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Depuis quand tout le monde a une nounou ?
Si l’inflation me fait hésiter à acheter du céleri, pourquoi de plus en plus de familles ont une nounou?
Je ne remercierai jamais assez Pauline Marois d’être à l’origine des garderies subventionnées au Québec. Sans elle, je m’occuperais probablement des enfants à la maison, ou j’aurais un emploi strictement alimentaire qui me rendrait assurément malheureuse comme les pierres.
Combien de femmes au Québec seraient dans la même situation? On apporte pour la plupart le second salaire de la maison, est-il besoin de le rappeler.
Quand j’entends parler de gens qui ont une nounou en plus de places en garderie, je me prends à me demander s’ils n’ont pas aussi un majordome, un jardinier et une meute de chiens pour la chasse à courre.
Eh bien non, ai-je remarqué selon mes recherches. Ce sont des familles pour la plupart normales qui ont des horaires de fous, qui ont des enfants avec des besoins particuliers, ou qui n’ont tout simplement pas de réseau autour d’elles. Des familles qui ont besoin de souffler.
« Ce que je vois dans mon quartier présentement, c’est surtout de jeunes familles qui ont une grosse charge de travail, qui sont peu à la maison ou qui ont des horaires atypiques, » témoigne Isabelle Rochon, directrice de la franchise d’Ahuntsic de Bien chez soi, une entreprise québécoise d’aide à domicile. « On va voir beaucoup d’infirmières et de médecins parce qu’ils sont peu ou pas à la maison, justement. »
Et les services offerts par les nounous sont effectivement de plus en plus populaires, si on en croit Mme Rochon.
Ça fait quoi, une nounou?
J’imagine la pauvre nounou qui dort sous un escalier comme Harry Potter, prend ses repas les genoux dans le front autour de la petite table d’enfants, et dont le passeport est conservé dans le coffre à bijoux de la patronne. Pantoute. Marie-Des-Neiges est tout à fait normale.
Marie-Des-Neiges Poliquin est nounou travailleuse autonome depuis près de cinq ans, et accompagne présentement une petite fille de deux ans qui a la fibrose kystique, et son grand frère de cinq ans qui a « un besoin d’encadrement pour mieux réguler les émotions ». Les parents sont médecin et pharmacien. Avant ces enfants-là, l’ex-travailleuse sociale était la nounou du bébé d’un couple d’entrepreneurs ultra occupé.
Un traumatisme crânien en 2019 a obligé Marie-Des-Neiges à ralentir et à revoir son mode de travail, mais finalement, ça a fait son affaire.
« Je voulais une petite pause des dossiers, des trucs bureaucratiques et tout ça, et être plus proche de l’humain en tant que tel », explique la nounou de 42 ans, qui croit bien être maintenant « sur son x ».
Alors, une nounou, c’est une gardienne, une éducatrice, ou les deux? Ce serait plutôt entre les deux, estime Marie-Des-Neiges Poliquin.
« Je dirais que la nounou se rapproche plus de l’éducatrice que de la gardienne. La gardienne, c’est on the go. Puis la nounou, elle est là du matin au soir et connaît toutes les petites exceptions de l’enfant, comme l’éducatrice en garderie qui a une fiche avec ses particularités, ses allergies, son fonctionnement et son développement », explique-t-elle.
Là où les tâches ressemblent à celles de la gardienne, c’est dans l’accompagnement à la garderie, l’aide aux devoirs, et la préparation des collations, par exemple.
Les agences comme celle d’Isabelle Rochon demandent aux parents de prévoir des quarts de travail d’un minimum de trois heures. Ce qui permet aux nounous le matin, par exemple, de faire la routine du réveil, du déjeuner, habiller les enfants et les préparer aux départ, et si le parent va les porter à la garderie ou à l’école, d’utiliser le reste du quart de travail pour ramasser les céréales éparpillées sur la table et partir une brassée.
« Souvent aussi, on va apporter l’aide au niveau de l’entretien ménager, ajoute Isabelle Rochon. On va faire toutes les petites tâches à côté pour que les parents puissent avoir du temps de qualité. Éventuellement, la bienveillante [c’est comme ça qu’ils appellent les nounous, à Bien chez soi] à la maison va faire partie de la famille, parce qu’on envoie toujours la même personne, la même journée, la même heure. »
Marie-Des-Neiges Poliquin, elle, ne touche pas au ménage et ne fait pas de courses, quoi qu’elle prépare le souper et lave parfois les vêtements des enfants lorsque nécessaire.
« Il faut que tu mettes tes limites, tu sais, car tu peux facilement devenir une domestique qui fait toute la grosse job », souligne la nounou.
Qui cherche une nounou?
Marie-Eve et son mari, médecin lui aussi, ont deux petits garçons enjoués de 1 et 3 ans à Bois-des-Fillion.
« Je travaille de jour, de soir, de nuit, de fin de semaine, détaille Marie-Eve. Souvent, ce sont de gros quarts de travail, des 12 heures. Mon conjoint, lui, finit ses réunions à 16h30, court à la garderie, revient à la maison. Le souper n’est pas prêt. On a deux petits gars affamés et impatients. Après ça, essaie de les faire manger et de donner les bains tout seul. Quand je travaille le soir, je ne suis pas là du tout de la soirée, et puis le lendemain matin, mon conjoint essaie de me laisser dormir. »
Un nounou à temps partiel aiderait grandement la petite famille avec les routines du matin et du soir, espère Marie-Eve, et du même coup, aiderait son chum à vivre. « Il me verbalise très bien qu’il n’a plus aucun temps pour lui et qu’il a l’impression d’avoir deux jobs à temps plein 24 sur 24, sept jours sur sept », glisse Marie-Eve.
C’est combien, une nounou?
Embaucher une nounou, ce n’est pas donné. Son salaire est au gros minimum de 20 $ l’heure, et elle peut toucher jusqu’à 25 $, 30 $, et même 50 $ selon ses services et sa formation. Marie-Des-Neiges Poliquin, par exemple, est membre de l’Ordre des travailleurs sociaux et anciennement éducatrice en garderie – donc supra-qualifiée.
« Je te dirais que ça dépend beaucoup des qualifications parce que là, si on parle vraiment d’une aide familiale, on peut parler peut-être d’un 22 $ de l’heure, mais si on va jusqu’en éducation spécialisée, on va être plus dans les 30 $. C’est très variable » décrit Isabelle Rochon.
De plus, les agences demandent souvent un montant de 200 $ uniquement pour l’ouverture de dossier.
Le salaire d’une nounou est aussi déductible d’impôt de 67 % jusqu’à 78 % (selon le salaire du ménage) en vertu du crédit d’impôt québécois pour frais de garde.
Attention toutefois aux limites : ce retour d’impôt s’applique sur un maximum de 12 525 $ par enfant (de moins de 7 ans). Si votre enfant va déjà en garderie privée, cette dernière consommera presque tout votre plafond : les heures de nounou supplémentaires seront alors payées à 100 % de votre poche pour la portion qui dépasse.
Disons que ce n’est pas toutes les familles qui peuvent se le permettre.
Merci à nouveau, Pauline Marois.
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