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« Mon patient m’a envoyée promener tantôt. Pendant que j’écrivais ma note au dossier, je me suis dit : “Esti que je suis badass.’’ »
Léa Poliquin est en effet badass. L’étudiante de 20 ans en soins infirmiers au cégep du Vieux-Montréal effectue son stage deux soirs par semaine au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). Lorsque je soupe avec elle dans la cafétéria de l’hôpital, un jeudi soir, elle est plus fatiguée qu’à l’habitude : son patient lui donne du fil à retordre.
« On est attitré à un patient pour la soirée, explique-t-elle. Le mien refuse de prendre son insuline. Il m’a crié : ”Je me connais, laisse-moi tranquille!’’ Mon premier réflexe a été d’avoir les larmes aux yeux, mais l’infirmière qui supervise mon stage m’a félicitée pour mon travail, pour mon adaptation au patient. »
En mangeant ses boulettes dans la bruyante salle à manger, elle m’explique que les soirées n’ont toutefois pas l’habitude d’être si éprouvantes. « Hier, mon patient était adorable. Il me racontait ses histoires de jeunesse, sa femme qui était en FaceTime m’a même remerciée pour mes soins, se souvient-elle, un sourire dans la voix. Il a fait une hypoglycémie, par contre. » Elle ajoute d’un air entendu : « À partir de 3,9, tu commences à être en hypo. » Je hoche la tête bien que je n’y comprenne rien.
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Léa est à l’école, en stage deux soirs par semaine et elle travaille dans une pharmacie. Pourtant, elle ne laisse pas transparaître une seule once de fatigue ou de lassitude : au contraire, ses yeux brillent lorsqu’elle parle de sa future profession.
Dans les deux dernières années, les conditions de travail souvent révoltantes des infirmières ont abondamment fait la manchette. On pourrait s’attendre à ce que les programmes de soins infirmiers soient désertés. Et comme de fait, leur taux d’inscription a diminué. J’ai donc voulu aller à la rencontre de jeunes femmes qui ont pris la décision de devenir infirmières en pleine pandémie, malgré les vidéos virales d’infirmières exténuées et les appels à l’aide répétés lancés par des membres de la profession.
«J’ai toujours eu un intérêt pour le domaine de la santé. Et puis, je suis une fille de concret, je veux faire une différence.»
Ce qui saute d’abord aux yeux, c’est la passion qui anime ces jeunes femmes lorsqu’elles racontent leur parcours. Lorsque je parle avec Léa, l’expression « avoir la flamme » prend tout son sens.
« J’ai toujours eu un intérêt pour le domaine de la santé. Et puis, je suis une fille de concret, je veux faire une différence », m’explique Léa, stéthoscope au cou, entre deux bouchées de patates pilées. Après une session en neurosciences cognitives à l’Université de Montréal, elle a conclu que sa place se trouvait sur le terrain, pas dans sa chambre en train d’étudier. Et elle entretient de grands rêves pour sa carrière.
Je quitte Léa en songeant que je lui confierais ma vie si je faisais une hypoglycémie.
Lorsque je joins Annabelle Lemay au téléphone, je retrouve la même passion envers son futur métier dans toutes ses paroles. L’étudiante à l’Université de Montréal et vice-présidente de son association étudiante espère même travailler à l’international.
« C’est une profession que tu peux exercer partout dans le monde, souligne-t-elle. J’ai beaucoup voyagé, notamment en Nouvelle-Calédonie, et ça m’intéresserait vraiment de travailler auprès de cette communauté, ou dans le Grand Nord. »
Pour elle, être infirmière ne se résume pas à administrer des soins : « On doit s’occuper du patient tout en tenant compte de plusieurs aspects sociopolitiques, comme son revenu ou son origine. »
«Je suis heureuse d’être sur le terrain et de voir la résilience des infirmières. C’est admirable.»
Comme plusieurs, Annabelle a amorcé ses études universitaires à l’automne 2020, en pleine pandémie, au moment où les conditions de travail des infirmières faisaient grand bruit dans les médias. Ça ne l’a pas effrayée pour autant. « Je préfère me faire ma propre idée sur les conditions de travail, dit-elle. Et puis, je suis heureuse d’être sur le terrain et de voir la résilience des infirmières. C’est admirable. »
Comme Léa, elle considère les soins infirmiers comme une vocation et non comme un simple travail. « C’est une fois sur le terrain que tu vas savoir si c’est fait pour toi, croit-elle. Pour ma part, c’est une passion. Je ne changerais jamais de domaine. »
« Quand tu fais quelque chose que tu aimes, quand c’est ta vocation, tu veux pas juste être bonne, tu veux être excellente. Je veux briller dans mon domaine », déclare-t-elle avec enthousiasme. Lorsque je lui demande si les éloges répétés du premier ministre à l’endroit des infirmières dans les deux dernières années l’ont touchée, elle prend un moment pour réfléchir. « En tout cas, il a raison. Je suis une christie d’héroïne », s’exclame-t-elle en riant.
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