Comme une odeur de « prochaine fois »…

Et si finalement, notre grosse gaffe du 2 mai dernier avait été une bonne chose?

Ben oui, je trouve que les gens sont trop durs avec ce brave Stephen. Y’é pas si pire, me semble…

Haha! Ben non voyons donc, c’est sûr que je niaise!

Il ne s’écoule pas une journée sans que la menace harpeuriste ne me titille la paix d’esprit. Pas un journal que je puisse feuilleter sans me demander vers quel genre d’impasse pseudo fasciste le navire conservateur met-il le cap. Pas une assertion ministérielle fédérale qui ne soit émise sans que j’aie l’impression qu’on massacre le sens commun à grand coups de pelle. Pas un projet qui ne soit mis sur pied sans que je sente mon identité québécoise trembler d’effroi. Pas un « c’t’un câlice de malade! » que je puisse réprimer.

Les Conservateurs et leurs projets perfides se sont imposés aux Communes avec une majorité qu’on aura eu tort de ne pas craindre d’emblée. Trop occupés à s’étonner de la vague orange ou à déplorer la déconfiture bloquiste, probablement. Ils ont eu le champ libre; à peine quelques mines enfouies dans le sol, vestige d’un temps où l’opposition pouvait encore combattre.

Et voilà que le char d’assaut conservateur défile d’un océan à l’autre, écrasant au passage les assises traditionnelles d’un Canada fidèle à lui-même. Un peu mou, pas exactement aussi uni que le modèle fédératif le suggère. Mais pas complètement redneck et rétrograde non plus, ciboire!

Eh oui. C’est terminé la bonhommie canadienne, m’dame. La mollesse typique du grrrrrand Canada. Celle qui faisait en sorte que ça s’endurait d’être imbriqués dedans. Mettons.

À présent, Monsieur Harper et sa horde ministérielle s’avancent en caïds sur un pays dépourvu de résistance politique tangible, un 12 sous le bras, une bible sous l’autre. Les échos de leurs ambitions insidieuses se perdent dans le vrombissement des F-35. Et pour donner à l’hymne national un simulacre d’unisson, la tactique est simple : Just ignore those French Canadians.

On pourrait se croire perdus. Fourrés des deux bords, nous les Québécois. Entre Charest pis son fan club de retraités et Harper qui nous nargue à grands coups d’unilinguisme, un trou béant pour enliser un Québec sans voix. Mais paradoxalement, les frasques du Gouvernement semblent donner au Québec un regain de combativité.

Depuis quelques temps, je me plais à croire que ce n’est pas pour rien que le débat sur la souveraineté refait surface. Le rêve était terni, les idéaux vétustes, aurait-on cru. Mais Harper semble avoir juste assez dégoûté ses citoyens pour qu’ils se remuent la fierté nationale.

On dira bien ce qu’on voudra, reste qu’Harper a cru qu’en l’ignorant, il pourrait museler le Québec. Et il s’est mis le doigt très profond dans l’œil. Maintenant, il va écoper d’une résurgence de notre envie de crisser le camp. En tous cas de discuter de cette éventualité, à tout le moins. C’est ce que j’observe, suffit d’ouvrir un journal.

Ça va peut-être en faire sortir quelques uns de leurs gonds, remarque. Le débat sera sans doute sanglant, et on pourrait critiquer le fait qu’il s’agisse en fait d’un souverainisme « réactif », donc moins légitime. Mais peu importe : on va s’en parler. On va se regarder, et se dire dans le blanc des yeux par où on serait mieux d’aller pour faire de nous autres quelque chose de pas pire.

Parler de nous, comme un peuple qui s’écoute et qui ne se fout pas de lui-même. Comme un peuple qui prend conscience de sa réalité contemporaine et qui se soucie de son avenir. Comme un peuple fier qui cherche des objectifs communs, pas seulement à s’en tirer tant bien que mal. Un peuple qui n’admet plus le « c’est plate, mais on va s’y faire » comme leitmotiv.

Et ça, je pense que ça va se passer. Ça nous prenait p’t’être deux ou trois claques en pleine gueule pour qu’on arrête de se complaire dans l’apathie.

Merci Monsieur Harper, finalement. Vos niaiseries, si ça peut faire sortir le Québec de son engourdissement discursif et de son manque de passion collective, ce sera tout de même bien ça de gagné. Pis by the way, y’en a un qui sourit d’en haut, l’air de dire « j’vous l’avais dit qu’il y en aurait, une prochaine fois ». Le reste est entre nos mains. On verra bien.

Aurélie Lanctôt est finissante en droit à l'Université McGill, chroniqueuse, auteure et militante féministe.

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