Depuis que j’ai coanimé un téléthon à TVA

(Ok, à TVA Sherbrooke…)

Peut-être que j’étais le genre d’enfant qui reprenait les adultes quand ils faisaient une erreur de langage. Peut-être que je “perlais”, aussi. Que j’étais une première de classe, que j’étais capitaine de l’équipe de Génies en herbe et que j’avais des petites jambes poilues pas très douées dans les sports d’équipe. Peut-être qu’en 1999, j’ai même gagné la finale provinciale du concours Art de s’exprimer des Clubs optimistes.

Peut-être. Peut-être pas.
(Mais oui.)

Debout sur un stage dans le sous-sol d’un hôtel de St-Georges-de-Beauce, j’ai récité un texte dont le thème était : “Être source de lumière”. Si mon souvenir est bon, je le terminais avec une citation de Martin Luther King. J’y repense et je meurs un peu en-dedans. Si je croyais à la biologie totale, je serais probablement en train de me développer une occlusion intestinale. Heureusement, je pense que la biologie totale c’est de la bouette à chats.

Toujours est-il qu’alors que je me faisais lumineuse et sage, du haut de mes 11 ans, ma profonde réflexion sur la vie et ses défis m’a valu le titre de plus jeune gagnante du concours. Je me méritais une bourse et, attention, l’animation du volet “chiffrier” du prochain téléthon de l’hôpital universitaire de Sherbrooke.

La Voix, c’est un beau tremplin pour les chanteurs.
Le Banquier, c’est un beau tremplin pour ceux qui veulent poser dans le Summum.
Un téléthon diffusé sur une chaîne régionale de TVA, c’est… l’endroit où se rendent les gens malades dans l’espoir de vivre un peu mieux. Ce-n’est-pas-un-concours.

Ça ne devrait pas être un prix, une plateforme de recrutement, une occasion à saisir pour shiner. Même à onze ans, j’avais assez de valeurs pour comprendre qu’on ne profite pas d’un téléthon pour assouvir notre envie de gloire. Et envie de gloire j’avais, toute petite Denise Bombardier en puissance étais-je.

Sauf qu’il y aurait France Beaudoin. Elle, je l’aimais bien. Je regardais son émission Les Ailes de la mode quand je faisais semblant d’avoir une gastro pour éviter un cours d’éducation physique. Elle était douée. Et rares sont celles qui savent avoir l’air crédible tout en faisant une entrevue dans une cabine d’essayage entourée de linge moyen.

Malgré le malaise de recevoir un chiffrier en guise de récompense pour un concours, j’étais quand même contente d’aller faire ma fraiche à la télévision. La dernière fois que j’avais participé à un concours du Club Optimiste de Farnham, c’était pour perdre une joute de lip sync malgré mon excellente interprétation de Tico-Tico. La revanche était douce.

Ça fait que j’allais me retrouver dans une émission de plusieurs heures, en direct, à la télévision (et traiter l’animateur de “malade” devant des dizaines de milliers de téléspectateurs, dont plusieurs enfants souffrants – nous y reviendrons).

Pour que je sois présentable, ma sœur m’a d’abord emmenée au Jacob. Une coiffeuse a ensuite couvert ma tête de barrettes en forme de papillon. J’étais pas mal swell.

La soirée a commencé avec une prestation de Luce Dufault. Elle a chanté Des milliards de choses en me regardant dans les yeux, ma mère capotait. Est ensuite arrivée ma première intervention. J’étais étonnamment à l’aise, je me crissais pas mal de tout. France Beaudoin était tout à fait charmante, j’étais contente. Mes illusions d’enfant du merveilleux monde de la télévision étaient intactes. Dix ans plus tard, alors que je travaillerais en télé, je verrais Michèle Richard en bobettes, fixant le vide sans soutien-gorge, et c’est là que je prendrais une débarque. Mais pour l’instant, ça roulait comme sur des roulettes.

Je suis passée devant la caméra deux fois. J’ai interrompu une entrevue en faisant de grands mouvements de bras qui voulaient dire : “De quel bord de la scène je suis supposée sortir, moi?”. J’étais au top de ma game. Jusqu’à ce que la révélation du montant final amassé ne vienne. C’est là que je l’ai échappé.

Le coanimateur de ma chummy France était un journaliste que je ne connaissais pas.

Il ne méritait donc probablement pas mon respect de pré-adolescente…

Lui – Alors Rose-Aimée, combien avons-nous amassé de sous pour la recherche, ce soir?
Moi – Trois cent cinquante-deux mille dollars!
Lui – As-tu compté ça toute seule?
Moi – …
Lui – …
Moi – Ben là, c’est clair que non.
Lui – Haha!
Moi – Tsé, t’es-tu malade?

Le silence dans la salle.
Les rires de malaise dans l’équipe technique.
Et ma fierté : prends-moi pas pour un bébé, man. Je suis game de te traiter de malade dans un téléthon.

Reine des reines, France Beaudoin a récupéré ça avec solidarité en lançant un amusé, mais ferme : “Vous voyez, c’est comme ça qu’on répond à une question niaiseuse.” Backstage, Benoît Brière m’a accueillie en héros, me suppliant de ne jamais perdre ma spontanéité. Feu Jean Besré s’est joint à lui pour me dire que j’irais loin, dans la vie. Si “aller loin” c’est “boire un shooter de sourpuss avec Mélanie Maynard dans un club de karaoké”, je me rendrais compte, quinze ans plus tard, qu’il avait raison.

Ma mère, elle, semblait ambivalente.

– Es-tu certaine d’avoir choisi la bonne expression, ma chouette?
– Oui. France Beaudoin a dit que c’était correct.

L’avis de France Beaudoin > L’avis de ma mère


Depuis que j’ai coanimé un téléthon à TVA…

  • J’ai mis une croix sur mon rêve d’être animatrice. Mais il m’arrive encore de réciter des chiffres en me regardant dans le miroir.
  • J’ai mis une croix sur mon rêve d’être polie.
  • Je suis restée un peu fraîche.
  • Je m’ennuie de Luce Dufault. Elle me fait du bien.

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