Ariane Labrèche

Comment être écoresponsable en voyage

Ou comment apporter son mode de vie zéro déchet avec soi.

Ariane Labrèche et Alexis Boulianne sont deux journalistes qui ont décidé de faire comme tous les millénariaux et de partir en voyage pendant un an. Ils ont lancé leur propre plateforme, Kilomètres, où ils parlent d’enjeux sociaux à l’international, de trucs de voyage et de bonne bouffe.

Avant de partir en voyage en avril, ça faisait deux ans que mon chum Alexis et moi avions fait petit à petit des efforts afin de réussir à consommer responsablement et mettre en place un mode de vie zéro déchet.

J’ai commencé à faire mes cosmétiques maison. On allait faire notre épicerie en vrac, on essayait de manger local et de saison, et on s’est même acheté un petit caddie à roulettes pour faire nos commissions à pied. Les madames d’Hochelaga n’avaient qu’à bien se tenir!

Depuis qu’on est partis, mon petit coeur de millénariale-écologiste est souvent accablé par la culpabilité. Sacs en plastique, styromousse, absence totale de recyclage et j’en passe : on a dû produire autant de déchets en trois mois en voyage qu’en deux ans dans notre 5 et 1/2.

Voici des trucs appris à la dure que j’aurais aimé avoir en tête avant de partir, histoire de pouvoir mieux me préparer à rendre mon périple en sac à dos le plus vert possible.

Parlons de l’avion

Greta Thunberg a raison, même si ça fait mal de se l’avouer : le voyage en avion est vraiment une des pires sources de pollution de la planète.

Le nombre de vols risque de doubler d’ici 20 ans et le secteur de l’aviation pourrait devenir le plus important émetteur de gaz à effet de serre d’ici 30 ans.

Le nombre de vols risque de doubler d’ici 20 ans et le secteur de l’aviation pourrait devenir le plus important émetteur de gaz à effet de serre d’ici 30 ans. On devrait alors se poser de sérieuses questions sur notre manière d’envisager le voyage et de le consommer.

Quand on vit en Europe, c’est facile de prendre le train, ou même de faire du covoiturage, afin de pouvoir visiter rapidement plusieurs destinations. Mais nous, pauvres Québécois qui en avons assez de visiter Old Orchard, l’avion est souvent la seule manière de pouvoir visiter les pays dont on rêve.

Quand même, est-il vraiment nécessaire de toujours aller dans le sud, en Europe ou en Thaïlande? Pourrait-on être plus original dans nos choix de destinations près de la maison? Choisir d’encourager l’industrie locale, ou même commencer à apprécier les destinations hivernales?

Il serait peut-être bien, aussi, de reconsidérer le transport comme une des motivations principales de notre voyage. Par exemple, nous avons récemment pris le train de la Mongolie au Kazakhstan. C’est pas mal plus long, mais imaginez les paysages qu’on a vus et les gens qu’on a rencontrés!

Ne devrait-on pas arrêter de voyager à la course, en liste d’épicerie?

Plusieurs voyageurs et voyageuses tentent de voir le plus de villes possible en un court laps de temps. Je comprends le sentiment d’urgence, surtout que plusieurs n’ont que deux semaines de vacances par année, mais je suis une grande prêcheuse du slow travel. Ne devrait-on pas arrêter de voyager à la course, en liste d’épicerie? De n’avoir le sentiment du devoir accompli qu’une fois tous les musées, statues et places publiques soi-disant incontournables visités?

Je ne prétends pas avoir la réponse à ces questions, mais je pense qu’on peut collectivement se les poser. Je ne suis pas non plus un modèle : j’ai fait tous mes déplacements en avion lors de la première partie de ce voyage.

 

Les cosmétiques solides

Questionnements éthiques à part, voyager écolo, ça signifie aussi se préparer adéquatement avant même de partir et acheter les bonnes choses.

Quand on n’a qu’un sac à dos, le plus important est de voyager léger et compact. Ça tombe bien, parce qu’un des items incontournables à y glisser est un savon en barre.

Et vous pouvez acheter tous vos cosmétiques en barre : savon pour le corps, shampooing, revitalisant, savon pour le visage, pâte à dents solide…

On peut trouver des cosmétiques solides en vrac chez Lush. Ça demeure l’une des seules options faciles à l’étranger avec BKIND. Lush vend même l’équivalent d’une huile hydratante pour le visage en barre, ce qui fait mon grand bonheur.

Vous pouvez aussi acheter des contenants en verre ou en plastique solide et y mettre les savons que vous utilisez en ce moment. Les réserves, elles, peuvent aller dans des sacs en papier ou même dans d’autres petits contenants. C’est léger, organisé et durable, mais surtout, ça permet d’avoir la tête tranquille par rapport aux limites de 100 ml par contenant qu’on nous impose en avion.

