C’pas ma faute, j’ai pas fait exprès

On ne choisit pas ce qui est raciste ou non, mais on pourrait avoir la délicatesse de s'excuser au lieu de jouer à l'autruche.

Vous l’avez sans doute vu passer sur vos fils Facebook durant la fin de semaine de la Saint-Jean – le tristement célèbre char de la honte, lors du défilé traditionnel sur la rue St-Denis, à Montréal.

Pour résumer l’histoire: l’organisation de la Fête nationale du Québec à Montréal a fait appel à des jeunes d’une polyvalente du quartier Saint-Michel afin de tirer les chars allégoriques de la parade. Sur les photos et les vidéos de l’événement, on remarque que la grande majorité des étudiants sont de jeunes hommes noirs et la quasi-totalité des célébrants autour et sur les chars sont blancs et vêtus de blanc.

On remarque une désagréable tendance: le rejet de la faute.

S’en est suivi un tollé sur les médias sociaux, soulignant l’apparente insensibilité de l’organisation qui n’a pas remarqué ce détail avant de lancer son projet. Les médias ont repris la nouvelle abondamment et tous les intervenants ont été appelés à s’expliquer sur la place publique.

Notamment sur le Facebook officiel de l’événement.

[Mise au point] Un court extrait du Défilé de la Fête nationale qui circule présentement sur les médias sociaux a choqué…

Publié par La Fête nationale du Québec à Montréal sur 24 juin 2017

Et c’est là qu’on remarque une désagréable tendance qu’on cultive malheureusement trop souvent devant nos impairs: le rejet de la faute.

Sous prétexte que ce n’était pas intentionnel et que ça partait d’une bonne intention, personne ne prend le blâme dans cette situation. Nous avions vu, dans un autre registre, le même problème quand Juste pour rire avait annoncé la tenue d’un gala 100% féminin dans ses thématiques couvrant les différents genres d’humour.

Au lieu de simplement s’excuser et admettre sa faute quand elle est soulignée, on pousse vers l’avant parce que le problème, c’est les gens qui se plaignent et non les sensibilités qui sont froissées.

C’est les conflits raciaux et le racisme systémique qui se pointent le bout du nez.

Comme dirait ma fille quand elle casse quelque chose dans la maison: c’pas ma faute, j’ai pas fait exprès.

Le hic, c’est que ma fille n’est pas épargnée de mon petit sermon et d’une discussion sur l’importance d’être consciente de ce qui l’entoure et des risques associés à ses actions, même quand c’est accidentel. Si c’est bon pour protéger les cadres à 20$ dans mon salon, pourquoi ça ne le serait pas devant la possibilité de froisser des groupes d’individus?

Dans le cas du char de la honte, c’est les conflits raciaux et le racisme systémique qui se pointent le bout du nez, mais ça couvre un spectre tellement plus large. Quand ce n’est pas un char dans une parade, c’est un blackface dans un Bye Bye ou encore une charte des valeurs.

Les bonnes idées et les bonnes intentions, ici, n’ont pas empêché la projection d’une image problématique.

Le problème n’est pas de faire une erreur, ça arrive à tout le monde. Le problème, c’est de la refuser parce qu’elle n’était pas volontaire.

Ici, l’organisation nous rappelle que l’idée était d’inclure des jeunes volontaires à l’événement. On ne doute pas que c’était la véritable motivation et on ne dit pas qu’elle n’était pas noble cette intention. Par contre, quand l’organisation nous martèle le clou de la diversité dans cette situation, en soulignant que la fête était ouverte et variée sur différentes tribunes, c’est ajouter une indélicatesse sur un brasier déjà embarrassant.

Nous n’accusons pas l’organisation du défilé d’être raciste et insensible.

Les bonnes idées et les bonnes intentions, ici, n’ont pas empêché la projection d’une image problématique qui aurait dû être détectée avant le départ de la parade. Ça ne prenait qu’un regard alerte, une personne compatissante, pour que ce char allégorique ne prenne pas le clos dès sa première apparition.

Ici, nous n’accusons pas l’organisation du défilé d’être raciste et insensible. Il n’y a pas une vendetta active de la part des Social Justice Warriors pour enfariner les gens au moindre écart comme le laissent sous-entendre des voix assez fortes dans les commentaires sous ces publications ou ceux qui s’exclament, le désespoir aux lèvres, qu’ils n’ont plus le droit de rien dire ou rien faire.

Je n’ai pas la prétention de comprendre les enjeux raciaux et les sentiments ressentis par tous groupes sur tous les fronts. Du tout, ça serait bêtement prétentieux. Surtout que dans le grand pool des privilèges, je suis pas mal un choix de première ronde.

L’idée n’est pas de réprimander l’erreur de jugement, mais plutôt d’alimenter la réflexion pour ne pas qu’elle se reproduise.

Par contre, même sans comprendre, j’essaie d’être sensible et d’anticiper les effets de ce que je dis et de ce que je fais. C’est d’ailleurs ce que j’inculque à ma fille quand elle pointe du doigt ses amis au lieu d’admettre ses torts, par exemple. Je ne me fâche pas parce qu’elle a fait une erreur ou un accident, jamais, mais je me fâche quand elle n’assume pas ce qu’elle fait, ce qu’elle dit et les conséquences.

Il y a une nuance et c’est important de la souligner.

On espère aussi que la sensibilité aux autres deviennent un automatisme et non une crainte de se faire taper sur les doigts.

En décriant la malencontreuse image projetée par le défilé de la Saint-Jean à Montréal, l’idée n’était pas de réprimander l’erreur de jugement, mais plutôt d’alimenter la réflexion pour ne pas qu’elle se reproduise. On espère aussi que la sensibilité aux autres deviennent un automatisme et non une crainte de se faire taper sur les doigts sur le tribunal populaire des médias sociaux.

C’est un peu comme ça, du moins j’ose croire, qu’on va venir à bout du racisme systémique. C’est avec la même mécanique qu’on peut aussi abattre l’intolérance, le sexisme et les inégalités. Un petit combat à la fois ou, comme dirait une certaine grogne populaire et des blagues de mononcles sur différentes tribunes, un scandale fabriqué de toutes pièces à la fois.

Je vous laisse alors sur une question : si les scandales fabriqués par les médias sociaux sont si nombreux, est-ce parce que les médias sociaux déforment la réalité ou est-ce parce que de plus en plus de gens sont en mesure de poser un regard sensé et sensible sur les incongruités qui les entourent?

Pour lire un autre texte de Stéphane Morneau: «Mesdames et messieurs, c’est le temps d’être en tabarnak».

Chroniqueur télé - sportif. Trentaine, père, alimentation douteuse et mauvaise humeur.

Du même auteur