ComicCon Montréal, c’est beaucoup plus que Chuck Norris

Pourquoi il serait temps qu'un rassemblement sur la culture populaire… entre enfin dans la culture populaire.

Je crois qu’il existe un moment dans le développement de tout phénomène culturel où l’on doit arrêter de le marginaliser tout croche dans le sujet amené de notre introduction. Tu sais, un moment crucial où l’on doit arrêter de couvrir un événement sans utiliser les mots « nouveau », « inusité », « curieux » et qu’on doit arrêter de poser des questions sur le type de personnalité qui attire ce genre d’événement ou de comment démystifier un phénomène qui nous dépasse.

Hein? C’est bien étrange un spectacle de musique métal? Wow, comme c’est spécial un festival de films asiatique? On se demande bien qui pourrait vouloir aller voir des gens faire semblant de se battre dans un sous-sol d’église.

De manière un peu péremptoire je pense devoir affirmer ici qu’il est temps d’arrêter de traiter les conventions de comics avec la même confusion digne d’un octogénaire perdu dans le zoo de Granby. Les ComicCon sont des événements populaires, présents dans toutes les grandes villes de l’Amérique du Nord (et maintenant en Afrique!) qui n’ont rien à envier aux autres salons plus conventionnels. Les ComicCon font partie de la saison estivale des fans et nous devrions nous compter chanceux d’en avoir un aussi beau ici. Surtout que celui de Montréal est l’un des plus riches et diversifiés que je connaisse et que cette édition qui souligne son dixième anniversaire est un fleuron de diversité et d’enthousiasme pour la culture pop.

Pour ComicCon-er avec les meilleurs

Pour les nouveaux, ComicCon, c’est un rassemblement d’organismes, d’artistes, de magasins, de studios, d’ateliers liés à une multitude de fandoms allant du comicbook États-Unien à l’anime Japonais en passant par la bande dessinée locale, les films de genre, les jeux vidéo, les téléséries, l’illustration, la création de costumes (cosplay) et j’en passe. C’est un lieu de rassemblement d’une communauté diverse qui se rejoint dans un lieu sécuritaire pour échanger et partager leur amour pour les objets de la culture populaire qui leur tiennent à cœur.

C’est un lieu de rassemblement d’une communauté diverse qui se rejoint dans un lieu sécuritaire pour échanger et partager leur amour pour les objets de la culture populaire qui leur tiennent à cœur.

Les premiers « Cons » ou conventions datent des années 70 autour de la télésérie Star Trek, mais historiquement on retrouve des manifestations depuis le 18e siècle. Dans son livre, The Millionaire and the Bard, Andrea Mays nous parle d’un évènement qui a eu lieu en 1769 intitulé The Jubilee et qu’elle décrit comme ceci :

The Jubilee’s main attraction would be an unprecedented literary pageant, a parade through the town by actors costumed as the most memorable characters from Shakespeare’s plays. The three-day-long party would be filled with feasting, pageantry, processions, fireworks, and balls. The Jubilee was concocted to appeal to the masses, not scholars and intellectuals.[1]

C’est donc loin d’être un phénomène nouveau, il semblerait qu’on ait toujours voulu avoir des lieux dans notre vie pour rencontrer des gens qui aiment les mêmes choses que nous et tripper notre vie.

Dans une galaxie près de chez nous

À première vue, il est apparent que l’équipe du ComicCon de Montréal tente de faire de leur festival un lieu unique plutôt que d’émuler les ComicCon plus médiatisés comme celui de San Diego et de New York. À Montréal, chaque année est sous le signe d’une plus grande diversité et de l’arrivée de nouvelles expériences. Par exemple, cette année le public du ComicCon pourra venir assister à un spectacle de la troupe BurlesGeek. Cette troupe de burlesque offre des performances incroyables d’effeuillage à thématique geek avec les performeuses et performeurs Frenchy Jones, Betty Cayenne & Mr BySeven, Golden Thunderpants et Lulu les belles mirettes.

Du plus, le ComicCon de Montréal est le seul événement de la sorte au Canada à offrir une programmation musicale. Durant la fin de semaine du ComicCon se déroulera aussi le Nerdstock, un concert de musique à vocation geek dans lequel on pourra entendre Billy the Fox, Skieur Fluo, Jardin Mécanique et The Cybertronic Spree, un Polyphonic Spree composé entièrement de Transformeurs. De plus, il y aura aussi une mise-en-scène théâtrale de l’épisode culte de Buffy The Vampire Slayer : Once more with a feeling qui sera présenté par la troupe House of M. Personnellement, je ne peux contenir ma joie de pouvoir voir une telle performance.

Where trying to be Montrealers which means that our ComicCon will reflect the artistic diversity of our city. We want to bring that dimension in our ComicCon” affirme le directeur de la programmation, Cliff Caporale. Et ce n’est pas une promesse en l’air. Cette année, il sera possible de rencontrer des artistes tatoueurs comme Chloe Carbonneau-Labrecque, plusieurs confiseries artisanales, des créateurs de bijoux tels Inchoo Bijoux studio à renommée internationale et de boire une Baron Von Mhaziac, bière brassée par le Dieu du Ciel et dont l’étiquette est une création de l’artiste local Olivier Carpentier. L’expérience du ComicCon sera englobante, avec la possibilité de rencontrer une vaste panoplie de gens avec des intérêts divers.

Un lieu pour tous, néophytes et érudits.

Il me semble incroyable de pouvoir entretenir une conversation reposée avec Dan Parent qui a créé Kevin Keller, le premier personnage ouvertement homosexuel dans l’univers d’Archie ou David Lloyd, le dessinateur de V for Vendetta, plus importante création dystopique de notre époque.

Pour ma part, le ComicCon reste toujours une opportunité de marque pour rencontrer des semblables. Le climat d’un tel événement est sans doute celui d’une célébration de nos plus grandes affections, mais c’est aussi un moment primé pour les conversations. La grande variété d’auteurs et d’illustrateurs de bandes dessinées qui, ne l’oublions pas, sont tous des artistes incroyables et des gens au sommet de leur art et un moment inouï pour entretenir avec les géants de l’industrie. Il me semble incroyable de pouvoir entretenir une conversation reposée avec Dan Parent qui a créé Kevin Keller, le premier personnage ouvertement homosexuel dans l’univers d’Archie ou David Lloyd, le dessinateur de V for Vendetta, plus importante création dystopique de notre époque. Sans compter Cab, Danica Brine, Boum et Gisèle Lagacé, artistes canadiennes à surveiller. Cette année, nous avons le privilège d’inviter Neal Adams, un des plus importants artistes de Batman et Gerry Conway qui lui a scénarisé la mort de Gwen Stacy en 1972, événement immensément marquant dans la fable de Spider-Man.

En toute transparence, je trouve absolument incroyable que ces gens d’immense talent soient à notre disposition pendant toute une fin de semaine. Car si les ComicCon peuvent servir de baromètre pour mesurer la vivacité de la culture populaire dans sa ville d’accueil, l’édition 2018 du ComicCon de Montréal nous démontre hors de tout doute que nos fandoms sont en pleine forme et que les gens s’empressent de pouvoir vivre cette expérience avec enthousiasme.

  1. Mays, Andrea, The Millionaire and the Bard, Simon & Shuster, 2015, p.66

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