De quoi auront l’air les jeux vidéo dans 10 ans ?

On en parle avec un développeur et on tente de faire nos prédictions. Spoiler  : l’avenir n’est pas tout rose.

Les jeux vidéos changent rapidement. Il y a 10 ans, l’app store voyait le jour, nous permettant de jouer sur nos tout nouveaux iPhone 3G. On n’avait encore jamais entendu parler de Candy Crush, ni même d’Angry Birds. Ah, comme le monde se portait mieux.

Pour vous rafraichir la mémoire, faisons un petit retour en arrière dans le merveilleux monde du jeu vidéo.

NHL 09 avait l’air de ça :

Alors qu’aujourd’hui, NHL a l’air de ça :

En 2008, GTA IV était encore un jeu récent, la Wii était encore une jeune console, Bioshock venait tout juste de sortir et les gens jouaient à Oblivion sans se douter qu’un jeu nommé Skyrim sortirait 3 ans plus tard.

Bref, il s’est passé beaucoup de choses en 10 ans. Et en tant que geek/gamer/nerd/étonné d’avoir une blonde, ça m’excite. Ça me fait sentir vieux, oui, mais ça m’excite, parce que je ne peux m’empêcher de me demander ce qui nous attend dans les 10 prochaines années.

Pour jouer au futurologue, j’ai contacté Rami Ismail, co-créateur du studio néerlandais Vlambeer (connu entre autres pour le hit Ridiculous Fishing) et récipiendaire du Ambassador Award de la Game Developper Conference pour son apport au développement du jeu indie…

… et ses prédictions sont pessimistes.

Combien les jeux vont-ils coûter?

Malgré ce que peut en dire Pierre-Yves McSween (ou vos parents qui paient peut-être vos cartes de crédit), les jeux vidéos sont un hobby relativement peu coûteux. Dans les dix dernières années, le prix d’un jeu neuf est resté à peu près le même : 79,99 CAD.

Sauf que le 79,99 $ d’il y a 10 ans en vaut maintenant 92,61 $. Et ça, c’est sans compter le prix des jeux qui ne cesse de croître. À l’époque, on estimait que GTA IV était le jeu le plus coûteux à produire de tous les temps, à 100 millions $. GTA V, sorti en 2013, a coûté 265 millions $.

« Les effets sont évidents. [D’ici 10 ans], plus de jeux vont être créés comme services, et plus de jeux vont dépendre de microtransactions, ou de transactions récurrentes », prédit Rami Ismail.

«[D’ici 10 ans], plus de jeux vont être créés comme services, et plus de jeux vont dépendre de microtransactions, ou de transactions récurrentes.»

On voit déjà la montée des « jeux-services », ces jeux dont le contenu évolue constamment, pour que vous continuiez à jouer sur de longues périodes… et à acheter du contenu; Overwatch et Destiny, notamment, qui proposent de débourser votre vrai argent pour acheter de faux costumes, en sont de bons exemples.

« Plus de jeux vont être conçus avec un modèle free-to-play, parce que l’autre option, c’est juste de les vendre à rabais sur Steam tout en devant composer avec le piratage, alors que le modèle Free-to-play permet aux joueurs d’éviter les grands magasins, les déductions qu’ils se gardent, et le piratage », poursuit M.Ismail.

Fortnite n’est pas à veille de disparaître, donc.

Bref, les jeux risquent de garder leur prix de 79,99 $, ou même d’être gratuits… mais en contrepartie, on verra beaucoup, beaucoup de microtransactions.

À quand Ready Player One?

Cet été, je me suis finalement acheté un casque Playstation VR. C’est sympathique, il y a des jeux agréables, mais on est encore loin de Ready Player One, mettons. Mais d’ici 10 ans, je vais sûrement pouvoir moi aussi participer à une guerre aux côtés de Chucky et d’Optimus Prime, non?

Non.

Rami Ismail y va de prédictions assez conservatrices : « La réalité virtuelle ne va pas disparaître, mais elle pourrait trouver son public en dehors des jeux, dans le domaine de la simulation, de l’architecture ou de la médecine. »

Sauver des vies, c’est pas aussi le fun qu’Optimus Prime, mais c’est pas pire quand même.

Les jeux indie

Pour ceux et celles qui ne sont pas familiers avec les termes, les jeux indie ne sont pas les jeux des hipsters, genre « Ugh, j’aimais vraiment plus Master Chief avant qu’il devienne commercial ». Il s’agit en fait des jeux faits par des studios indépendants.

Il y a beaucoup, beaucoup de ces jeux : Minecraft, Amnesia, Rocket League, Overcooked, la liste est longue. En fait, y en a-t-il trop?

