Aless MC

Créer et vendre des tours de magie

Peu importe ce qu’on en pense, la magie continue de « pogner ». Devant cet intérêt intarissable pour un art vieux comme le monde, comment réinventer le chapeau sans fond ?

Le Cirque du Soleil a récemment acheté The Works, une entreprise spécialisée dans les spectacles d’illusion et de magie. Chris Ramsay, un magicien de rue des Laurentides, est devenu une vedette internationale sur YouTube avec plus de deux millions d’abonnés. TVA vient de vendre le concept de son émission La magie des stars à l’étranger. On peut dire que la magie n’est pas cet art désuet que l’on voit disparaître dans notre boule de cristal visiblement défaillante.

Pourtant, la plupart des magiciens s’entendent pour dire qu’il n’existe qu’une douzaine de tours possibles, et que chaque apparition miraculeuse, disparition mystifiante ou autre illusion étonnante n’est qu’une variante des vieux numéros d’Houdini et consorts.

Afin de renouveler le matériel magique, l’Université Concordia vient de créer un poste de recherche — assorti d’une bourse financée par le Cirque du Soleil et le milieu industriel. Aimant se décrire comme un « circadémicien », Joe Culpepper, le post-doctorant titulaire de ce fellowship, aura la tâche de mettre au point de nouvelles façons de faire avec une colombe ou un paquet de cartes. Mais comment ?

L’ART ET LA MANIÈRE

« Un tour de magie se compose de trois éléments : l’effet — la lévitation, la transformation ou la disparition, par exemple ; la méthode, qui est la façon d’y arriver ; et le boniment, soit ce qu’on va dire pendant le tour », explique Joe Culpepper. « En recherche et développement, on peut jouer sur ces trois éléments », ajoute-t-il. Joe ne cherche donc pas le tour qui n’a pas été inventé encore, mais plutôt de nouvelles méthodes pour exploiter les effets déjà existants.

Il a une longueur d’avance sur les concepteurs de tours ordinaires : en plus d’être magicien depuis l’âge de 14 ans, il connaît bien l’histoire de cet art.

«Pour créer de la magie et participer à son avancement, il faut étudier l’histoire et comprendre ce qui existe déjà, et avoir du respect pour les anciens. Ils savaient beaucoup de choses.» — Joe Culpepper

Selon lui, les premiers illusionnistes ont participé à l’invention du cinéma et d’autres technologies qui fascinaient à leur époque, comme le télégraphe, le téléphone ou la communication par codes binaires, parce qu’elles semblaient créer des effets inexplicables. « La magie, c’est encore ça. C’est ce que la science est incapable d’expliquer à un moment donné, ou ce que le public n’arrive pas encore à comprendre complètement. C’est donc une cible qui bouge. Dès que la science explique un phénomène mystérieux, ce n’est plus de la magie. C’est pourquoi les magiciens sont souvent très intéressés par les nouvelles technologies », croit Joe.

YOUTUBE KILLED THE MAGIC STAR

L’attrait des nouvelles technologies, Sylvain Émond l’observe dans son magasin Spectram, une boutique montréalaise spécialisée en vente d’accessoires de magie. « Le magicien en tuxedo, ça n’existe plus, et le gros buzz qu’ont connu les mentalistes il y a 10 ans est aussi en train de s’estomper au profit des tours avec des iPad et de la micromagie en close-up », dit-il.

Le principal coupable : YouTube, où la magie en gros plan est en pleine expansion. Ça a d’ailleurs permis à Sylvain Émond de découvrir les superpouvoirs des influenceurs.

«Le youtubeur Chris Ramsay est venu dépenser 10 000 $ dans notre magasin pour une de ses vidéos. Depuis, y a des gens de pays qu’on ne connaissait même pas qui viennent chez nous grâce à lui !» — Sylvain Émond

YouTube n’offre pas qu’un nouveau débouché créatif aux micromagiciens : c’est un sacré vendeur de mèches. « Avant YouTube, le seul moyen de connaître un truc, c’était de l’acheter, dit Sylvain Émond. Aujourd’hui, y a plein de gens qui révèlent les tours de magie sur YouTube. C’est devenu ultra-accessible, ce qui fait que la majorité des magasins de magie ont fermé. Avant, on était huit à Montréal. Maintenant, on est trois au Canada. » Les magiciens doivent donc redoubler d’inventivité pour impressionner des spectateurs blasés qui ont déjà tout vu.

UN PEU DE POUDRE DE PERLIMPINPIN… ET DE CHARISME

Mais la magie, ce n’est pas seulement connaître des tours de passe-passe. Dans l’une de ses vidéos, Chris Ramsay donne des trucs pour entraîner son muscle de la créativité, comme choisir un mot de manière aléatoire dans un livre ou poser 20 questions sur un objet aussi banal qu’un crayon. Ces trucs peuvent être aussi valables pour un inventeur de magie que pour n’importe quel youtubeur à la recherche du prochain défi insignifiant à se lancer.

Sylvain Émond est le premier à vouloir être impressionné. Après avoir passé des décennies à faire la tournée des foires de magie et à créer ses propres tours qu’il a vendus à Alain Choquette, Luc Langevin ou Vincent C, il est difficile à berner, même par les nouvelles tendances. « Il faut faire attention quand les magiciens se vantent de telle ou telle affaire : la meilleure qualité d’un magicien, c’est d’être un p’tit peu menteur », dit-il.

C’est peut-être pas faux ! « Ça prend toutes sortes de talents, croit Joe Culpepper. Il y a des gens qui sont des super-inventeurs ; d’autres qui écrivent super bien les rôles, le boniment ; d’autres qui se spécialisent dans l’aspect psychologique ; d’autres qui sont plutôt des historiens ; d’autres encore qui sont plutôt des ingénieurs… Les grandes vedettes de la télévision, souvent, leur talent, c’est le charisme… et le marketing ! »

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Lire la suite

Les petites histoires URBANIA : La magie avec Vincent C

Le coup de l’aiguille dans le ballon, ça a beaucoup impressionné Vincent C lorsqu’il était jeune. Et quand c’est lui qui le fait, […]