Débattre sans nuances

Il y a quelques semaines, j’essayais d’expliquer les bases du conflit israélo-palestinien à un ami. Je dis bien « essayer » d’expliquer les « bases », parce que s’il y a bien une problématique difficile à comprendre et vulgariser, c’est bien le conflit israélo-palestinien.

Après avoir parlé de la création d’Israël, de la guerre des Six jours et bla bla, mon interlocuteur me demande : Ok mais, qui a raison là-dedans? La Palestine ou Israël? De quel côté faut être, nous? De quel côté faut être? Comme s’il était simple de choisir son camp dans ce turbo-complexe conflit entre deux peuples. Comme si Israël était les Bruins de Boston et la Palestine les Huskies de Rouyn-Noranda et qu’on encourageait l’une des deux équipes. Qui a raison là-dedans? Comment répondre à une question si simple par rapport à une problématique si massive? Le Hamas a-t-il raison d’envoyer des roquettes sur des villes israéliennes? Israël a-t-il raison d’envahir et (plus ou moins) d’anéantir la bande de Gaza? Est-il seulement possible d’affirmer que l’une des deux parties a RAISON et que l’autre a TORT? Réduire des décennies d’affrontements à un simple “il y a des gentils et des méchants” est un raccourci intellectuel dangereux. Il est permis d’avoir une opinion, bien sûr. Je penche moi-même du côté palestinien (pour diverses raisons que je n’aborderai pas, ce n’est pas le but de cet article), tout en évitant, de mon mieux, de démoniser Israël et de l’accuser de tous les maux. Le conflit israélo-palestinien, c’est pas Star Wars ni Lord of the Rings. On ne peut pas peinturer l’un des deux de blanc immaculé et accuser son adversaire d’être le mal en personne. C’est le cas de toutes les problématiques de la vie. Le Parti Québécois avait-il raison ou tort de vouloir imposer une charte des valeurs québécoise? Bachar el-Assad est-il un héros ou un dictateur sanguinaire? Un blogueur d’Urbania qui chiale sur des affaires de la vie courante a-t-il vrai, ou faux? La réponse est, quasi à chaque fois, ni un ni l’autre. Dans la vraie vie, rien n’est blanc ou noir, mais gris. Très gris. Très nuancé. Les politiciens, par exemple, vont toujours chercher à tout peinturer en noir et blanc. Si les électeurs conservateurs sont favorables à Israël, Harper va démoniser les Palestiniens, se placer comme défenseur d’Israël et employer une rhétorique manichéenne pour forcer les citoyens à faire un choix du genre « vous êtes avec nous et Israël, ou contre nous et avec les terrorissss du Hamas ». La « violence et l’intimidation » du conflit étudiant de 2012? Tactique employée par les Libéraux pour diviser la population en deux en opposant les méchants étudiants casseurs et voleurs et les gentils travailleurs exemples et payeurs de taxes. Un groupe avait tort, l’autre avait raison. C’est un réflexe très humain que de tout vouloir simplifier pour faciliter la compréhension. Mais un conflit armé ou un débat de société ne sont pas des meubles IKEA dont la solution se comprend grâce à des pictogrammes de bonhommes allumettes. Il y a toujours une cinquantaine de nuances de gris à diluer dans nos opinions.

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