«Les jeux indie sont devenus comme la photo ou la musique indie; peu d’entre eux auront un succès modéré, et de ce petit groupe, seul un nombre très limité va devenir très populaire. »

« Tant que Minecraft continue de vendre des copies, je pense qu’on peut arrêter de s’inquiéter de la saturation du marché. Les jeux indie sont devenus comme la photo ou la musique indie; peu d’entre eux auront un succès modéré, et de ce petit groupe, seul un nombre très limité va devenir très populaire. »

Un peu comme ton cousin qui veut faire du rap : peut-être qu’il va devenir le prochain Loud, mais c’est plus probable qu’il devienne le prochain caissier au Tim Hortons.

Vers la « netflix-isation » des jeux?

Partout ailleurs, la tendance s’est bien installée. On ne loue plus de films; on les streame sur Netflix. On n’achète plus de CD; on écoute notre musique sur Spotify ou Apple Music. Alors, pourquoi est-ce qu’on achète encore des jeux dans des boîtes en plastique?

La vérité, c’est que cette pratique aussi est en voie de disparition. Sur PC, ça fait longtemps que c’est réglé. Essayez d’aller dans un magasin demander un jeu PC dans une boîte. À part vous emballer l’adresse pour aller sur Steam dans une boîte, je sais ben pas ce qu’ils vont faire.

Par contre, sur consoles, c’est un peu plus compliqué. Les ventes de jeux digitaux augmentent de façon constante depuis plusieurs années. Les rumeurs veulent que la prochaine console de Microsoft ait une variante moins chère qui ne ferait que jouer les jeux en streaming sur son service Xbox Game Pass.

Mais moi, je suis un collectionneur un peu débile qui aime acheter des boîtes de jeux et les regarder le soir dans ma bibliothèque en buvant une coupe de vin rouge (ou de Moutain Dew). En fait, preuve que je suis une vieille âme : je loue encore des films au club vidéo (l’un des derniers à Montréal!). Les jeux physiques vont-ils vraiment complètement disparaître?

Rami Ismail se fait rassurant : « Les jeux en format physique vont continuer de devenir des objets de collection et une façon d’encourager un studio de jeux. »

Fiou.

Le futur des jeux « AAA »

Si vous n’êtes pas familiers avec la terminologie, les jeux AAA sont les jeux à gros budget, c’est-à-dire les GTA et Call of Duty de ce monde. Ce sont habituellement ces jeux qui, grâce à leur énorme budget, repoussent les limites technologiques. Alors, Rami, qu’est-ce que l’avenir nous réserve? Des jeux ENCORE plus réalistes? Des jeux en odorama?

«Leur prochaine innovation sera de sauver le modèle [des jeux à gros budget] d’une mort certaine.»

Notre expert est pas tant enthousiaste : « Leur prochaine innovation sera de sauver le modèle [des jeux à gros budget] d’une mort certaine. Les AAA meurent lentement, ce sont surtout les titres des studios First-party ou Second-party (NDLR : First-party=développés par le fabricant de consoles comme Nintendo et Mario, et Second-party=développés par un studio tiers, mais financé par le fabricant de la consoles pour avoir l’exclusivité, comme PlayStation et le prochain jeu de Spiderman) qui connaissent du succès. Seuls quelques gros éditeurs subsistent, les autres sont déjà morts. Heureusement, le modèle des “jeux-services” demande une tonne d’employés pour le faire fonctionner, alors on va voir les AA faire de plus petits jeux moins risqués. »

Quand je vous disais qu’il est pessimiste.

Et finalement, les jeux mobiles?

C’est pas la première chose à laquelle on pense quand on pense gaming, mais la majorité des gens jouent sur mobile. 65 millions de joueurs jouent à Pokémon Go chaque mois (même si c’est sooooo 2016).

Mais en même temps, juste besoin de passer 30 secondes sur l’app store pour voir qu’il y a beaucoup, beaucoup de mauvais jeux. Assez pour que plusieurs experts prédisent un crash du marché des jeux mobiles. Rami Ismail, d’ailleurs issu du monde du jeu mobile, confirme : « Le “’mini-crash”’ a lieu depuis des années. Le marché des jeux mobiles, comme pour la plupart des autres plateformes, s’est consolidé en un nombre restreint de développeurs excessivement riches qui peuvent utiliser leurs ressources pour connaître un succès énorme. Je ne pense pas qu’on verra beaucoup d’innovation sur cette plateforme, même si de temps en temps, un bijou ressort du lot — je pense par exemple à Holedown. »

Fait que les jeux dans 10 ans?

Bref, les jeux risquent de suivre le modèle des autres géants de l’industrie du divertissement : quelques compagnies qui deviennent de plus en plus grosses, beaucoup qui se font absorber ou qui ferment, et l’innovation qui se met à passer par de plus petits joueurs… qui ont de la misère à se démarquer.

Espérons qu’on aura encore des médias un peu hipsters pour nous aider à les découvrir.

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