Félix Renaud

De la photo et trois fois plus de bonnes actions

Alexandre Champagne vu par ses collaborateurs.

L’hiver dernier, Alexandre Champagne, cofondateur et ex-dirigeant de Trois fois par jour, a lancé le Champagne Studio; un espace destiné à la photographie. Il veut y faire de la photo, bien entendu, mais il veut aussi rencontrer des gens, chiller, faire du skate (eh oui!) et surtout partager. Notamment son temps et ses ressources avec des personnes moins chanceuses et plus vulnérables que lui. Portrait d’un capitaliste au grand cœur.

Cet article est tiré du magazine Spécial Extraordinaire 2018, disponible sur notre boutique en ligne.

Donner au suivant, ce n’est pas seulement une émission de Chantal Lacroix. C’est aussi la plus grande des (nombreuses) ambitions d’Alexandre Champagne. On a beau le connaître davantage comme entrepreneur à succès, influenceur et gars qui fait des jokes, ses visées communautaires font partie de sa vie depuis longtemps. Et comme prendre des photos, c’est ce qu’il connaît et ce qu’il aime, il a trouvé une façon de combiner sa passion et son envie de faire une différence dans la vie des autres.

Ce sont ses grands-parents qui lui ont inspiré ce qu’il souhaite mettre au cœur de sa nouvelle entreprise. « Ils ont vécu sur l’aide sociale. Ils n’ont aucune photo d’eux et de leurs enfants quand ils étaient petits. Je trouve ça triste », révèle-t-il. Effectivement, pour bien comprendre sa lignée familiale, c’est précieux d’avoir des souvenirs tangibles, qu’on les accroche au mur ou qu’on les conserve précieusement dans un album pour les générations à venir.

Ce sont ses grands-parents qui lui ont inspiré ce qu’il souhaite mettre au cœur de sa nouvelle entreprise. « Ils ont vécu sur l’aide sociale. Ils n’ont aucune photo d’eux et de leurs enfants quand ils étaient petits. Je trouve ça triste », révèle-t-il.

C’est pour ça qu’à compter du mois de septembre, les familles monoparentales, les personnes sur l’aide sociale ou celles ayant vécu une dépendance pourront aller se faire photographier gratuitement au Champagne Studio. Celles qui sont intéressées n’ont qu’à lui envoyer un courriel. Bien sûr, Alexandre est conscient que les photos n’ont jamais été aussi accessibles grâce aux téléphones équipés de caméras de qualité. « Le but est avant tout de leur faire passer un bon moment et qu’ils oublient pendant quelques heures qu’ils sont dans marde. » Pour cela, Alexandre va compter sur l’aide de coiffeurs et maquilleurs (« que je vais payer bien sûr, je ne demande pas à tout le monde d’entrer dans mon trip gratuitement »). Il y aura aussi de la bouffe, de la musique. « Matt Holubowski m’a même proposé de venir jouer live! » Les photos seront ensuite imprimées gratuitement et envoyées aux familles. « J’ai crissement hâte de commencer! »

Une envie sincère de faire une différence

Alexandre Champagne semble vouloir sincèrement aider ceux qui ont eu moins de chance que lui. Il s’investit notamment auprès de Moisson Montréal depuis 2015. En 2016, il a offert un don à la banque alimentaire, de même que tous ses cachets reçus à la suite d’apparitions dans les médias. Cette somme, il l’a remise au nom de monsieur Raymond Desrochers, son grand-père maternel. Celui-ci a bénéficié de dons d’aliments pour pouvoir nourrir sa famille et a quêté pendant quatre ans devant le Renaud-Bray de la rue Saint-Denis, magasin où Alexandre et Marilou ont été au top des ventes en 2016, l’année après son décès.

L’an dernier, Champagne a photographié, pour le projet « 9 portraits en 9 jours », les bénéficiaires, les employés et les bénévoles de Moisson Montréal. Il voulait ainsi mettre en lumière le travail de ceux qui s’investissent dans la cause et le parcours courageux de ceux qui demandent de l’aide. Des portraits d’humains mis sur un même pied d’égalité; tous photographiés dans le même décor, avec le même éclairage sobre, empêchant de distinguer ceux qui viennent chercher des aliments de ceux qui en offrent.

Sylvie Bourbonnière, ancienne directrice du développement philanthropique de l’organisme, parle d’Alexandre avec bonheur et émotion. « Je dois avouer qu’avant de le connaître, j’avais peur qu’il veuille s’impliquer dans divers projets chez Moisson Montréal pour mousser son image. J’ai rapidement découvert son authenticité, son désir de s’engager et de faire une réelle différence. » Elle mentionne qu’il a régulièrement contribué de façon discrète et a démontré que l’organisme lui tenait à cœur. « Ce n’est pas juste une façade. Il m’a souvent dit : “Attends, j’appelle quelqu’un, je vais t’arranger ça… “. Il est dans l’action et il est fiable. C’est une personne qui croit beaucoup en la communauté », ajoute-t-elle.

