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Commencer sa carrière en pleine récession : pas de panique!
Il y a encore beaucoup d’inconnues, mais voici ce qu’on sait sur le marché du travail.
Certain.e.s la prévoient pour début 2023, d’autres, pour la fin de l’année. D’autres jugent même qu’on est déjà dedans. Non, je ne parle pas de la huitième vague de COVID, mais plutôt de la récession.
La dernière fois que j’avais entendu prononcer le mot « récession » à voix haute, c’était dans mes cours d’éducation financière, en secondaire 5. J’ai appris qu’une récession, grosso modo, c’est quand l’économie va mal et que tout coûte cher.
Je pars de loin.
Les millénariaux et la génération Z ne l’ont pas eu facile sur le plan économique. Pour beaucoup d’entre nous, à peine entré.e.s sur le marché du travail, la récession est un nuage noir de plus sur notre horizon financier. Mais contre toute attente, elle est peut-être annonciatrice d’une percée de soleil pour nous. Peut-être.
Récession et salaire
Je commence par les mauvaises nouvelles. La récession, c’est-à-dire quand le PIB (produit intérieur brut) décroît pendant au moins deux trimestres, rend généralement plus difficile de trouver du travail. Les travailleur.euse.s perdent un certain pouvoir de négociation auprès de leur employeur.euse, qui détient en quelque sorte le gros bout du bâton durant cette période.
Ce n’est donc évidemment pas un moment idéal pour amorcer sa carrière. « Certains pourraient décider de retarder leur entrée sur le marché du travail à cause de la récession », croit même Étienne Lalé, professeur au département des sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal.
Il est crucial d’anticiper l’inflation qui risque d’arriver dans les années à venir, et de comparer avec la progression salariale attendue.
Un emploi trouvé en récession peut même devenir moins payant à long terme, car la récession a un impact significatif sur la trajectoire salariale d’un.e travailleur.euse. « Pendant plusieurs années, on pourrait voir que le salaire d’entrée d’un nouvel employé est plus faible que celui d’un individu qui lui ressemblerait en tout point, mais qui serait entré sur le marché du travail dans une période plus favorable », explique l’expert.
« Les premières années sur le marché du travail sont des années pendant lesquelles le salaire d’un individu croît énormément », poursuit M. Lalé. Effectivement, entre, disons, 25 et 35 ans, notre salaire est plus susceptible de subir une forte progression, qui se stabilise davantage ensuite. Le risque, avec la récession, c’est que ces gains rapides de salaires ne suivent pas la courbe de l’inflation. Il est donc crucial d’anticiper l’inflation qui risque d’arriver dans les années à venir, et de comparer avec la progression salariale attendue.
« Si, aujourd’hui, j’accepte un job dont le salaire va augmenter de 2 % par année, mais que l’inflation, elle, va rester de 6 % pendant plusieurs années, j’accepte un job dont le salaire réel va décroître dans le temps », illustre M. Lalé.
Une récession pas comme les autres
Cependant, ça pourrait être pire : selon M. Lalé, le contexte économique actuel ne désavantage pas sur tous les niveaux celles et ceux qui entrent sur le marché du travail.
En effet, si récession est généralement synonyme de taux de chômage élevé, celle qui s’approche fait exception à la règle : la pénurie de main-d’œuvre qui sévit au Québec promet aux jeunes pros suffisamment de place sur le marché du travail pour faire leurs premiers pas professionnels.
En ce moment, le marché du travail est extrêmement favorable aux salarié.e.s, donc « on est loin de penser qu’il peut y avoir une explosion du chômage ou une grosse perte de pouvoir de négociation du côté des travailleurs », affirme l’expert, somme toute optimiste.
Les travailleur.euse.s, et surtout les jeunes pros, doivent garder en tête que chercher ailleurs sera possible si leur emploi ne leur convient pas.
Ça veut dire qu’un.e jeune pro pourrait malgré tout suivre le chemin typique d’une entrée sur le marché du travail, et « magasiner » ses premières jobs pour trouver son « match parfait », pour emprunter les mots de M. Lalé.
Et c’est tant mieux : pour s’assurer d’être heureux.euse au travail, il faut avoir une certaine liberté, et un certain pouvoir sur son emploi. Les travailleur.euse.s, et surtout les jeunes pros, doivent garder en tête que chercher ailleurs sera possible si leur emploi ne leur convient pas. Démissionner restera « un outil d’action » auquel ils et elles pourront avoir recours, récession ou pas, estime M. Lalé.
Même si les conséquences d’une récession sur le salaire d’entrée sont indélébiles sur le parcours professionnel d’un.e travailleur.euse, ce n’est pas la seule chose qui importe lorsqu’on accepte un emploi. « Il y a les conditions de travail, la manière dont on se sent au travail, la conciliation travail-famille, la flexibilité des horaires, rappelle M. Lalé. Tout ça doit faire partie de la négociation, au-delà du salaire. »
Et nos finances personnelles?
Ce ne sera une surprise pour personne : la récession ne sera pas le moment rêvé pour les grosses dépenses impulsives. Particulièrement pour les jeunes pros. « Le coût de s’endetter va devenir énormément élevé », décrète Étienne Lalé.
Les taux d’intérêt des prêts à la banque montent en flèche. Hélas donc, pour les millénariaux et les membres de la génération Z coincé.e.s dans leur trois et demie ben trop cher et frette en hiver, les rêves de devenir propriétaires devront continuer d’attendre, au moins pour les prochains mois. Mais après… ça pourrait peut-être finalement devenir réalité. Lorsque la récession sera finalement derrière nous (ça semble loin, mais ça finira par arriver), on pourra commencer à zieuter sans trop d’angoisse les prix des maisons.Pour le reste, les conseils des expert.e.s semblent tous abonder dans le même sens : ce n’est pas le moment de faire des folies financières. Il est important de payer ses dettes, et en attendant l’heure fatidique où sonnera bel et bien la récession, mettez de l’argent de côté. Si vous n’avez pas l’habitude de jouer les imprudent.e.s avec l’argent, vous devriez vous en sortir.
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