété chez les employés.
Alors, est-ce que c’est moi qui suis parano, ou ajouter ses collègues sur les réseaux sociaux, c’est une mauvaise idée?
Il ne semble pas y avoir de consensus chez les experts. Dans un article pour The Muse, la psychologue Shenella Karunaratne est d’avis que si on ajoute des collègues sur les réseaux sociaux, notre présence numérique risque de devenir une extension de notre réputation professionnelle.
Il ne faut pas oublier que les réseaux sociaux peuvent nous nuire. Ça se peut qu’on soit plus réticent à confier un dossier important à Maxime après l’avoir vu saoul en bobettes faire semblant de faire l’amour (pour être poli) avec un Ronald McDonald en plastique dans une story Instagram, mettons.
Les réseaux sociaux et le lot de surveillance qu’ils apportent peuvent déborder vers une invasion de la vie privée, et qu’un employé peut être puni pour quelque chose qui ne relève pas de son travail.
Selon un sondage publié en 2023, 86 % des entreprises seraient prêtes à renvoyer un employé pour ses publications sur les réseaux sociaux. Un chiffre qui nous encourage à prendre conscience de notre hygiène numérique.
Au terme de mes lectures, je pense continuer à faire ce que je faisais déjà (n’est-ce pas là le résultat d’à peu près tous les débats?). Je compte continuer à ajouter mes collègues drôles et à faire du réseautage, mais j’éviterai d’ajouter des gens avec qui je n’ai pas envie de tisser de liens et qui pourraient carrément me nuire.
C’était évident, dans le fond!
Les histoires de gens qui perdent leur emploi en raison d’une publication sur les réseaux sociaux ne sont pas rares. D’un côté, ça permet à une entreprise de s’assurer qu’un employé a des valeurs qui reflètent celles de l’entreprise. Par exemple, si un policier se montre ouvertement raciste sur les réseaux sociaux, un employeur potentiel pourrait opter de ne pas l’engager (parce qu’on sait très bien que les corps policiers ne tolèrent JAMAIS le racisme).
Bien sûr, on n’est jamais à l’abri qu’une de nos publications se retrouve entre les mains de notre employeur, qu’on soit ami avec sur Facebook ou non. On n’est aussi jamais à l’abri d’une capture d’écran par un « ami » Facebook mal intentionné. Et, évidemment, les commentaires qu’on laisse sous des publications sont publics. Donc, si vous avez des opinions problématiques que vous tenez absolument à partager sur la place publique, je vous recommanderais en premier lieu de faire de la thérapie. En deuxième lieu, je vous conseillerais d’écrire ça dans votre journal intime plutôt que sur les réseaux sociaux.