De l’impossibilité de la bonne nouvelle

Depuis que je blogue ici – et que j’écris, de façon plus générale – j’ai souvent essayé de trouver un sujet à propos duquel parler qui serait « positif ». Quelque chose qui ne serait pas déprimant, qui ne me donnerait pas envie de chialer. Un coup de cœur plutôt qu’un coup de gueule. Une bonne nouvelle, quoi. Or, j’ai dû me rendre à l’évidence : mise à part la bonne nouvelle TVA, les événements joyeux qui font l’unanimité n’existent pas.

Le problème, il est là : toute nouvelle est relative. Jamais complètement bonne ou mauvaise. Ce qui me comble de bonheur et qui me donne envie de chanter les hits de la Compagnie créole ruinera immanquablement la journée de quelqu’un d’autre. Chaque fois que j’ai cru aborder ici un thème plutôt neutre qui ferait sourire tout le monde et qui ne soulèverait pas les passions, je me suis fait ramasser par une lectrice mécontente qui m’accusait de faire du journalisme bas de gamme ou par un gérant d’estrade bourré de mauvaise foi qui avait préféré lire entre les lignes des choses que je n’avais pas écrites au lieu de se concentrer sur les mots que j’avais réellement utilisés.

Une fois de plus cette semaine, je me suis cassé la tête pour trouver un sujet bonbon, un fait divers rigolo que je pourrais commenter sans risquer de blesser qui que ce soit. En vain.

J’aurais pu parler du fait que le mariage gai vient tout juste d’être reconnu par un sixième état chez nos voisins du Sud, soit celui de New York. Probablement que deux ou trois homophobes auraient réagi en me répondant qu’il s’agissait plutôt d’une régression pour l’humanité ou d’un signe que la fin du monde était à nos portes. Mais avant même d’avoir à affronter ce type de réactions complètement débiles, je me suis autocensuré l’enthousiasme en me rappelant que le taux de divorce au Canada tourne autour de 35 % et qu’il atteint les 46 % au Québec. Je me suis également souvenu de ces deux lesbiennes ontariennes qui s’étaient empressées de se marier lorsque la chose était devenue légale dans leur coin de pays et qui, cinq jours plus tard, désiraient se séparer. Finalement, je n’étais plus convaincue de tenir là une véritable bonne nouvelle.

J’aurais aussi pu souligner les efforts qui sont faits sur le Plateau Mont-Royal pour réduire la circulation et donner davantage de place aux piétons et aux cyclistes. Mais non. C’est le bordel en fait. Les résidants du quartier ne sont pas contents, les gens à vélo disent que Laurier est devenue plus dangereuse pour eux depuis qu’on y a aménagé la piste cyclable et les élus s’obstinent de plus bel. Bref, la bonne nouvelle s’est transformée en chaos.

À l’inverse, je souhaite secrètement que le chaos qui règne présentement sur le réseau routier de la région métropolitaine se transforme prochainement en bonne nouvelle. Depuis que rien ne va plus avec les ponts Mercier et Champlain, je me prends effectivement à rêver que cela donnera enfin aux banlieusards le coup de pied au cul dont ils avaient besoin pour changer leurs habitudes, qu’en raison de ce beau bordel, ils choisiront finalement de laisser la voiture dans leur cour asphaltée et de la troquer pour le train, le métro ou, au minimum, le covoiturage. L’écolo en moi risque d’être déçue à moyen terme, puisque je doute fort que mon naïf petit rêve se réalisera.

Et la fin forcée de la grève des employés de Postes Canada ? Pour une travailleuse pigiste comme moi qui attend ses chèques de paye qui sont pognés dans la mail depuis 2 semaines, c’est une bonne nouvelle, non ? Certes, mais pour la démocratie, le droit des travailleurs et la libre négociation, on n’est plus du tout sûr que ça le soit. En fait, le lock-out de la poste était peut-être l’état idéal : durant ce temps, nos boîtes aux lettres ne contenaient plus ni mauvaises ni bonnes nouvelles.

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