Germain Barre

Chronique d’un (pas si vieux) « camper van »

« Libertéééééé ! Le truck est un oiseau… »

Avec les chroniques d’un (pas si vieux) camper van, Mélanie Leblanc vous amène sur la route, la vraie. Des chemins sans filtres Instagram, pas toujours glam, souvent bordéliques, mais ô combien divertissants. À bord de John Mel& Camper, son truck de 21 ans (pas de rouille, pas de trou), c’est un départ vers la liberté… et le chaos.

L’autobus roule sous la pluie, en direction de Québec. Mes oreilles sont branchées sur un quelconque « mode aléatoire » qui me crache du Hubert Lenoir, suivi de vieux Coldplay et de Richi & Poveri. J’ai le goût de me faire un home made musical en criant « Sara perche ti amo » tellement je suis énervée. Énervée parce que je m’en vais fêter mon anniversaire? Nah. Pourtant, je devrais! Samedi, je vais avoir 40 ans. Ben oui, 40 ans. Pis quoi? Pis rien. Mes ovaires n’ont pas fait de backflips sur le last call des bébés (hallelujah), mes hormones ne semblent pas en préparation du grand carnaval de la crise qui est supposée m’assiéger.

Je suis tout de même énervée niveau « pipi de joie » : dans trois heures, mon fils et moi serons enfin réunis. Mon fils: MON Roadtrek 1997, pas de rouille, pas de trou. Look at this beauty :

La vie en Camper = toujours un peu se prendre pour Richard Desjardins en criant « liiiibeeeeeertééééééééééé, le truck est un oiseau. »

Avoir un V.R., un winnebago, un roadtrek, un camper, une caravane, un camion-maison, appelez ça comme vous voulez, c’est la L.I.B.E.R.T.É. Un West c’est classy, c’est design. Moi j’ai plus le modèle pantoufle, pis je trippe dessus ben raide.

John Mel& Camper, communément appelé « le truck », est un 3e poumon à ma vie. Une belle machine qui me sert à m’évader loin du quotidien et me rapproche de qui je suis réellement.

John Mel& Camper, communément appelé « le truck », est un 3e poumon à ma vie. Une belle machine qui me sert à m’évader loin du quotidien et me rapproche de qui je suis réellement. Quand je m’assois sur ses moelleux sièges d’un turquoise qui a connu la gloire dans les années 90, le temps est suspendu. Je suis dans une bulle de sécurité.

En camper, on tombe dans un mood truck. Je dis « on », parce que j’ai la chance d’avoir un chum qui trippe autant que moi (j’ai connu John Mel& Camper un mois avant de rencontrer Antoine). Comme si la vie se mettait en mou. On enfile nos casquettes de trucker pis on fait nos badass (mais des fois on sourit, promis).

Pas toujours jet set de se faire venter le toupet au volant

La saison des roadtrips est à nos portes et on compte bien bouffer les kilomètres comme jamais. Normalement, à chaque sortie son anecdote. Parce que c’est pas tant vrai que c’est glam, la vie en camper.

Des fois c’est grandiose, mais d’autres fois c’est un peu moins jet. Des fois ça fait biiiipppp aux 5 minutes pendant toute une nuit parce que ton détecteur de monoxyde de carbone a décidé que tu ne dormirais pas.

J’ai donc l’intention de vous partager le vrai quotidien. Exit Pinterest et les filtres Instagram, ici c’est the real shit. Des fois c’est grandiose, mais d’autres fois c’est un peu moins jet. Des fois ça fait biiiipppp aux 5 minutes pendant toute une nuit parce que ton détecteur de monoxyde de carbone a décidé que tu ne dormirais pas. Des fois ça pue parce que tu te retournes pis que t’as les bobettes de ton chum dans « face. Des fois t’as l’impression de te réveiller dans le fin fond de ton garde-robe parce que t’as laissé traîner une cuillère à café et ça a donc l’air à l’envers.

Mais ça fait des milliers de moments cocasses à raconter. Et ça commence tout de suite. Ça vous tente?

Rares sont les fois où on a eu peur de se faire assassiner. Mais ça arrive.

  • 2015 : première sortie à vie, on est dans un petit camping de bord de fleuve. Le proprio au téléphone est plutôt intense : «Tu sauras, ma p’tite, que c’est pas une place pour venir faire le party icitte. On est du monde tranquille».

Mes sourcils en point d’interrogation se chargent de creuser la ride en train de se former entre mes deux yeux. Respire, Mel, respire. C’est un très mauvais timing pour envoyer chier un inconnu chez qui il reste la dernière place de camping de la région. «Vous inquiétez pas, Roger on a 36 ans, on n’a pu le foie pour s’enfiler des Smirnoff pomme verte jusqu’au petit printemps.»

Je gagne donc la confiance de Roger. On arrive au terrain vague, sans chemin ni délimitation d’emplacements, qui fait office de «camping». La route a été longue, on fait une petite sieste qui se transforme en deux heures de ronflement et on se réveille entourés de pick ups et de roulottes VIDES. Tous les voisins sont partis pour la soirée, nous bloquant le chemin. Il est impossible de sortir du »terrain vague qui fait office de camping¢. Le genre de situation où une crise d’appendicite a le temps de se transformer en péritonite, en route vers une douce muerte. Par chance, nos organes ont joué les fins collaborateurs.

On avait des provisions en masse, mais pas assez de bois pour satisfaire nos saucisses à griller.

  • -Je vais aller ramasser quelques buches dans la corde de bois plantée là, au milieu de nulle part, dit mon chum.

-Ouin, mais c’est pas à nous, on n’a pas le droit…

  • En même temps, c’est à qui, hein? On sait même pas où commence et termine notre terrain.

Le lendemain on quitte, non pas sans avoir réveillé un propriétaire de pick up pour lui demander de bouger sa machine de guerre. En roulant tranquillement vers la sortie, on réalise que tous les pick ups nous suivent, comme un cortège. Qwaaaat? Tout le monde dormait il y a cinq minutes! En sortant du terrain vague, mon téléphone sonne, je reconnais le numéro de Roger.

  • -On pense aller où comme ça, madame Leblanc? Je vous ai fait confiance, moi. On a un problème, là. Vous avez volé du bois, hier soir. J’ai des témoins.

Et il m’envoie des photos sur mon cell. Photos prises de différents angles, donc des roulottes avoisinantes. Les gens étaient dans leurs roulottes et ont passé la soirée à nous observer????

  • -Va falloir nous rembourser les 4,25 $ que ça vaut, sinon je vais aller à la police.

Je n’ai pas le temps de terminer mon grand éclat de rire un peu baveux que deux pick ups arrivent à notre hauteur, sur le petit chemin de campagne désert, nous faisant des “tatas” de la main.

  • Je n’ai pas de liquide sur moi, je vais aller au village et revenir vous rembourser.

Et. Les. Pick. Ups. Sont. Disparus. Une scène de film de rednecks.

On est arrivés au village, j’ai demandé au caissier du dépanneur de me changer 3,25 $ en cinq sous que j’ai mis dans un plat de plastique avec la note : “Le plat vaut 1 $, tu peux le garder, Roger.” J’ai donné 20 $ au caissier en lui demandant d’appeler Roger.

  • Pas besoin, c’est mon père, je vais lui donner tantôt.

J’ai repris mon 20 $ et on est partis en courant.

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