Élisabeth Cloutier

Depuis que j’ai des demi-sœurs

Ou pourquoi je veux fonder une famille recomposée…

“Trois sœurs, pis un frère. En fait, trois demi-sœurs et un frère. Mais on a été élevés ensemble. Pour moi, le demi ne veut absolument rien dire.”

J’ai tellement répété cette phrase-là souvent que je pourrais la dire à l’envers, en skippant une syllabe sur deux : mi-de-vrai-a-il-pour…

Ma mère a été mariée deux fois. Du premier mari, elle a eu trois filles. Du second, une fille (allo!) et un fils. Si vous faites bien le compte, ma mère a expulsé cinq enfants de son utérus. C’est ça qui arrive quand tu trippes ben trop sur la famille Dion.

J’ai donc grandi entourée de soeurs plus vieilles, avec tout ce que ça comporte de beau et de rushant : des craintes de pets de noune aux séances de réconfort après les peines amoureuses.

J’ai aussi grandi avec un petit frère, avec tout ce que ça comporte de beau et de rushant : des menaces de lancer une serviette sanitaire aux soirées passées à jouer avec le fruit d’environ 892 Kinder Surprises… Mais revenons à l’idée de “demi”.

J’aimerais décrire l’impact qu’ont mes sœurs sur ma vie, mais je n’arrive pas à trouver les mots pour en illustrer l’ampleur.

Ces femmes-là m’ont peignée avant mes photos de classe, elles m’ont aidé à faire mon premier cv, elles n’ont pas hésité à payer mes épiceries d’étudiante pauvre, à m’appeler “Rote-Pété Tas d’Purin” plutôt que Rose-Aimée T. Morin, à faire de leur maison un refuge chaque fois que je me suis égarée. Elles sont devenues des mères inspirantes, tout en demeurant disponibles, ouvertes, vives.

Le “demi” n’a beau qu’être un mot, avec tout ça, vous comprendrez qu’il m’a toujours choquée. Je le nie. J’ai des sœurs. Des sœurs-point. Des sœurs grandes comme le monde, fortes comme Antoine Bertrand, cent fois plus inspirantes que Chantal Lacroix. Je m’offusque quand on tente de réduire notre lien d’appartenance parce qu’il n’y a rien de plus flatteur que de leur être associée complètement. À 100%.

Il n’y a pas de fraction.

Ce n’est pas parce que nous ne partageons pas un même père que mes sœurs et moi avons un lien émotif moindre que celui qui m’unit à mon petit frère. Elles ne sont les moitiés de rien du tout. Au contraire, elles sont mon tout, mon équilibre mental. Certains matins, je me réveille en récitant, tel un mantra : “il ne peut rien m’arriver, mes sœurs sont là.” On ne peut pas réduire ça, couper tout cet amour de moitié. Même avec “juste” un mot.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on forme un grand clan. À un point tel que je fête Noël chez le premier mari de ma mère. La plus belle célébration de mon année, je la vis chez le père de mes sœurs, qui a aujourd’hui une blonde, qui elle a des enfants, qui eux, en ont aussi. Toute la gang débarque le 25 décembre : on mange du bon comme ce n’est pas permis et on danse avec les petits. Tout le monde est tante ou oncle – pas de discrimination.

Chaque année, alors que je me dandine dans une odeur de vieux Cheetos (parce que tout enfant qui se respecte sent un peu le fromage mouillé et qu’il y en a huit dans la pièce), je me dis que je suis privilégiée.

J’ai la chance d’avoir une mère qui n’était pas particulièrement douée pour trouver des maris adaptés à ses besoins et/ou pour être une épouse adaptée aux leurs et/ou pour jouir d’un timing favorable. Ses divorces m’ont permis d’avoir la plus belle des familles recomposées. Une gang de piliers auxquels je suis liée – par sang ou par association, par envie ou par besoin. Le support est partout, l’amour s’en trouve décuplé.

Honnêtement, si changer de partenaire est synonyme de défaite, j’espère réussir tous mes échecs d’aussi grandiose façon.

Depuis que j’ai des demi-sœurs…

  • Je n’ai rien à envier à Manolo et Sélina.
  • Tout “demi” me frustre. What the fuck un cinq et demi? Pourquoi la toilette n’est-elle pas considérée comme une pièce à part entière, hein?
  • Pour vrai, la toilette est un endroit super important. Je ne me verrais pas sortir, par une nuit de janvier, pour aller dans une bécosse partagée avec tous les locataires de mon immeuble.
  • Ayoye! Ça veut dire que je croiserais mon voisin punk dans des moments de grande vulnérabilité…
  • Je t’aime, toilette. Pour moi, tu vaux autant (sinon plus) que le salon.

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