Mélissa Desjardins

Dépenser sur la bière, ça me rend heureux

Prendre un p'tit coup, c'est agréable (et dispendieux).

On a tous quelque chose d’inutile dans notre budget. Une dépense qui ne sert pas à grand-chose, qui nous apporte un plaisir éphémère ou qui assouvit une passion inexplicable, mais dont on pourrait facilement se passer. Certains achètent compulsivement du linge, d’autres doivent absolument avoir le dernier jeu vidéo qui vient de sortir.

Moi, c’est la bière.

Évidemment, je ne parle pas ici de Coors Light.

Évidemment, je ne parle pas ici de Coors Light. (C’est correct si vous aimez ça. Vous avez le droit. Mais une recherche rapide me prouve que vous n’avez pas écrit un texte sur URBANIA pour vous en vanter. Sage décision. Pour ma part, j’en veux pas une froide, merci.) Non, mon vice est plus local et autrement plus dispendieux : je bois de la bière de microbrasseries québécoises.

Chronologie d’une dépendance

Ça a commencé il y a une dizaine d’années. Mon coloc de l’époque m’avait parlé d’une petite épicerie de quartier qui tenait une modeste, mais intéressante sélection de bières locales. Puisque ça coûtait cher, j’en achetais trois ou quatre par mois, que je réservais pour des moments choisis. Ma bière de semaine demeurait la Belle Gueule ou la Boréale.

Ma passion a grandi au même rythme que l’industrie : le nombre de microbrasseries au Québec a plus que doublé dans la dernière décennie.

Fast forward en 2019 : ça doit bien faire cinq ans que je n’ai pas acheté de bière dite de « macro ». Je consomme presque exclusivement de la bière artisanale. Ma passion a grandi au même rythme que l’industrie : le nombre de microbrasseries au Québec a plus que doublé dans la dernière décennie et de nouveaux produits apparaissent chaque semaine sur les tablettes. Comme je ne veux rien manquer, pas le choix, j’achète tout! Et ça ne laisse pas grand place pour la bière « ordinaire ».

Combien ça coûte?

Avant la bière, j’étais plutôt amateur de whisky. Et je me souviens avoir fait l’exercice de calculer le montant annuel que je dépensais pour acquérir des bouteilles, question de chiffrer ma passion. À environ huit bouteilles par année, avec une moyenne de 70$ chacune, c’est 560$ que je sortais de mon portefeuille annuellement. C’est beaucoup d’argent, mais ça se gère.

Curieusement, je n’avais jamais fait le calcul pour la bière. Probablement parce que, contrairement au whisky, c’est une dépense beaucoup plus fréquente. De la bière, j’en achète chaque semaine. Et souvent, ça se perd dans ma facture d’épicerie (mon IGA a une étonnante sélection de bières de micros!), entre le pain, les œufs et les chips crème sure et oignons.

C’est pratiquement six fois ce que je dépensais jadis en whisky.

Alors supposons que je bois une dizaine de bières (format pinte) par semaine, à une moyenne de 6$ par bière (j’achète autant des pilsners à 4$ que des stouts impériales barriquées à 8-10$), ça donne 60$ par semaine, donc 3120$ par année. C’est pratiquement six fois ce que je dépensais jadis en whisky et deux fois et demie ce qu’une quantité équivalente de Boréale ordinaire me coûterait. Ouch.

Est-ce que ma passion pour la bonne bière vaut vraiment 3000$? Oui et non.

Oui, parce que j’adore découvrir des nouvelles saveurs, encourager des artisans locaux, et que j’ai la chance de ne pas devoir me priver d’autres choses pour me permettre ce petit vice.

Et non, parce que boire de la bière n’est vraiment pas conditionnel à mon bonheur et que ce montant suffirait à payer mon cellulaire, Hydro, le câble et l’internet pour toute l’année.

Puis-je (veux-je) me guérir?

N’en déplaise à Pierre-Yves McSween, je n’ai pas l’intention de cesser d’acheter de la bière de micro juste parce que « j’en n’ai pas vraiment besoin ». Je vais continuer à aller à mon dépanneur spécialisé pour acheter deux ou trois bières dont j’ai entendu parler et finalement en ressortir avec dix. Je vais continuer à visiter des microbrasseries locales quand je suis en voyage et tisser des liens avec des inconnus autour d’une passion commune. Et je vais continuer à pouvoir fournir la bière quand un ami débarque chez moi à l’improviste parce que j’ai toujours beaucoup trop de bière au frigo. (C’est arrivé hier. On a bu huit bières différentes sans avoir à aller au dépanneur. Et j’aurais facilement pu accueillir trois amis de plus.)

Et à ceux qui seraient tentés de me dire « oui, mais imagine tout ce que tu pourrais te payer avec ce 3000$-là! », je réponds : toi, tes 30 robes, tes 20 paires de souliers et tes 18 pots de crème pour le visage, ils t’ont coûté combien? Et toi, ta Switch, ta PS4, ton Xbox et les 50 jeux qui vont avec, ça t’a privé de combien en REER?

On s’en parlera autour d’une bonne bière. Cadeau de la maison.

Pour rentabiliser mon vice, j’écris chaque mois des portraits de microbrasseries sur URBANIA.

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