PORTRAITS DE MONTRÉAL

Devenir parent c’est le voyage le plus exotique et le plus beau, mais c’est aussi le plus difficile

Nous arpentons les rues de notre ville, à la rencontre des Montréalais et de leurs histoires.

[1/3] « Devenir parent c’est le voyage le plus exotique et le plus beau, mais c’est aussi le plus difficile. Quand j’étais enceinte de 30 à 33 semaines de mon garçon, je me suis retrouvée à Ste-Justine avec ma fille, et pendant dix jours, elle était en train de mourir d’une infection au cerveau. Je n’étais pas toujours consciente à quel point la situation était grave, mais quand tu vois une infirmière qui part à pleurer, tu comprends. Je dormais sur une chaise d’hôpital alors que je pensais qu’elle allait mourir, mais en même temps je me sentais coupable de faire moins attention à mon futur bébé. À ce moment-là, j’ai eu peur de retrouver mes enfants à deux étages différents et de les perdre, tous les deux. Tous les spécialistes se sont succédé, mais on n’a jamais su la cause. Ma fille a recommencé à vivre, à communiquer avec nous, à marcher, à être heureuse, et mon garçon est arrivé à terme. Mais mon idéal avait vraiment pris le bord, j’étais rentrée dans la vraie vie et j’ai découvert que j’étais quelqu’un d’anxieux; une “mamanxieuse” dans le fond. »

[2/3] « À un moment donné, je suis devenue juste une maman, toutes les autres sphères de ma vie ont pris le bord, pis je ne m’en suis même pas rendu compte. Mes enfants ont une douzaine de diagnostics : des troubles neurologiques, des TDAH. Ma fille a des difficultés motrices qui affectent son développement et son autonomie. Mon garçon, c’est dans les relations avec les autres, avec l’autorité. J’ai tout fait pour les aider le plus possible, qu’ils soient heureux, autonomes. Dans cette période-là, j’ai aussi accompagné mon père qui allait mourir de la SLA. Et j’ai dépassé mes limites. Un jour, je me suis présentée à l’hôpital en disant que ce que je vivais était trop difficile, que je voulais que ça s’arrête, mais que je ne voulais pas mourir. J’avais des idées noires, mais je ne voulais pas laisser ça comme héritage à mes enfants… Tu sais, 85 % des couples qui ont des enfants avec des besoins particuliers se séparent. Nos deux enfants ont cette réalité, et on n’est pas meilleurs que les autres, c’est même encore souvent difficile. Mais en 2015, on ne l’a dit à personne, on est partis à Cuba avec les enfants, et on s’est mariés sur la plage. C’était finalement beaucoup plus quétaine que ce qu’on voulait, mais c’était hyper symbolique pour nous. Mon conjoint avait une bague pour moi, mais mes deux enfants aussi. C’est un des plus beaux moments qu’on ait vécu à quatre, sans être envahis par la peur ou les soucis. »

[3/3] « Je me suis accrochée à essayer de trouver des solutions pour mes enfants, et c’est ça qui a stimulé ma créativité et mon désir de partager et d’aider les autres parents. Jamais je n’aurais été capable de dire ça sur le moment, ou même il y a quelques années, mais avec le recul ça me fait aussi du bien à moi. J’ai besoin de me raccrocher au positif que je crée avec le négatif. La plupart du temps, ça me ramène à ce qui est essentiel, au moment présent, à ce que j’appelle «les petits moments de grâce». Depuis quelque temps, j’ai compris qu’il y avait une petite place pour moi aussi. J’ai recommencé à rêver et avoir des projets. Ma mission c’est d’aider les parents, de briser les tabous et de rappeler que le village c’est nous tous, parce que personne ne sait ce qui va arriver demain. »

« Je me suis dit que je devais porter le chapeau plus souvent, parce que je suis un peu artiste, mais pour le travail, la semaine je dois m’habiller sérieusement. Alors je mets plus de fantaisie dans mon temps libre, je porte des choses qui me représentent. »

« Depuis que je suis rentré de mon premier tour [dans les Forces armées canadiennes], ma mère me dit que j’ai les yeux qui ne sourient plus. »

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