L’hygiène écoresponsable

Si j’avais eu le temps avant de partir, j’aurais pensé à acheter quelques brosses à dents en bambou, ou un modèle avec une tête remplaçable. Si on calcule qu’une brosse à dents devrait durer trois mois selon mon dentiste (et six mois selon Alexis), ça ne fait pas beaucoup de brosses à transporter pour un voyage d’un an comme celui que nous faisons.

Ensuite, pensez à vous procurer une petite brosse à cheveux de voyage en bambou, qui est légère et durable.

Ces items peuvent souvent être trouvés dans un même magasin écolo, comme Terre à Soi, où j’allais m’approvisionner dans Hochelaga.

On y trouve également des déodorants écologiques et du liquide à lessive biodégradable. Pourquoi ne pas en traîner dans une petite bouteille de 100 ml?

Mon coup de cœur et meilleure amie, c’est une petite barre de savon détachant. Je la traîne dans un petit sac en plastique recyclé, et elle m’a sauvé la vie plusieurs fois. En voyage comme à la maison, je tente d’acheter le moins de vêtements possible. Alors, autant faire en sorte qu’ils puissent être portés longtemps! Des règles surprises aux taches laissées par un bouillon de ramen, le détachant risque de vous servir.

J’ai récemment écrit un texte sur la gestion des menstruations en plein air. Grosso modo, pour les personnes qui ont des règles, vos trois meilleures amies sont la coupe menstruelle, les sous-vêtements absorbants et les protège-dessous lavables en coton!

Manger et boire

Pour sauver des sous et parce qu’on a parfois des cravings spécifiques, on essaie toujours de trouver des auberges ou des appartements où on peut cuisiner.

J’aurais aimé penser apporter des sacs réutilisables en coton. C’est tellement pratique pour aller acheter des fruits et des légumes dans des épiceries où les sacs de plastique règnent. En plus, ils peuvent servir de sac à linge sale, de sac pour les souliers, alouette!

Comme plusieurs épiceries asiatiques trippent vraiment sur la pellicule plastique, au point d’emballer des citrons individuels, n’hésitez pas à acheter vos fruits et légumes dans des stands de rue ou dans des marchés. C’est souvent là que vous pourrez trouver des aliments en vrac, autant des fruits que des fèves ou du riz. Quelques sacs de papier et le tour sera joué.

Un autre allié improbable : les contenants réutilisables, encore une fois. J’en ai acheté pour mettre mes savons, mais ils vous serviront pour ramener les restants du restaurant, pour les plats à emporter, pour contenir les aliments en vrac que vous venez d’acheter au marché, etc. Trouvez-en un ou deux que vous pourrez mettre sans souci dans une poche de votre sac.

Si vous voyagez dans un endroit où l’eau pourrait vous rendre malade, pensez à vous procurer une bouteille d’eau avec un filtre intégré, comme celles de la compagnie LifeStraw. Un purificateur d’eau de voyage, ou encore des comprimés de purification d’eau sont aussi à considérer.

C’est fou la quantité de bouteilles de plastique qu’on peut éviter de consommer en possédant un de ces outils!

C’est fou la quantité de bouteilles de plastique qu’on peut éviter de consommer en possédant un de ces outils! Nous n’avons pas pensé à nous les procurer avant de partir, et nous n’avons été capables d’en trouver qu’après des mois de recherches. Je fais bouillir le plus d’eau possible pour la purifier, mais parfois, ça ne me tente pas de boire de l’eau semi-tiède refroidie pendant 30 minutes. Dans ces moments-là, j’aime pouvoir la filtrer.

De plus, pour ceux et celles qui aiment aller en randonnée ou faire du plein air en voyage et à la maison, ça peut vous permettre de consommer pas mal n’importe quelle eau puisée à même une rivière ou un ruisseau. Ça évite plusieurs soucis!

Relativiser un peu

Malgré toutes vos bonnes intentions, il se peut que le monsieur du restaurant prenne votre sac de plastique, le jette et vous en donne un neuf. C’est arrivé sous nos yeux horrifiés.

Vous ne pourrez pas changer la culture ou les habitudes de consommation d’un pays à vous tout seul, et ça ne sert à rien d’essayer de le faire.

Vous ne pourrez pas changer la culture ou les habitudes de consommation d’un pays à vous tout seul, et ça ne sert à rien d’essayer de le faire. Si les patates ne viennent que dans un sac de plastique, eh bien, à vous de choisir entre la faim et le sac de plastique. Si la seule manière de goûter à un plat local reconnu est d’aller dans un restaurant où les ustensiles jetables sont rois, peut-être que ça vaut le coup d’aller y faire un tour quand même.

Des pépins peuvent toujours arriver, et il est fort probable que vous devrez vous procurer des produits suremballés. Encore une fois, il ne faut pas non plus commencer à se taper sur la tête tous les jours.

Le but est de faire de son mieux, tout en profitant au maximum du beau voyage que vous êtes en train de vivre!

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