Effectivement, quand il parle de redonner, Alexandre est très enthousiaste. Voire crinqué. « Les gens disent de moi : “Ben oui, mais y’é riche, il peut ben parler!” Peut-être, mais de l’aide, c’est de l’aide. Et on l’offre dans la mesure où on est capable. » Il mentionne Bill Gates et P.K. Subban, mais encore une fois, ses grands-parents qui donnaient beaucoup malgré leur faible revenu. « Ma grand-mère avait 20 $ par semaine pour manger, mais elle partageait quand même. Et mon grand-père était chauffeur de taxi et il embarquait gratuitement des itinérants pour les emmener à la Maison du Père ou à l’Accueil Bonneau. »

Nouvelle entreprise, mêmes valeurs

Plus que jamais, Alexandre est en mesure d’aider comme il le souhaite. Grâce à Trois fois par jour, il a fait beaucoup d’argent. Et il n’est pas gêné d’en parler. Avec son ex-conjointe Marilou, il a vendu plusieurs produits dérivés du blogue Trois fois par jour, dont le tome 1 du livre de recettes, qui a connu un succès énorme. « Je suis 100 % capitaliste. Je ne le cacherai pas. J’aime ça faire du cash. Mais j’aime surtout ça parce qu’après, ça me permet de donner et redonner. Ça me met dans une position où je peux aider le plus de monde possible. »

Avec Champagne Studio, l’homme de 32 ans est heureux d’être moins sous les feux des projecteurs qu’avant. Il semble tout de même apprécier le coup de pouce et la reconnaissance qui sont venus avec Trois fois par jour. « C’est un véhicule de promotion que j’apprécie. Je fais attention à mon image, mais quand ça va s’arrêter, ça ne me dérangera pas. Je suis détaché de ça. »

« Y’a du monde qui trouvait ça quétaine ce que je faisais : prendre des photos de muffins pis de pogos dans des belles assiettes. Mais la réalité, c’est qu’on a aussi sorti plein de filles de l’anorexie et aidé des gars à apprendre à cuisiner. On a surtout toujours été fidèles à nos valeurs. »

En fait, les apprentissages qu’il a faits pendant son aventure à Trois fois par jour sont très importants à ses yeux. Il est extrêmement fier de la patience et de l’assiduité qu’il a développées en faisant de la photo de bouffe jusqu’à 80 heures par semaine. Sans compter l’éducation financière « câlissement bonne » acquise en établissant sa première entreprise. « On a été très chanceux, on n’a jamais manqué de sous, mais faut apprendre à le gérer pas juste pour soi et son futur, mais aussi pour ses employés. »

En quittant ses fonctions chez Trois fois par jour, il y a un peu plus d’un an, Alexandre Champagne voulait de nouveau être son propre patron, développer ses talents de photographe et continuer à mettre l’humain au cœur de son travail. « Y’a du monde qui trouvait ça quétaine ce que je faisais : prendre des photos de muffins pis de pogos dans des belles assiettes. Mais la réalité, c’est qu’on a aussi sorti plein de filles de l’anorexie et aidé des gars à apprendre à cuisiner. On a surtout toujours été fidèles à nos valeurs. »

Des photos et des humains

Cet automne, en plus de ses séances de photo pour les gens qui vivent des moments difficiles, il commencera aussi à donner ses ateliers dans son studio et il fera paraître son livre L’art de réussir toutes ses photos avec un téléphone cellulaire. En plus, il sera porte-parole de l’édition 2018 du World Press Photo Montréal, un événement qu’il visite depuis très longtemps. Il aura d’ailleurs un espace pour y exposer pour la première fois ses photos de l’après-tragédie de la mosquée de Québec, un projet personnel qui lui tient à cœur et dont il a peu parlé jusqu’à maintenant. « C’est un grand honneur pour moi. J’ai eu un accès très privilégié à ces personnes en deuil et à la mosquée où il y avait encore des trous de balle dans les portes… Je voulais montrer que quand les caméras sont parties, ces familles-là pleuraient encore. Il faut en parler. »

Avec son style, qu’il qualifie de réaliste, Alexandre n’essaie pas de faker quoi que ce soit. « C’est une personne, un flash, merci bonsoir. » S’il y a des clichés qui ne nécessitent pas de mots, comme un beau coucher de soleil, il y en a qui en méritent pour comprendre encore mieux le contexte. C’est pour ça qu’il parle surtout de récits photographiques et non pas juste de photos.

« J’aimerais les photographier pour les identifier, créer une espèce banque de noms qui ne serait pas nécessairement publique, mais qui permettrait de les localiser, de faire des suivis. »

Le photographe et instagrammeur Drowster (qu’Alexandre « aime en criss ») partage avec Champagne son amour de la photo et du monde. « Le premier mot qui me vient en tête quand je pense à son style de photographe, c’est “humain”. Il se soucie de donner une voix à ceux qui n’en ont pas. Ou du moins, de les mettre dans le spotlight. » Il aime que son ami et collègue mette de l’avant certaines situations qui doivent être montrées, comme c’est le cas pour la tragédie de la mosquée de Québec.

Un autre sujet auquel Alexandre veut accorder son attention dans l’année à venir est celui des itinérants. « J’aimerais les photographier pour les identifier, créer une espèce banque de noms qui ne serait pas nécessairement publique, mais qui permettrait de les localiser, de faire des suivis. »

Malgré tout cela, il ne considère pas que son entreprise est en partie humanitaire. « Ça fait poche de riz un peu. Je préfère le mot conscience sociale. » Sa générosité n’est pas non plus un geste politique. « Ça n’a rien à voir avec la gauche, la droite ou le centre. C’est à tout le monde d’aider. Ça peut être juste en faisant du recyclage ou en servant de la limonade aux ouvriers qui travaillent à côté de chez toi. C’est ta fucking responsabilité d’être cool avec les autres. »
Ça a le mérite d’être clair. Soyons cool.

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