Critique culinaire de la poutine du Resto Le L’assom

L’Assomption. Pour ceux qui connaissent pas ça, c’est un passage quand même assez important dans la Bible où la Sainte-Vierge décide qu’elle en a plein le casque d’ici bas et qu’elle va voir au ciel, comment les choses se passent. C’est aussi le nom d’une rivière qui est la colonne vertébrale de la région de Lanaudière. C’est finalement le nom d’une ville nichée au creux de l’un de ses méandres sinueux. Mais le monde de là dit rarement L’Assomption, ils disent presque tous “L’Assom”.

Cette petite ville en vaut vraiment le détour, à environ une demi-heure de Montréal.

Dans la vieille partie de la ville, il y a un paquet de vieilles maisons historiques datant probablement de la Nouvelle-France. Sur le boulevard L’Ange-Gardien, il y a le vieux collège, le cégep, un théâtre et un paquet de petits bistros et commerces trendy.

Mais à partir d’un coin de rue en particulier, t’as un Tigre Géant, le premier d’une succession de commerces vraiment vintages, dont le Bar Le Portage et le Resto Le L’assom, objet de la présente chronique. À la demande express de Marie-Ève Gagné et Justine Laurier (de Tourisme ‪‎Lanaudière‬), je m’y suis rendu, afin d’y tester la poutine et d’en faire la critique culinaire.

Une chose qui frappe en rentrant dans ce resto du centre-ville de L’Assomption, c’est que le décor est incroyablement vétéran. Mais vétéran classy. Genre, s’ils avaient mangé de la poutine dans Madmen, ça aurait sûrement été ici (je ne suis pas comment ils auraient fait fitté ça dans le scénario, mais ça, c’est une autre histoire).

Comme c’est souvent le cas en région, il est possible de parler au propriétaire du resto. Le gars s’appelle Pierre et est aussi sympathique que confiant, il n’hésite pas à affirmer qu’il fait la meilleure poutine à l’est de Vancouver! Il m’a aussi indiqué que son restaurant a détenu pendant des années le record de la plus grosse poutine au monde, avant qu’une gang de Trois-Rivières vienne lui chiper le record mondial, il y a quelques mois.

Le gars m’a informé que son “pushor de patates” est la ferme Cormier, de L’Assomption. Connaissant la dépendance que peut créer une bonne poutine, je dois affirmer que l’expression “pushor de patates” n’est pas totalement dénuée de sens…

Mais revenons-en à la poutine. L’assiette est copieuse. Sur le plan visuel, je craignais que la sauce ne manque un peu d’épaisseur.

On verra plus loin que ma crainte était infondée, pour employer un euphémisme. Avant même d’attaquer la poutine et en attendant quelques secondes pour mon cheeseburger, j’ai été frappé par le doux fumet se dégageant du plat national.

J’avais tellement entendu parler de cette poutine, que j’ai eu quelques secondes d’hésitation avant d’enfourcher ma première bouchée. Je me suis finalement lancé; et je n’ai pas été déçu.

Passons rapidement sur le fromage pour dire qu’il est à point avant d’attaquer la sauce. Cette sauce… Depuis le temps que j’essaie de gagner ma vie à titre de critique culinaire de comfort food, je ne crois pas avoir goûté à une sauce aussi délicieuse (peut-être à l’exception du défunt Karl n’ Binos sur Ste-Catherine Est).

Pour employer un raccourci sémantique, il est possible d’affirmer que cette sauce est tout simplement parfaite.

Épaissie à la perfection, salée à la perfection, assaisonnée à la perfection. C’est le genre de sauce qui te fait finir ton bol de poutine en buvant le restant de sauce (oui, je le fais quand il y a personne, jugez-moi, je m’en fous).

En présence d’un fromage en tout point adéquat et d’une sauce aussi relevée, le rôle des frites prend toute son importance. Car de mauvaises frites auraient pu facilement gâcher l’ensemble et faire dégringoler la note sur dix. En fait, des frites simplement ordinaires assorties à une sauce aussi délicieuse auraient littéralement constitué un crime de lèse-palais. Sachant que le resto utilise des frites maison, le risque était grand (tout amateur de poutine sait depuis la tendre enfance qu’il est plus difficile d’atteindre le degré de croustillance requis avec des frites maison qu’avec des frites surgelées/panées).

En prenant la première bouchée, je n’ai pu m’empêcher de laisser échapper un petit soupir de contentement.

Les trois éléments se marient à merveille pour convier nos papilles à une véritable valse gustative. Les frites maison passent le test haut la main et leur texture demeure constante tout au long de la dégustation.

Je ne sais pas si c’est la cuisson à l’huile de canola fièrement annoncée dans la fenêtre du resto ou s’il s’agit plutôt d’une astuce issue de la cuisine moléculaire et gardée jalousement secrète par le chef, mais j’arrive mal à m’expliquer que cette poutine conserve sa texture tout au long du goûter. Pour être clair: ces frites s’imbibent légèrement, sans toutefois devenir molles (avec les difficultés de digestion qui s’ensuivent).

Ces frites maison, mariées à l’onctueux mélange de sauce et de fromage salé ont littéralement le pouvoir de nous catapulter vers l’enfance, au moment où on a mangé notre première poutine; celle qu’on oublie jamais. Que ce soit au parc de baseball, à l’aréna, à la patate du coin, il y a ben des chances que ta première poutine était elle aussi constituée de frites maison imbibées de sauce salée, à l’instar de celle du L’Assom.

Bref, cette poutine est plus qu’une expérience culinaire, c’est également un voyage à l’intérieur de soi.

C’est l’une des rares poutines dépassant la marque des 9/10, une marque en haut de laquelle chaque centième de point devient extrêmement difficile à conquérir.

Pour l’ensemble de son oeuvre, j’accorde à cette poutine la note de 9,27/10. Elle m’a permis de toucher au sublime et s’inscrit dans la catégorie des chefs-d’oeuvre.

Pour lire une autre critique culinaire de poutine: Critique culinaire du trio numéro 4 du Lafleur de la rue Notre-Dame Est.

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