Comment devenir photographe de musiciens : le cas Marc-Étienne Mongrain

Un café avec le photographe Marc-Étienne Mongrain

On prend un café – moi, un café; lui une soupe parce qu’il ne boit pas de café — presque juste en dessous de son premier appartement. À Sherbrooke. On partage, cela, avoir grandi dans cette ville, y avoir fait notre secondaire. On n’était pas des ami. e. s, par exemple, ça, c’est venu plus tard. Parce que j’aimais ses photos et lui, mes mots. La première fois que je lui ai écrit, c’était pour lui dire ça : « J’aime tes photos. Okbye. ». Je venais d’en voir une sur laquelle on voyait un tas de chariots de centre commercial alignés devant le gris dudit centre commercial. Ça m’avait fait penser aux considérations sur le Canadian Tire de Serge Bouchard, dans le documentaire République : un abécédaire populaire d’Hugo Latulippe. Marc fait des photos qui frappent l’œil, saisissent, souvent. Dont on se souvient.

Le début

La photographie l’a pris un peu par surprise, à un moment où il éprouvait peu de plaisir, pour le dire en euphémisme, pour son travail. D’un périple à New York, avec l’appareil photo de sa sœur, il a tiré quelques clichés qui l’ont étonné parce qu’ils n’étaient pas mauvais, parce qu’ils contenaient « quelque chose ». « Ce n’était pas nécessairement des bonnes photos, mais c’était des photos. », dit-il, avant de se lancer dans une définition de ce que c’est, une bonne photo, soit une image qui a un propos, que l’on comprend, qui impressionne, mais je sens, à l’écouter, que tout, pour lui, se joue dans le vu, que ça se traduit mal en mots. Bref. Il s’est alors acheté un appareil « correct » et s’est mis à photographier essentiellement ses ami. e. s, les gens avec qui il se tenait dont plusieurs œuvraient dans le milieu de la musique.

Il a éventuellement reçu un courriel dans lequel on lui proposait de le payer pour faire une photo. Ça n’a jamais cessé. Depuis six ans. Il a eu dans sa mire presque tous les musiciens et musiciennes, de moins de 45 ans, qui l’intéressent (Patrick Watson, Safia Nolin, Louis-Jean Cormier, Philippe Brach, etc.). Il fait surtout cela, des photos d’artistes, de tournées, de backstages. Ce dernier endroit expliquant entre autres son fréquent recours au noir et blanc parce que « par définition, un backstage, c’est laitte, la plupart du temps, et que, souvent, il est tard, sont verts, ça permet de donner une unité à tout ça, un aspect timeless ».

Il retouche peu ou pas du tout ses photos, les choses « se sont passées de même et pas autrement », il a cette conviction que ce qui se produit lorsqu’il presse le bouton de l’appareil, c’est la marque du temps qui s’arrête, d’où cet impératif de le laisser tel qu’il a été, le temps. C’est également un souci, une exigence même, d’authenticité, qu’il a dans toutes les facettes de sa vie, qui le porte à préférer le photo-reportage, le documentaire, les prises de rue. Il le répète « la photographie ne m’intéresse pas », du moins, pas celle d’art, pas celle qui prend douze heures à faire, pas celle de mode.

Il préfère saisir le brut. Même en tournées, même dans les festivals. Il cherche à documenter de façon réaliste ce qui s’y vit. Il en fait moins qu’avant « parce que c’est fatiguant » 50 jours de festivals à se coucher tard, dans un été, mais cette envie de créer des archives, des souvenirs, une mémoire du vécu des artistes québécois, de contribuer à la constitution de leur aura, le mobilise beaucoup.

Nécessairement, à rencontrer autant de gens, il y a des moments qui marquent. Il raconte le plaisant d’un deux-trois jours avec Klo [Pelgag] et Antoine Corriveau à Rivière Ouelle ou encore sa première rencontre avec Philippe Brach, au FME, avec qui il a noué, après deux jokes une amitié sincère, qui dure. Une amitié qu’ils ont portée jusqu’au Pakistan, pour voir la vie là-bas.

L’exposition

Sa toute première exposition, Backstage, a débuté hier. À l’atelier B, à leur demande. Huit photos. Jusqu’à avril-mai.

 

Il se préfère nettement derrière la caméra. L’attention qui vient avec le devant le rend un peu inconfortable.

Il se préfère nettement derrière la caméra. L’attention qui vient avec le devant le rend un peu inconfortable. Il a attendu un certain temps avant de se lancer dans ce passage obligé, par sentiment d’imposteur, notamment, mais là, il sent que « la job a été faite », qu’il peut s’exposer. Il avait hâte que les photos soient installées, les choses manuelles n’étant pas son fort, c’était le seul élément qui le rendait fébrile.

Ce qui s’en vient

Il souhaite continuer son travail de documenter la scène musicale québécoise, mais il aimerait également allier musique et documentaire, ailleurs. Ses voyages en Sibérie, Cuba et au Pakistan l’ayant vivement motivé à capter le « ce qui se passe » dans d’autres lieux. Il souhaiterait aussi faire avec le domaine de l’humour ce qu’il a fait avec celui de la musique, rendre visible ce qui se passe dans les tournées, dans les galas, montrer le derrière de cet univers.

Je suis la première à espérer que tous ces projets se réalisent. J’aime profondément voir avec ses yeux, ce qu’il parvient à saisir, toujours des moments sensibles, vivants, des moments où il se passe quelque chose. Je me dis que quand le figé d’une photo parvient à rendre du mouvement, c’est que l’œil qui l’a pris, il l’a. Et celui de Marc-Étienne, aussi connu sous le nom du LePetitRusse, il l’a beaucoup.

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