Créatrice du mois : Charline Bataille, tatoueuse éthique et immensément humaine

Entrevue avec une tatoueuse de plus en plus en demande.

La tatoueuse montréalaise Charline Bataille se distingue du milieu traditionnel du tatouage par ses oeuvres aux couleurs vives et par son rejet des illustrations de femmes lisses et clichées. Très engagée dans la communautée queer, notre créatrice du mois prône la diversité, la vraie, et n’a pas peur de partager ses émotions, même les plus sombres, même les plus crues.

Longtemps tatoueuse dans un studio à domicile, Charline travaille depuis maintenant 2 ans chez Minuit Dix Tattoo, un salon de tatouage qui a su la charmer, tant par ses valeurs que par sa grande éthique de travail. 

Charline, qu’est-ce que Minuit Dix offre que la plupart des studios de tatouage n’offrent pas?

Plusieurs choses, par exemple notre priorité est que le client se sente confortable, qu’il comprenne que son corps sera respecté. On lui demande toujours la permission avant de le toucher, peu importe la zone. On ne sera jamais dans le jugement d’un corps, d’un genre ou de l’orientation du client, bien au contraire. Ces principes étaient primordiaux pour moi lorsque je travaillais de la maison, et je suis bien contente de voir que c’est la même chose chez Minuit Dix. On est très « anti-patriarcat », aussi. Par exemple, contrairement à la plupart des studios de tatouage, jamais on aura des dessins de femmes objectivées sur les murs!

Et toi, qu’est-ce qui t’as amené vers le domaine du tatouage?

Plus jeune, j’aimais déjà beaucoup les tatouages, mais je ne voyais rien que j’aimais. Personne n’offrait ce que je voulais me faire tatouer, alors je me suis tatouée moi-même! Ensuite, j’ai voulu rendre service à des amies et ça a déboulé comme ça! Mais j’ai toujours eu besoin de peindre pour faire évoluer mes émotions, autant sur des toiles que sur des vêtements que sur des murs, alors c’était comme la continuité naturelle et logique de mon art.

Tu mets beaucoup de couleur dans des oeuvres, ce qui est rare dans l’industrie, non?

C’est vrai qu’au premier coup d’oeil, ça surprend, puisqu’en ce moment la mode c’est beaucoup le minimalisme. Mais moi j’aime le chaos, l’abondance, la diversité, l’humour, l’explosif! Même si j’aime le noir et blanc, c’est vraiment ce style vif, non-précis et coloré qui me représente le mieux.

Tes motifs et tes personnages sont aussi très explosifs, à la fois bestiaux et naïfs, grotesques et accueillants… qu’est-ce qui t’inspire autant cet univers?

Ce que je dessine, c’est toujours très influencé par où je suis dans ma vie. Ce mois-ci par exemple, je suis en thérapie, je suis sobre, et en fait j’ai un peu passé le stade de survie, celui où je suis triste. Puisque je me sens très du genre « combattante » ces jours-ci, ça donne des personnages plus guerriers! Mais sinon il est vrai que je fais beaucoup de femmes un peu monstrueuses, massives, avec des dents pointues et du poil, justement pour m’éloigner des standards de beauté! Je veux vraiment que mes oeuvres illustrent toutes les diversités corporelles, émotionnelles, culturelles et sexuelles possible!

Dans la description de ton compte Instagram, tu écris que tu es très « oversharing », donc que tu te confies sans filtre. Comment cela se manifeste-t-il dans ton travail, ou sur les réseaux?

Les photos de tatouages et de peintures que je mets sur Instagram reflètent en fait beaucoup mes émotions et ma personnalité. Mes abonnés ont donc accès à mes états d’âmes, mais ils peuvent aussi s’identifier aux illustrations et trouver quelque chose qui les rejoint! Ça crée une belle communauté. Et puisque je leur partage aussi beaucoup ma vie personnelle, ils ont l’impression de me connaître, et ça leur donne la possibilité d’être transparents avec moi et de se confier une fois en studio. C’est arrivé plusieurs fois que des gens pleurent en venant se faire tatouer avec moi.

Il ne faut pas oublier qu’Instagram est une grosse partie de mon travail, où oui, je partage mon univers avec une clientèle, mais où je peux aussi connecter avec d’autres tatoueurs queers, et partout où je vais dans le monde on peut se retrouver.

Y-a-t-il des gens en particulier qui t’ont inspirés?

Beaucoup de comptes Instagram m’inspirent!! Mais j’ai aussi beaucoup appris grâce à la générosité de d’autres femmes artistes, comme Muriel de Mai, qui est la proprio chez Minuit Dix, et qui m’a offert des connaissances en échange de toiles. Sinon, j’ai toujours été un peu obsédée par Niki de Saint-Phalle

Selon toi, qu’est-ce qu’il y aurait à améliorer dans l’industrie du tatouage?

Je ne suis pas une experte puisque je suis dans le monde des salon de tatouages depuis seulement deux ans, mais disons que j’entends beaucoup de mauvaises expériences, autant de la part de clients que de tatoueurs. L’apprentissage est un peu élitiste, il serait temps d’ouvrir l’industrie à plus de gens. Leur mantra c’est un peu: « If you can’t hold it just get out ».

Il y a aussi le fait qu’on ne mentionne jamais que le tatouage est un art approprié, que ça n’a pas été inventé en occident, et il n’y a aucun travail pour défaire ce stigma, aucune discussion de lancée. Je ne suis pas parfaite non plus, mais j’essaie de toujours réfléchir à l’histoire réelle du dessin et de l’impact des images que l’on crée en tant que tatoueur.

Au final, je pense que l’industrie a seulement besoin de s’ouvrir un peu plus aux discussions!

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