Depuis que j’ai quitté le Canada

2e acte

Il y a plus d’un an et demi, la terre s’est mise à tourner de l’autre bord: j’ai laissé mon chum, avec qui j’étais depuis presque 10 ans, vendu la majorité de mes affaires, fait un mini sac à dos (dans lequel n’entrait même pas une paire de souliers) et je suis partie pour le Paraguay, gougounes aux pieds, en plein mois de janvier, à 31 ans. À l’âge où on fait des bébés, j’ai décidé de sacrer mon camp de notre grand pays.

La belle-famille, Cristina et les empanadas

Dix vies s’étaient écoulées depuis mon départ. J’avais mis aux oubliettes mon billet de retour, et m’étais amourachée d’un séduisant Argentin. Les dés étaient jetés. J’allais désormais rencontrer la belle-famille et vivre avec elle. Juan et moi quittions le Brésil pour déménager nos flûtes à Quilmes – là où se brasse la bière du même nom -, à 20 minutes de Buenos Aires, chez ses parents.

Au pays du Che, j’ai eu ce sentiment, très canadien, d’être prête à manger un mur parce qu’à 11 heures du soir on n’avait pas encore soupé. J’ai découvert le plaisir de boire un maté, que c’était tout à fait commun de sortir dans une boîte de nuit à trois heures du matin et très possible de vivre à cinq adultes dans un 4 1/2.

Il y a des jours où j’ai pensé que Juan était dans une branche argentine de la mafia italienne : tout le monde était sa cousine, sa tante ou son grand-oncle. Et sa mère s’appelle Patricia Maffia. J’ai rapidement réalisé que je me trouvais plutôt dans une version argentine de My Big Fat Greek Wedding.

– Et le Canada, au foot?

– Non, non! Nous autres, on joue au hockey. Sur la glace. Mais, on a une équipe de foot et on a même un joueur argentin! (Une chance que mon père me l’avait dit dans un courriel).

Le père de Juan, Jorge Gaspari, est un ancien footballeur professionnel. Il a même joué avec Maradona en première division et c’est lui qui a fait le but vainqueur, la dernière fois que le Quilmes Athlétique Club a été champion d’Argentine, en 1978. À manger des empanadas chez lui, je n’étais ni Canadienne ou Argentine, je faisais partie de la famille.

J’ai même versé une larme quand j’ai assisté au dernier discours d’ouverture de la session législative de Cristina Kirchner – et pas juste parce que ç’a duré 5 heures. Ça m’a ému de voir des dizaines de milliers de personnes réunies devant la Casa Rosada. Des gens qui, comme le père de Juan, ont connu la dictature militaire et voient aujourd’hui leur pays se relever doucement, après une crise économique terrible, avec l’envie de reconstruire une fierté d’être Argentins, contre vents et marées.

Des fois, comme Canadienne, je me demande bien où on s’en va nous autres. Je constate que mes symboles identitaires sont souvent plus québécois. Harper et Couillard je les chiperais aux îles Malouines, qu’on passe à autre chose. Les seules fois où j’ai des papillons dans le ventre et une simili-fierté de mon peuple, c’est quand je frappe dans une casserole avec des milliers d’autres qui comme moi trouvent que “ça suffit, ostie”!

J’ai passé Noël en Argentine. Ces moments-là, même bien entourée (et végétarienne), je me taperais une tourtière entière! Les carrés aux Rice Krispies de mémé me manquent donc bien, comme l’odeur réconfortante d’un sapin, un vrai.

Le 24 au soir, quand les feux d’artifice éclataient dans le ciel argentin, en millier de couleurs, j’ai pensé à ma mère, à ma sœur, à mes deux frères qui grandissent trop vite, à mon neveu Logan qui voudrait bien que j’aille le voir en fin de semaine, à ma mamie qui se fait vieille, à mon père et à toute la tribu. Ce sont eux, et mes amitiés inébranlables, mes racines canadiennes.

Des fois, la nuit, quand je ferme les yeux, je m’imagine manger un wrap vegan à la Panthère Verte avec Yan ou boire un café sur le bord du fleuve à La P’tite brûlerie de Mélanie. Je me vois marcher au Parc Lafontaine avec Caro et ses deux kids, ou courir sur le Mont-Royal avec Chris.

Oui, des fois j’ai les blues et je me shooterais au sirop d’érable, mais la plupart du temps, je suis heureuse. Surtout que maintenant je vis sur quatre roues.

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