Concilier travail-famille quand on est le seul parent du bureau
Les politiques internes, c’est bien, mais encore faut-il de la représentation pour que l’impact sur la carrière — et le bien-être — ne se fasse pas ressentir.
La plupart des entreprises québécoises ont une politique de conciliation travail-famille, comme des congés payés pour les maladies des enfants.
Mais dans un environnement de travail où les parents sont absents ou simplement peu représenté.es, comment ça s’articule, tout ça ? Comment se sentir compris.e et épaulé.e par son employeur quand on demande une journée off pour la troisième fois dans le mois parce que notre petit fait (encore) de la fièvre ?
Un retour au bureau qui nous tente à moitié
On le sait : la pandémie a changé pas mal de choses pour la conciliation travail-famille. En bien et en mal, vous me direz. Mettons que les séances de Zoom avec des enfants qui crient derrière, on s’en passerait. Pourtant, le télétravail, lui a sauvé beaucoup de temps (et d’heures de lavage la fin de semaine) aux parents. Pour certain.es, ça a même été une épiphanie. Des parents de mon entourage se demandent « comment ils/elles faisaient avant ». Le lavage, le ramassage, le pick up de garderie à une heure qui fait du sens… on s’habitue vite à tout ça. Alors que les gestionnaires commencent à demander aux employé.es de revenir au bureau de manière semi-permanente, des parents se questionnent sur leur intérêt à retourner dans une culture de bureau qui n’est pas adaptée à leur réalité. Apparemment, 55% des parents québécois seraient prêt.es à changer d’emploi si on leur offrait de meilleures mesures de conciliation travail-famille.
Sans grande surprise, les effets négatifs des lacunes en termes de politique de conciliation travail-famille (ou, dans le cas qui nous intéresse, des lacunes dans l’application ou l’ouverture à appliquer ces politiques) ont surtout un impact sur les mères. Dans la première année qui suit le retour aux travail après un congé parental, celles-ci prennent en moyenne 16 jours de congé pour s’occuper d’un enfant malade alors que les pères, dans le cas d’un couple hétéro, n’en prennent que huit. Aux États-Unis, des statistiques indiquent que la montée en flèche du télétravail a permis à plus de femmes détenant un diplôme universitaire d’accéder, ou de vouloir accéder, dans certains cas, au marché du travail. On parle d’une augmentation de 7,5% entre 2019 et 2022.
Quand on travaille de la maison, la flexibilité des horaires permet généralement de, par exemple, contourner le 9 à 5 pour adopter une formule où on travaille moins d’heures durant la journée pour rattraper un peu de travail une fois les enfants couchés. Les parents le savent : les soirs de semaine passent vite, et on n’a pas envie de perdre les précieuses heures que l’on a avec nos enfants, qui se couchent généralement assez tôt, pour envoyer des courriels. Entre l’idée de passer 30 à 45 minutes dans le métro (ou sur la route!) durant l’heure de pointe et celle d’être moins rushé sur l’heure du souper, il me semble que le choix est facile.
On est bien seul au sommet (de la pile de collations)
C’est pour ça qu’être le seul parent — ou l’un des seuls parents — dans un environnement professionnel est assez corsé. Devant nos collègues et nos gestionnaires, personne ne semble comprendre pourquoi, pour nous, une rencontre à 16h30, ça fonctionne moyen. Pourquoi quand notre partenaire reste avec notre enfant parce qu’elle fait de la fièvre, on se sent coupable. Pourquoi parfois, la concentration est difficile quand la nuit a été houleuse.
Dans une optique de socialisation au bureau, les enjeux de la soloparentalité au travail sont aussi nombreux. On peut se demander si on parle trop souvent de nos enfants, soit par souci de ne pas ennuyer les autres, soit par volonté d’avoir l’air 100% dédié à la job.
Ça sonne triste, mais c’est vrai : certain.es évitent même de parler de leurs enfants tout court pour ne pas affecter leur performance ou leur croissance dans l’entreprise.
Trouvez-vous ça too much ? Ces peurs-là sont fondées sur la réalité. Les mères ont moins tendance (66%) à recevoir des promotions que les pères après leur congé parental.
Pourtant, les enfants de parents qui sont heureux, accomplis et surtout compris au travail se développent mieux au niveau socioémotionnel et ont moins de problèmes de comportement que ceux dont les parents se sentent dépassés par leur emploi. Comme quoi la santé mentale des parents et celle des enfants sont indissociables.
Ce serait quoi, donc, la solution, pour les parents solo au bureau ? Aussi fou que ça puisse paraître, c’est peut-être assez simple : comme toujours, communiquer. Ses besoins, oui, mais aussi ses inquiétudes, ses peurs, ses nuits fragmentées. Ou peut-être, qui sait, changer de job. Si votre gestionnaire ne comprend pas votre réalité, il est probablement le temps d’aller cogner à une autre porte.
Identifiez-vous! (c’est gratuit)
Soyez le premier à commenter!