De la double ignorance

J’aime beaucoup Stéphane Laporte. Comme on aime porter la moustache ironique.

Mais les raisons pour lesquelles j’aime Stéphane Laporte ne sont pas, je pense, celles pour lesquelles lui veut être aimé. Si je l’apprécie autant c’est qu’il représente, à mes yeux, l’ultime produit de la culture baby-boomer, la vrai, celui qui carbure à l’émotion pure et au « c’était bien meilleur dans notre temps, au moins, le Canadien gagnait la coupe à tous les deux ans ». Stéphane Laporte est, ici, un symbole.

Premièrement, on ne sait même pas s’il est un vrai baby-boomer. Ce n’est pas clair. Comme je n’ai pas trouvé sa date de naissance (je n’ai pas cherché plus loin qu’une bio ou deux, mais je dirais qu’il est né autour de 1962), il faut donc présumer de son appartenance générationnelle. Ce n’est pas grave, parce qu’il en possède l’esprit, formé par l’expression de ses émotions. Ça, c’est parce que les parents de nos gentils baby-boomers ne savaient pas exprimer ce qu’ils ressentaient dans leur en-dedans profond. Et eux, les sauveurs du monde, ont décidé qu’ils vivraient ou périraient par leur vécu émotionnel. Et quoi de mieux que de passer son temps à revisiter son enfance, lieu de douceur et de chaleur, lieu où tout était si parfait, pour passer sa schnoutte à des madames de 52 ans pâmées devant Maxime Landry?

J’aime Stéphane Laporte parce qu’il me rappelle, à toutes les fois que mes yeux glissent sur un de ses textes, à quel point l’insignifiance peut être portée symboliquement à bout de bras, surtout si elle évoque la vieille Buick de papa, avec son long siège et sa tache de crème glacée, parce que mon frère a  échappé son cornet lorsqu’il a appris à la radio, qui était bien meilleure dans ce temps-là, que Kennedy venait d’être assassiné.

Un jour, Stéphane s’est demandé pourquoi il n’aimait pas l’Impact de Montréal, l’année où l’équipe s’est rendue en finale de championnat de la CONCACAF (c’est compliqué, mais disons que nous, amateurs de soccer, nous étions bien excités). J’ai toujours eu envie de lui répondre: c’est parce qu’il n’y en avait pas quand tu étais jeune. C’est pas plus compliqué que ça.

Mais ce que je trouve charmant là-dedans, c’est qu’il ne s’en rend même pas compte.

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