Comment parler d’argent en couple pour la première fois ?

Gros tabou, grosse discussion.

L’argent peut être source de bien des conflits dans les couples. Qu’arrive-t-il lorsque l’un est plus dépensier ou fait plus d’argent que l’autre? Comment fait-on pour unir nos vies financières à une époque où le chacun pour soi domine les mentalités? Les experts sont unanimes : une bonne communication pour parler d’argent avec transparence pourra vous éviter bien des peines. En théorie, rien de plus facile, mais quand on vient tout juste de rencontrer quelqu’un avec qui ça clique, comment fait-on pour amener le sujet de l’argent à long terme? 

Foncer dans le sujet plutôt que l’éviter

Karine Archambault, sexologue et psychothérapeute, nous dit qu’en parler « le plus tôt possible est le mieux ». « Ce n’est pas sexy de parler d’argent, surtout dans la lune de miel des débuts, poursuit la sexologue. Cela dit, un sujet aussi sensible que l’argent permet de voir la capacité de chacun à faire des compromis, à considérer l’autre dans ses décisions, etc. Ça permet également d’établir les priorités de chacun et de voir si c’est compatible, ce qui est vraiment important à mon avis puisque ça permet de voir si certaines valeurs fondamentales sont partagées ». 

« Le sujet de l’argent est aussi lié à d’autres sujets qui sont intéressants à aborder en début de relation. »

En effet, quand on parle d’argent, on ne fait pas QUE parler d’argent. On entrevoit sa vie idéale, son futur au singulier sans l’influence de l’autre. La philosophie de vie d’une personne passe souvent par sa manière de gérer son portefeuille. Poser des questions à l’être aimé (ou qui a le potentiel d’être un jour aimé) permet de voir si l’on se projette ou pas dans un avenir avec lui ou elle. « Le sujet de l’argent est aussi lié à d’autres sujets qui sont intéressants à aborder en début de relation : avoir des enfants ou non, vouloir voyager ou non, quelle importance on accorde au travail, etc. C’est une manière de voir ce qu’on est prêt à faire pour avoir plus d’argent ou pas », précise Karine Archambault.

Bien sûr, quand la relation est toute jeune et qu’on parle du futur, on parle de ce qu’on veut individuellement. Si l’un se voit avec des enfants et l’autre non, dès le départ il y a des attentes qui doivent être ajustées. Il en va de même si l’un considère que l’argent a une importance capitale et l’autre non. Est-ce que l’un est matérialiste alors que l’autre privilégie les expériences? Si oui, à quel point? Est-ce que ça peut se conjuguer au quotidien? Parler d’argent, ce n’est pas nécessairement parler de son niveau d’endettement et son salaire annuel. Ça peut être de simplement parler de ce qu’on aime faire avec l’argent qu’on gagne à court et moyen terme. 

Comment amener un sujet aussi délicat

« La manière la plus efficace de parler d’un sujet tabou est, je crois, d’en parler sans détour. Le but c’est de briser le tabou justement. Il n’est pas très efficace de parler à mots couverts, cela porte à interprétation et renforce l’idée que c’est “mal” d’en parler ouvertement », explique la sexologue. Toutefois, en début de relation lorsque l’engagement financier n’est pas tout à fait là, les deux partenaires peuvent être réticents à amener le sujet de peur d’avoir l’air de bouger trop vite. « Plusieurs personnes vont avoir le réflexe d’éviter de parler d’un sujet sensible pour ne pas créer de malaise ou de conflit. Ce qu’on voit par contre, c’est qu’à force d’éviter, il y a une accumulation qui se fait et qui à un moment donné frappe une limite et crée une crise. Donc pour éviter une sensibilité, on se retrouve à gérer une plus grande crise », souligne la sexologue. 

« En discutant de sujets plus engageants, si l’autre nous trouve trop intense, il est probable qu’on n’ait pas la même vision ou qu’on ne soit pas au même endroit dans la vie (ou la relation). »

Au sujet de la crainte de faire peur à l’autre, Karine Archambault précise qu’il n’y a pas de recette « pour ne pas faire peur ». « En discutant de sujets plus engageants, si l’autre nous trouve trop intense, il est probable qu’on n’ait pas la même vision ou qu’on ne soit pas au même endroit dans la vie (ou la relation) », poursuit la sexologue. Ça peut même être « un bon indicateur de la relation », une manière de vérifier si les partenaires sont sur la même longueur d’onde. 

