Michèle Riendeau

C’tu normal si… j’ai mal au clitoris après l’orgasme ?

Quand les sensations orgasmiques passent de « ooooh ! » à « ouch ! »

Bonjour Julie,

Depuis quelques mois lorsque je me masturbe je ressens une forte douleur 2-3 secondes après avoir atteint l’orgasme (clitoris). Est-ce que c’est normal?

P.

Bonjour!

Oh que je comprends ta préoccupation. Admettons que ça t’interrompt brusquement le plaisir quand ce qui devrait être une expérience de détente agréable se mute instantanément en expérience de douleur vive.

« Les douleurs vulvaires, parlons-en! » (ça, c’est le slogan de ma réponse)

Parce qu’on en parle peu. Pincements, sensations de brûlure, picotements, contractions involontaires, elles peuvent se décliner en tous plein de réalités et apparaître à différents temps de la vie. Après tout, on peut être menstrué.e.s, on peut accoucher, vivre des chirurgies, on est ménopausé.e.s et des fois, on peut aussi juste vivre des CHOSES.

Jasons sexo : dans ton cas, le fait que la douleur survienne après l’orgasme et qu’elle se situe au niveau du clitoris fait que l’hypothèse de l’origine physiologique semble plus que plausible. Avec mon expertise, on pourrait dresser un portrait de la situation, je pourrais t’accompagner dans ton cheminement, mais surtout, je devrais plus que fort probablement t’orienter vers un.e autre professionnel.le pour que tu bénéficies d’une évaluation physique.

Mais t’inquiètes, je ne terminerai pas ma réponse ici en faisant « Faque c’est ça… Ciao et la bonne chance à vous!», bien que ma rigueur fait que j’ai le souci très clair de ne pas transformer mon courrier en réplique de Doctissimo en terrorisant les lecteurs avec 682 hypothèses non-fondées. Ayant plus d’un tour dans mon p’tit sac de tours, j’ai donc fait appel à une professionnelle toute aussi compétente que passionnée: Stéphanie Thibault-Gagnon, physiothérapeute en rééducation périnéale et pelvienne.

Ensemble, on a échangé sur la situation que tu vis et aies confiance : plusieurs pistes super intéressantes sont ressorties. Bien important : on rappelle que les propos demeurent des hypothèses et qu’aucun diagnostic ne sera émis. Comme je l’ai mentionné plus tôt, tout repose sur l’importance d’une bonne évaluation. Dans ce cas, avant même de te tourner vers un.e physio, il pourrait être aidant d’aller voir ton médecin de famille (ou un médecin dans une clinique plus spécialisée – voir les références en bas d’article) pour t’assurer qu’il n’y ait pas de cause médicale (par exemple, une inflammation).

Sans entrer dans les détails biologiques du comment-de-que-c’est-de-ci-et-de-ça, une compression dudit nerf peut générer le type de douleur que tu vis, ce qui peut rapidement transformer un « ahhh! » en « aaahhhYOYE ».

Avec Stéphanie, on jase d’abord « clitoris ». On en entend de plus en plus parler, le clitoris est constitué de toute une structure interne. Cette structure est entre autre composée du nerf pudendal, qui possède trois branches, dont une qui innerve le clitoris. Sans entrer dans les détails biologiques du comment-de-que-c’est-de-ci-et-de-ça, une compression dudit nerf peut générer le type de douleur que tu vis, ce qui peut rapidement transformer un « ahhh! » en « aaahhhYOYE ».

Pour enrichir notre vocabulaire désormais bonifié par le chic mot « pudendal », notons que les douleurs au niveau du clitoris se nomment clitorodynie et qu’elles font partie des vulvodynies, douleurs sans origine médicale, qui sont ressenties dans la région vulvaire.

Et ces conditions-là, elles ne demeurent pas nécessairement dans le plus grand mystère des conditions mystérieuses. Stéphanie l’explique, elles sont souvent dues à des dysfonctions du plancher pelvien.

Plancher pelvien.

Voilà un terme qui n’éveille pas automatiquement les passions du genre « DIS M’EN PLUS, JE VEUX TOUT SAVOIR SUR LE PLANCHER PELVIEN! ». Ça sonne ennuyeux, mais pourtant, guys… Pouuuurtant! Il gagne à être connu! Il gagne à recevoir de l’amour, de la considération.  Ne sous-estimons pas son pouvoir ni son implication dans notre bien-être sexuel!

Et ne sous-estimons surtout pas le pouvoir des physiothérapeutes spécialisés en la matière! Jaser plancher pelvien avec Stéphanie Thibault-Gagnon, c’est… c’est… comment dire?

Éclairant. Instructif. Rassurant. Inspirant.

Mauvaises postures, pratique de sports ou d’activités répétitives comme le vélo ou la course, traumas (accouchement, chirurgies), aspects psycho-émotifs (stress, anxiété, craintes): les causes des accumulations de tensions sont multiples.

Vous savez que l’orgasme implique une succession de contractions involontaires? Ce sont entre autres les muscles dudit plancher qui ont le pouvoir de se contracter. On entend souvent parler des exercices de Kegel pour renforcer les muscles du plancher pelvien. Comme on a l’impression de n’avoir aucun contrôle sur la structure interne, on cultive souvent la crainte qu’ils s’affaissent et on mise sur l’importance de les contracter, de les tighter. Stéphanie précise toutefois que ces muscles sont souvent non pas affaissés, mais bien en hypertonie (hyper / tension), ce qui peut créer des conditions douloureuses. Alors dans certains cas, mieux vaut apprendre à les détendre!

Mauvaises postures, pratique de sports ou d’activités répétitives comme le vélo ou la course, traumas (accouchement, chirurgies), aspects psycho-émotifs (stress, anxiété, craintes): les causes des accumulations de tensions sont multiples.

« Eh ben, eh ben..!» me diras-tu.

Oui, c’est fort éclairant et si je puis me permettre d’en rajouter en termes informatif, les êtres dotés d’un pénis sont aussi constitués d’un plancher pelvien, certes, mais aussi d’un nerf pudendal, alors impliqué dans le processus d’érection et d’éjaculation. Ils.elles peuvent aussi vivre des tensions, des douleurs et des troubles associés.

Morale de l’histoire?

Tout le monde peut, à un moment de sa vie, avoir besoin de l’aide d’un.e physiothérapeute spécialisé.e comme Stéphanie et il ne faut pas hésiter à aller chercher de l’aide pour bénéficier d’une évaluation et d’un traitement professionnels favorisant la diminution des douleurs associées à la réponse sexuelle. Il existe des pistes de solution comme des exercices de détente et des techniques manuelles qui peuvent nous être enseignées et qui, oui, peuvent nous soulager.

Donc on pense à notre précieux plancher pelvien, on pense à la physiothérapie en réadaptation périnéale et pelvienne et surtout, on pense à notre bien-être! Merci pour ton courrier, P., en espérant que ces tendres conseils te permettent de chasser l’inconfort de la souffrance et de retrouver le plaisir de la jouissance!

**Le plus sincère des remerciements à la lumineuse et généreuse à Stéphanie Thibault-Gagnon, physiothérapeute en rééducation périnéale et pelvienne, pour son apport indispensable à cette chronique.**

RESSOURCES POUR VOUS AIDER :

Pour faire appel aux services de Stéphanie Thibault-Gagnon et/ou consulter son site web : CLIQUEZ ICI

Pour trouver un.e physiothérapeute en réadaptation périnéale et pelvienne dans votre région : CLIQUEZ ICI

Pour consulter une ressource médicale sensibilisée aux douleurs vulvaires : CLIQUEZ ICI

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