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Combien ça gagne, une psychologue?

150 $ pour « écouter »? Disons que le calcul est un peu plus compliqué que ça.

25 septembre 2026
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À 150 $ la séance de 50 minutes, le calcul semble plutôt simple : cinq personnes par jour, cinq jours par semaine, et voilà notre psychologue qui nage dans l’argent en hochant la tête avec empathie. Il peut même lancer un petit : « Et vous, qu’en pensez-vous? », une fois de temps en temps, pour faire professionnel.

Évidemment, ça, c’est si on se fie aux préjugés.

Et on ne devrait pas, car « écouter » est loin de correspondre à leur description de tâche. Et une séance à 150 $ n’est ni une heure de salaire ni de l’argent directement déposé dans un REER.

Pour comprendre combien gagnent réellement les psychologues, j’ai parlé à Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue clinicienne en pratique privée, et à Léonie Lemire-Théberge, qui pratique en privé depuis 15 ans après avoir aussi travaillé 11 ans en psychiatrie et en pédopsychiatrie dans le réseau public.

Huit ans d’études avant le premier vrai chèque

Commençons par le petit détail qui sépare le psychologue de ton ami qui donne d’excellents conseils après deux gin tonics : au Québec, le titre de psychologue est réservé et un doctorat est obligatoire pour obtenir un permis.

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Pour Geneviève, le parcours a représenté trois ans de baccalauréat et cinq ans de doctorat, soit « un gros huit ans » pendant lesquels elle a notamment compté sur les prêts et bourses.

Léonie, elle, a fait 11 ans d’université et ses longs internats étaient alors bénévoles. « On arrive sur le marché du travail dix ans après tout le monde », fait-elle valoir.

Au public : jusqu’à environ 110 000 $ par année

Dans le réseau québécois de la santé et des services sociaux, l’échelle officielle va actuellement de 32,46 $ à 60,60 $ l’heure. Pour une semaine de 35 heures, cela représente environ 59 100 $ à 110 300 $ brut par année, auxquels peuvent s’ajouter un régime de retraite, des assurances, des vacances et certaines primes.

Léonie dit avoir atteint le sommet de l’échelle alors qu’elle était encore dans la jeune trentaine. Après, il ne lui restait que peu de possibilités d’augmenter son revenu. « J’ai adoré le milieu psychiatrique. Ça me manque, mais je faisais mon argent au privé », résume-t-elle.

Pourquoi rester au public, alors? Parce qu’on y trouve une équipe. En psychiatrie et en pédopsychiatrie, Léonie travaillait avec des psychiatres, des travailleurs sociaux, l’école et les parents. « La force de l’équipe n’est pas à négliger », insiste-t-elle.

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Cette richesse vient toutefois avec moins d’autonomie : certains suivis sont limités à 10 ou 12 rencontres. Geneviève voulait éviter ce cadre. « Si un patient a besoin de venir pendant trois ans, je veux pouvoir lui offrir ça », explique-t-elle.

Au privé : jusqu’à 190 000 $… avant les dépenses

En bureau privé, il n’existe pas de barème. Selon l’Ordre des psychologues du Québec, une séance de 50 minutes coûte généralement de 120 $ à 180 $, mais certains psychologues dépassent 200 $, selon leur expérience ou leur spécialisation.

Prenons le scénario calculé par Léonie : 22 clients par semaine, quatre semaines de vacances et un tarif de 150 $ la rencontre. Le chiffre d’affaires annuel atteint 158 400 $. À 180 $, on approche 190 000 $ de chiffre d’affaires. Le mot important ici est « chiffre d’affaires ».

De cette somme, il faut retirer le loyer ou le pourcentage versé à une clinique, les assurances professionnelles, la comptabilité, les cotisations, la formation, la supervision et les vacances non payées. Il faut aussi financer soi-même sa retraite. Une annulation tardive ou une plage vide ne génère pas soudainement 150 $ de contemplation paisible.

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L’attrait est tout de même réel : plus d’argent, mais aussi la possibilité de choisir son horaire, son nombre de patients et la durée des suivis.

Pas exactement payé.e pour écouter

Une pratique privée à temps plein représente autour de 20 à 24 personnes par semaine, selon Léonie. Multiplier le tarif par 40 heures donne donc une image fausse du métier. Aux consultations s’ajoutent les notes, les rapports, les appels et la tenue des dossiers.

L’attention exigée impose une limite. « On est notre propre outil », dit Geneviève. Au-delà d’un certain nombre de patients, les dernières séances lui demandent plus d’énergie, ce qui pose naturellement un plafond à son revenu.

« Il n’y a pas d’espace pour être fatigué », ajoute Léonie. Un client qui allait bien la semaine précédente peut arriver avec un drame. Ce n’est pas le moment de mettre son cerveau en mode économie d’énergie et de penser à la liste d’épicerie.

Quant à cette idée reçue qu’un psy est simplement « payé pour écouter », Léonie rétorque : « Je ne pense pas que si je faisais juste écouter, les gens me paieraient ». Derrière l’écoute se trouvent l’évaluation, les connaissances cliniques, l’analyse et les interventions.

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Alors, combien ça gagne, un psy?

La réponse courte : dans le réseau public, environ 59 100 $ à 110 300 $ brut par année, avant les primes et les avantages sociaux. Au privé, une pratique bien remplie peut générer de 150 000 $ à près de 190 000 $ de chiffre d’affaires, parfois davantage, mais ce montant n’est ni garanti ni entièrement disponible pour le.la psychologue.

Le privé offre plus de revenus et d’autonomie ; le public, une équipe, des avantages sociaux et un cadre multidisciplinaire. Mais l’écart financier finit souvent par peser lourd dans la balance.

Autrement dit, oui, certains psychologues gagnent très bien leur vie. Mais après huit à onze ans d’université et avec une charge émotionnelle qui ne se ferme pas toujours avec la porte du bureau, disons qu’ils ne sont pas seulement payés pour demander : « Et comment vous vous sentez par rapport à ça? ».

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