Si le sujet est trop tabou pour un couple qui se construit, il faut peut-être s’assurer qu’il n’y a pas anguille sous roche d’un côté où de l’autre. En effet, la problématique risque de subir un déplacement, ce n’est plus « l’argent » en tant que tel qui chicote, c’est l’idée du « futur ». Si l’un est en processus de changement de carrière ou vient de perdre sa job, peut-être qu’il vaut mieux retarder la discussion. Le gros bon sens est de mise pour initier ce genre de conversation. 

L’argent à deux est aussi une grande forme d’engagement. Toutefois, mieux vaut en parler plus tôt dans la relation qu’au moment où vous vous apprêtez à passer chez le notaire ou à signer votre premier bail. « Dans la phase de la passion des débuts, on n’est pas tenté d’aborder ces sujets sérieux. On est bien et on veut que ça dure. Mais si ça dure justement, la phase de passion s’estompera pour laisser place à la stabilité d’une relation amoureuse à long terme. À ce moment, on ne peut plus vraiment éviter les sujets plus intimes (comme l’argent) et c’est dommage de se rendre compte à ce moment-là qu’on n’a peut-être pas la même vision de la relation ou de la vie », explique Karine Archambault. 

La flexibilité comme facteur clé du bonheur

La vie change. Les ambitions, les souhaits pour l’avenir, tout bouge selon l’âge et les expériences de chacun. Ce qu’on veut à 20 ans, n’est pas nécessairement ce qu’on veut à 30 ou à 40. Ces changements peuvent être synonymes de situations financières différentes, pour le meilleur ou le pire. Karine Archambault souligne l’importance de remettre en question les fonctionnements financiers du couple. Par exemple, si la méthode est 50-50 pour les dépenses depuis le début, mais qu’une personne obtient une promotion qui a un impact important sur son niveau de vie, réévaluer l’entente de partage des dépenses et les objectifs financiers communs peut éviter des tensions. « C’est une erreur fréquente que de ne plus se donner l’opportunité de réévaluer », dit-elle.

Selon les observations de la sexologue, « la pression financière de nos jours est intense et peut amener un gros stress sur le couple et les jeunes familles ». Cette pression fait que tout se met vite à tourner autour de l’argent dans le noyau familial : l’hypothèque, les vacances, le maintien de la sphère amoureuse et sexuelle, les besoins des enfants, etc. Tout ça peut donner l’impression d’être toujours en train de ramer et causer des tensions ou frustrations au quotidien.

L’argent comme facteur émotif

Lorsque la question financière est problématique dans un couple parce que les partenaires n’ont pas les mêmes habitudes de consommation ou la même vision de l’argent, il faut quand même arriver à trouver un équilibre harmonieux. Si ce processus est particulièrement ardu, Karine Archambault aurait tendance à se demander pourquoi est-ce qu’ils n’arrivent « pas à trouver une solution à un problème d’ordre mathématique »? 

Si les conversations ne parviennent pas à faire le tour d’un déséquilibre dans les conceptions financières d’un couple, il ne faut pas hésiter à consulter un.e sexologue. Peut-être que le problème est autre? Il n’est pas rare que certains spécialistes des thérapies de couples réfèrent aussi à un conseiller financier pour démêler tout ça. 

Bien que très tangible et mathématique, l’argent est grandement lié à l’émotivité. Pas en lui-même, mais à travers ce qu’il représente. Chaque personne vient avec son bagage d’expériences et une vision de l’argent qui s’est construite à travers celles-ci. Il est normal que nos buts et désirs financiers ne soient pas les mêmes. Comme le dit si bien Karine Archambault, « il faut garder en tête que ce n’est pas un combat à gagner, mais plutôt un but à atteindre. Un couple qui fonctionne bien n’est pas nécessairement un couple qui a la même vision de l’argent. Si c’est le cas, il faut accepter les différences et trouver un moyen de composer avec la situation ». 

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