.jpg.webp)
Que connaissez-vous du métier de syndicaliste ? C’est un peu comme être pompier et diplomate en même temps : chaque jour apporte son lot de conflits inattendus et de décisions à prendre sur le vif, avec patience, sang-froid et professionnalisme.
Malgré ce chaos apparent, les victoires demeurent : obtenir de meilleures conditions de travail, défendre les droits des collègues ou réussir à faire sourire tout le monde en fin de réunion.
Le métier demande aussi une mémoire d’éléphant pour les conventions collectives, les lois et les règlements, et un véritable don pour transformer les crises en compromis.
Alors, avec tout ce que ça implique de dévouement, de gymnastique mentale et de situations improbables, on se demande : combien ça gagne, un syndicaliste ?
À première vue, le travail syndical ne permet pas de rouler sur l’or. Stéphane Payette, président du Syndicat national des employés du CHU Sainte-Justine, gagne 53 000 $ par année.
« S’il y a des gens qui pensent qu’ils vont faire des sous en allant travailler dans un syndicat, ils risquent de tomber à la renverse. Il faut aimer son travail, avoir une tête dure et aimer la justice. »
Il n’y a pas de temps supplémentaire payé, pas d’avantages cachés. « Parce qu’il faut toujours garder en tête que ce sont les membres qui paient les gens qui sont libérés. Donc, on ne doit pas être avantagé sur les gens que l’on représente. »
En d’autres mots, ce n’est clairement pas une voie pour s’enrichir. Et pourtant, Stéphane Payette y consacre son énergie, sa passion et sa vie professionnelle.
Il est prêt à écouter, défendre, négocier, s’adapter, tout cela au service de ses membres.
Pour M. Payette, le militantisme n’est pas un choix : c’est une essence. « Le militantisme, c’est quelque chose qu’on a en soi quand on est tout jeune. J’ai toujours été quelqu’un de vindicatif dans la vie. J’ai toujours été contre les injustices. »
Et cette passion ne s’est jamais éteinte : « J’ai toujours eu des emplois qui étaient syndiqués. » Ce n’est pas une question de profit, mais de justice : « C’est la base, les choses ne changeront pas si les gens ne s’impliquent pas. »
Il insiste sur l’importance d’être là pour les membres afin de protéger leurs droits : « Il y a des gens qui vont profiter soit de la naïveté, soit du manque d’éducation. Mais je dis ça sans être péjoratif! C’est compliqué à décortiquer, une convention collective. C’est 300 pages d’articles rédigés par des avocats. »
Son quotidien est plein de petites batailles concrètes : ajuster un horaire pour une mère monoparentale, protéger des employés vulnérables, décortiquer des centaines de pages de convention collective pour que personne ne se fasse avoir.
Il se considère comme un point d’ancrage pour ses membres : « Moi, je me fais un point d’honneur d’être présent pour mes membres, puis je pense qu’ils ont confiance en moi.
Mais ce rôle implique un équilibre constant : « On n’a pas le choix de ménager la chèvre et le chou, comme on dit, parce qu’on sert de buffer entre l’employeur et l’employé. »
Être syndicaliste, c’est aussi développer des qualités humaines précises. L’écoute est primordiale : « Parce qu’autant les membres de l’équipe proche de ton équipe avec qui tu travailles que les membres que tu représentes vont te faire part de différentes problématiques. »
Il faut également rester neutre et rigoureux : « Le nerf de la guerre, c’est de demeurer à l’écoute, d’entendre les doléances des gens, puis de trouver des solutions avec l’employeur pour que le climat soit sain. »
Et puis, il y a la capacité d’adaptation : « Il faut pouvoir s’adapter parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver, quand le téléphone peut sonner. »
En effet, après m’avoir rapidement expliqué son emploi du temps, la conclusion est sans équivoque : on est bien loin du classique de 9 à 5, du lundi au vendredi.
Le travail a aussi changé M. Payette lui-même : « Originalement, je suis un homme très sanguin. Je voulais changer les choses.
Mais pour changer les choses, il faut savoir bien s’exprimer, et « on se rend compte que nos réactions doivent être plus modérées » pour convaincre les autres.
Malgré le niveau d’engagement, le métier de syndicaliste ne mène pas à la richesse. Son conseil pour une personne qui s’y intéresserait : « Il faut être prêt à donner de son temps. Et j’insiste sur le mot donner. »