Créatrice du mois Sara Hébert a.k.a Bijou de banlieue

Petits bouts d'angoisse et de fuck you.

Certains la connaissent grâce au livre Caresses Magiques, recueil de témoignages sur la découverte de la sexualité d’un point de vue féminin. D’autres écoutent religieusement son radio-roman Les jus de la Passion sur CISM.  Plusieurs ont vu passer ses collages humoristico-trash sur Instagram. Pour le reste, il est grand temps de rencontrer Sara Hébert.

Tu écris, tu dessines, tu fais du collage, tu crées des zines, tu pilotes une émission de radio et j’en oublie. Pourtant, tu as une maîtrise… en études hispaniques. Il n’y avait pas un chemin plus naturel vers l’art?!

L’art a toujours été là en trame de fond! Quand j’étais petite, je dessinais beaucoup avec ma grand-mère, on faisait souvent des bricolages. Au baccalauréat, je passais mon temps à peindre des montagnes abstraites! Ma grand-mère peignait des paysages, j’imagine que ça m’a inspiré. Et les études hispaniques, c’est la langue, mais c’est aussi de la littérature, du cinéma de l’anthropologie. L’art n’était jamais bien loin.

La couverture du livre Caresses Magiques

Mais tu n’avais pas les deux mains dedans…

Ma conception de ce qu’est un.e artiste a longtemps été un frein. Pour moi être artiste, c’était se consacrer à une seule discipline. Mon amie Daphné par exemple, elle a toujours voulu écrire, et c’est ce qu’elle fait aujourd’hui, alors que je m’intéressais à toute sorte d’affaires. Dans ma tête, elle était une artiste, pas moi! Et comme créer me faisait du bien, je n’avais pas envie de me mettre de pression, de comparer mon travail à celui des autres, entre autres en étudiant dans le domaine. Alors ça m’a pris du temps à accepter que j’étais une artiste. Il a fallu que les autres me le disent.

Est-ce qu’il y a tout de même eu un déclic? Un moment où tu as mis le doigt plus sérieusement dans l’engrenage?

En 2010, je suis allée à l’Expozine avec une amie. J’ai découvert un univers fabuleux. La culture underground m’a toujours beaucoup parlé et j’y retrouvais un peu de ça je crois.  C’est comme ça que je suis tombée sur Sophie Laplante, une artiste que j’aime beaucoup. Elle avait un zine sur la rupture avec des dessins très simples, très touchants. Mon copain de l’époque gravitait aussi dans cet univers. Bref, à un moment, je me suis dit : moi aussi je veux faire ça!

Ton premier zine est né comment?

En 2011. Lorsque j’étais au baccalauréat, j’ai fait un échange au Mexique. Ça n’allait pas très bien à la maison, ça m’a permis de prendre du recul. Pendant mon séjour là-bas, j’avais un carnet dans lequel j’écrivais et dessinais tout le temps. Mon premier zine est essentiellement un assemblage du contenu de ce cahier auquel j’ai ajouté d’autres illustrations pour en faire une histoire positive qui raconte à peu près ceci : ça allait mal, je suis partie,  je suis revenu et j’ai rencontré quelqu’un que j’aime. Ça va mieux. Fin.

Chez URBANIA on est plusieurs à avoir de tes collages. C’est d’ailleurs ce qu’on retrouve surtout sur ton compte Instagram, Bijou de banlieue…

Dans ma famille, tout le monde tripe sur les ventes de garage! Un jour, mon oncle est arrivé avec une tonne de vieux magazines. Pour le fun, j’ai commencé à en faire des collages. Mes amis me disaient qu’ils trouvaient ça beau, je ne savais pas quoi en penser, je ne me posais pas trop de questions. Un jour, Vincent Giard, un auteur de BD dont j’admire le travail, a vu un de mes collages et m’a proposé de l’acheter. Je me suis dit : « Wow! Il veut vraiment payer pour ça?! »

Un premier collage vendu!

Et il n’est pas le seul manifestement! Il y a beaucoup d’humour dans ces collages et un petit côté fuck you réconfortant.

C’est de l’artisanat subversif! Ce que j’aime, c’est prendre des images qui véhiculent un certain discours stéréotypé, surtout sur les femmes, et les subvertir. Ça me fait du bien de découper dans des pubs qui passent leur temps à nous dire qu’on est trop grosses, pas assez belles, qu’on devrait faire ceci ou cela pour plaire. Prendre une face de femme qui fait semblant d’être contente de vendre des chars et trafiquer le message, lui faire dire ce que je veux, il y a quelque chose de thérapeutique là-dedans. L’humour, c’est aussi une manière d’apprivoiser mes angoisses, d’accueillir ma vulnérabilité, de me rappeler que moi aussi je peux être un sujet de désir, pas juste un objet de désir.

D’ailleurs, à quel point ta démarche est autobiographique? Sur Instagram par exemple, on a parfois l’impression de vivre tes hauts et tes bas : tu y parles de date qui ont mal tourné, de sexe, de solitude, de désir, de jobs plates…

Je vais souvent exagérer pour faire rire. Ce qui est exprimé dans mes collages ne reflète pas toujours mon sentiment du moment. Parfois, ce sont des choses que je garde en moi depuis longtemps, des situations vécues il y a un bout de temps. Quand j’ai une émotion qui m’habite et qui me gosse, je vais essayer de l’illustrer. Mais c’est vrai que je m’affiche beaucoup. C’est un risque que je prends et j’en ai mesuré l’ampleur dernièrement quand Matthieu Dugal [NDLR: animateur à ICI Première] a parlé de moi sur ses réseaux sociaux. Tout d’un coup, 200 abonnés de plus se sont invités sur mon Instagram. Ça m’a fait peur! Ce que je publie, c’est quand même intime. D’un autre côté, les artistes que j’aime le plus sont ceux et celles qui ont cette authenticité. Alors j’ai décidé d’assumer ça en me disant que je me fais du bien en créant et que si ça peut faire du bien aux autres ensuite, tant mieux.

Si vous aussi vous voulez vous faire du bien, il y a plusieurs manières de suivre Sara:

Sur les ondes de CISM, elle coanime tous les vendredis à 23h Les Préliminettes avec Sarah Gagnon-Piché

Les 17-18 mars prochain, elle sera au Salon du disque et des arts underground de Montréal. Vous pourrez y trouver ses zines, le livre Caresses Magiques, des imprimés et une foule de ses réjouissantes créations

Avec Marie Darsigny, elle coédite Filles Missiles

On peut (il faut) également suivre son compte Instagram @bijoudebanlieue

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