La crise du recyclage  : doit-on recommencer à mettre nos Publisacs aux vidanges  ?

Recycler le papier ou le jeter ? « That is the question. »

Quand j’étais jeune, l’apparition des bacs bleus dans ma petite ville a causé toute une commotion. Moi et mes amis, tout brainwashés que nous étions par nos professeurs qui nous mettaient des idées dangereuses dans la tête comme « Il faut prendre soin de la planète » ou « On n’a pas des ressources à l’infini », étions extrêmement enthousiastes de voir le recyclage apparaître chez nous. Par contre, nos parents grognaient, marmonnant : « C’est pas vrai que je vais commencer à laver mes cannes de soupe aux tomates, anyway tu sais ben qu’ils vont toute crisser ça aux poubelles ». On roulait des yeux, mais si on se fie à la crise actuelle du papier de recyclage, peut-être que le temps va leur avoir donné raison, finalement.

Que se passe-t-il exactement ?

Comme pour à peu près tous nos ennuis économiques, le problème, c’est la Chine. Jusqu’à récemment, ils étaient nos plus gros acheteurs de papier recyclé. Sauf que la Chine a arrêté d’acheter notre papier, parce qu’il était de trop mauvaise qualité. Quand notre produit est trop cheap pour la Chine, on a un problème.

Il y a à peine un an, une tonne de papier recyclé se vendait 125 $. Maintenant ? Zéro dollar. Pas besoin de faire son MBA aux HEC pour comprendre qu’un commerce qui vend son produit à zéro dollar ne restera pas en affaires ben ben longtemps.

La preuve que ça fait mal : le centre de tri de Montréal, le plus gros au Québec, perd 700 000 $ par mois. 700 000 piasses. Canadiennes. Même si je perdais 700 000 pesos mexicains, je pleurerais ma vie. Imaginez.

Et pendant ce temps-là, le contenu de nos bacs verts pourrit dans les centres de tri sans qu’on ait d’autres débouchés pour le réutiliser.

Faut-tu jeter notre papier dans les poubelles ?

Alors qu’est-ce qu’on fait avec notre papier ? Est-ce qu’on donne raison à nos oncles frustrés d’être obligés de sortir deux bacs différents, pis on sacre tout ça dans les poubelles ? On fait un feu de joie à la gloire des climatosceptiques avec nos circulaires pis nos vieilles copies du Lundi ou du magazine URBANIA (s’il vous plaît, non !!!)

Idéalement, il faudrait continuer à recycler. Parce qu’au-delà des graves impacts économiques de cette crise sur les centres de tri, les environnementalistes craignent une conséquence beaucoup plus sérieuse : que la population perde confiance envers le recyclage.

Il ne faut pas abandonner tout de suite : l’industrie cherche des solutions.

Quelles solutions ?

Évidemment, les propriétaires de centres de tri réclament l’aide du gouvernement pour les aider à passer au travers de cette crise difficile. Après tout, si on a trouvé des milliards pour Bombardier avec ses avions qui ne se vendent pas, on peut trouver quelques dollars pour le recyclage de Publisac.

Même la mairesse Valérie Plante a sollicité l’aide du gouvernement, pour éviter que les centres de tri ne puissent plus ramasser les matières recyclables et que les municipalités soient obligées d’envoyer tout ça aux sites d’enfouissement (plus communément appelés « la dompe »).

Mais comme le mentionnait le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets à La Presse, ce qu’il faut repenser, c’est la façon même dont on trie notre recyclage.

Jusqu’à maintenant, l’industrie du recyclage visait la quantité avant la qualité, donc ce n’était pas tellement grave qu’on sacre tout notre recyclage dans le même bac, qu’on jette ensemble la pinte de lait avec le journal, les cannes de soupe et la pellicule de plastique de notre emballage de tournevis qu’on est pas sûr si ça se recycle ou non.

Sauf que là, même la Chine trouve que notre méthode relax donne du papier dégueu. Ils ne veulent pas de morceaux de pots de yogourts dans leur papier journal, bon. Alors ce que le Front propose, c’est qu’on passe au tri à la source, c’est-à-dire qu’on ait tous à la maison un bac pour le métal, un bac pour le papier, et un bac pour le plastique, par exemple. Ainsi, le tri serait déjà fait et on pourrait fournir un papier de meilleure qualité.

Nos mononcles fâchés de devoir laver leurs cannes n’ont pas fini de sacrer.

PS : Si vous voulez VRAIMENT être écolos, vous pouvez également fabriquer votre propre papier recyclé. Il vous faut juste un bac d’eau, un tamis, et des standards pas trop élevés quant à la qualité de votre papier.

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