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Dater sans diplôme universitaire : un critère amoureux controversé ?
« Sortirais-tu avec quelqu’un qui n’a pas fait d’études universitaires ? »
Voilà la question que le créateur de contenu Scot with One T a lancée à ses abonné.e.s sur TikTok, après avoir lui-même débattu avec ses ami.e.s. Une question simple en apparence qui a pourtant beaucoup fait réagir.
J’ai discuté avec trois personnes dont les prises de position sont devenues virales : Scot (@scotwithone.t), Marie-Clarisse (@mcberger_) et Beck (@beckybeckboo) afin d’essayer de comprendre pourquoi le sujet avait tant polarisé.
L’université comme cadre de développement
« Moi, je m’en fous que tu sois allé.e à l’université ou pas. Mais il y a certaines caractéristiques que beaucoup de personnes qui y sont passées développent, et dont j’ai besoin dans une relation. »
Pour Scot, la nuance est là. Ce n’est pas le diplôme en soi qui compte, mais ce qu’il représente. L’université offre un cadre qui favorise le développement de l’esprit critique et la curiosité intellectuelle. Bien sûr, ces qualités peuvent se développer ailleurs, mais c’est surtout dans ce contexte-là qu’elles sont encouragées.
Les trois reconnaissent d’ailleurs que l’université est un lieu de développement. « L’université t’apprend à faire des recherches, à appliquer une méthodologie… Ce sont des réflexes que tu n’appliques pas nécessairement dans la vie de tous les jours », souligne Beck.
De son côté, Marie-Clarisse apporte une nuance en précisant que selon elle, cette logique s’applique surtout aux études en sciences humaines et sociales. « C’est une question d’intérêts et de probabilité. Les personnes qui ont étudié dans ces domaines sont, selon moi, plus susceptibles de s’intéresser à des sujets comme les enjeux féministes et anti-raciaux — des sujets sur lesquels je lis et que j’explore quotidiennement. » Elle ajoute toutefois : « Je ne dis pas que les gens qui n’ont pas étudié là-dedans ne peuvent pas avoir ces intérêts, mais c’est plus probable. »
Intelligence et université : une fausse équation
« Dans les commentaires, beaucoup ont fait l’équation “école = intelligence”. Moi, je ne fais pas ce lien », affirme Marie-Clarisse.
Un constat partagé par les trois intervenants, qui ont tous reçu des commentaires allant dans ce sens, malgré leurs nombreuses précisions. Pour Scot et Marie-Clarisse, il ne s’agit ni d’intelligence ni de valeurs personnelles, mais bien d’une préférence fondée sur des probabilités.
Marie-Clarisse insiste : ce critère n’est pas lié à la sécurité financière ou au prestige, mais plutôt aux centres d’intérêt et à la compatibilité. Scot va encore plus loin en dénonçant cette association simpliste : « C’est une erreur d’associer automatiquement l’intelligence à l’école. Dans mon entourage, plusieurs personnes que je considère comme intelligentes et avec qui j’ai des discussions poussées ne sont jamais allées à l’université. Et l’inverse est tout aussi vrai. » Il ajoute : « J’ai côtoyé des gens à l’université qui ne participaient pas aux travaux d’équipe, n’allaient pas à leurs cours et réussissaient quand même. Penser que ces personnes ont plus de valeur que quelqu’un qui n’a pas pu aller à l’université à cause des circonstances de la vie, c’est injuste. »
Alors, si Scot et Marie-Clarisse reconnaissent que l’intelligence, la réussite et la stabilité financière ne passent pas nécessairement par l’université, pourquoi autant de personnes se sont-elles senties attaquées en exposant leurs préférences ?
L’université et le mythe de l’équité
« Si tout le monde en bénéficie réellement, on ferait en sorte que tout le monde ait accès à l’université et que tout le monde puisse se rendre jusqu’au bout. Or, ce n’est pas le cas », nuance Beck.
Dans la vague de réactions suscitées par le débat, les notions d’élitisme et de classisme ont été largement évoquées.
Comme l’ont souligné Scot et Beck, l’accès à l’université demeure un privilège, même dans une société comme la nôtre où les coûts sont moindres comparativement à d’autres pays. Les réalités financières, familiales, géographiques ou encore les difficultés d’apprentissage influencent grandement l’accès aux études supérieures.
« L’université, à la base, c’est élitiste. Ce n’est pas tout le monde qui y a accès de façon équitable. Et lorsqu’on en ressort, on obtient un certain statut, ce qui crée une forme de hi érarchie sociale », explique Beck. Femme noire et neurodivergente, elle confie aussi avoir vécu de grandes difficultés dans le milieu universitaire : « Je me suis sentie comme une loser pendant longtemps parce que je n’étais pas capable de finir mon bac. Ma neurodivergence faisait en sorte que je ne pouvais pas fonctionner comme on l’attendait ; faire des nuits blanches, pousser sans arrêt, etc. »
Alors, est-ce classiste — voire élitiste — de ne pas vouloir sortir avec quelqu’un qui n’a pas fait d’études universitaires ? On pourrait supposer que oui. Mais est-ce suffisant pour invalider une préférence personnelle ? Scot et Marie-Clarisse croient que non.
Une simple question de préférence
Scot et Marie-Clarisse assument pleinement leur préférence pour les personnes ayant fait des études universitaires. « J’ai plus de chances de retrouver chez quelqu’un qui est allé à l’université les traits qui m’attirent », explique Scot. Marie-Clarisse, elle, compare ça à d’autres critères relationnels : « C’est au même titre que, à ce stade de ma vie, je ne sortirais pas avec quelqu’un qui a un enfant. »
Même si Beck ne partage pas ce critère, elle le comprend : « On a tendance à dater des gens qui nous ressemblent, qui fonctionnent comme nous. Et, les gens se mettent en couple avec des personnes qui ont un statut similaire au leur. »
Lorsque je les ai approchés, les trois ont avoué être surpris par l’ampleur qu’a prise la discussion. Si, à la base, il s’agissait d’une simple question de dating, de préférences personnelles, elle a rapidement mis en lumière des enjeux beaucoup plus larges, dont la classe sociale et l’accessibilité à l’éducation. Et même si ça demeure une préférence, le débat mérite qu’on s’y attarde. Parce que derrière nos critères amoureux, il y a souvent des structures sociales qu’on gagne à remettre en question.
Alors, la question demeure : sortiriez-vous avec quelqu’un qui n’a pas fait d’études universitaires ? Et surtout, pourquoi ?
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