Mirelle St-Pierre

Éthique des animaux de compagnie miniature

Oui, c'est cute. Mais est-ce une pratique saine ?

Sont cuuuuuuuuuutes  ! Les tout petits cochons, les lapins miniatures, les yorkshires capables de prendre leur bain dans une tasse… Les petites bêtes suscitent un engouement aussi étrange qu’inexplicable. Mais quand on se met à croiser des animaux pour en obtenir des versions les plus mini possibles, est-ce qu’on dérape  ?

Depuis que Paris Hilton a présenté au monde entier son accessoire mode de prédilection — le chihuahua Tinkerbell — en 2003, notre fascination pour les microanimaux et autres chiens de sacoche n’a fait que s’amplifier. Les comptes Instagram consacrés aux petites créatures ont d’ailleurs de quoi faire rougir les influenceurs les mieux établis. L’entreprise coréenne Rolly Teacup Puppies, qui vend des chiens miniatures, cumule 430 000 abonnés, tandis que Prissy et Pop — deux petits cochons floridiens qui accompagnent leur maîtresse, une enseignante, dans sa classe de première année — en comptent près de 700  000  ! C’est sept fois plus d’abonnés que PL Cloutier (pis c’est pas comme si PL Cloutier n’était pas cute).

Les amateurs d’animaux miniatures sont prêts à débourser entre 3 000 et 15  000 $ pour mettre la main sur l’une de ces petites bêtes. Flairant la bonne affaire, des éleveurs plus ou moins scrupuleux défient les lois de Darwin pour nous offrir des animaux de plus en plus mini, faisant de feu Tinkerbell un véritable poids lourd. Aujourd’hui, un microchien peut peser aussi peu que 170 grammes, soit le poids de l’une des plus récentes acquisitions de l’héritière du clan Hilton. On les appelle teacup pets puisqu’ils ont la dimension requise pour s’insérer dans une tasse de thé… et tout ce qu’il faut pour apparaître dans une mise en scène digne d’Anne Geddes.

AUSSI PETITS QUE NOTRE CONSCIENCE

D’un point de vue éthique, on va se le dire : ça soulève plusieurs questions. Pour Valéry Giroux, chercheuse en éthique animale, le simple fait de forcer les animaux à se reproduire — comme le font les éleveurs — est en soi une pratique oppressive. «  Mais admettons qu’on ne soit pas si radical et qu’on accepte la production d’animaux domestiqués, il y a des choix plus moralement acceptables que d’autres  », explique-t-elle. «  Par exemple, c’est plus facilement justifiable de chercher à régler un problème de santé par le croisement de certains individus que de vouloir une taille ou une couleur spécifique. On ne choisirait pas la couleur d’yeux de notre enfant ; ça serait de l’eugénisme.  »

« Il faut faire attention de choisir un éleveur professionnel, parce que si ce n’est pas fait de la bonne façon, on peut concentrer des tares génétiques et amplifier des problèmes de santé .»— Dre. Emmanuelle Martin

Idéalement, on tiendrait compte de l’intérêt de l’animal plus que du nôtre. Ce qui ne va pas de soi pour les animaux de plus en plus petits que l’on cherche à créer. «  Pour obtenir de si petits formats, on fait généralement se reproduire les plus petits de chaque portée. Ça peut faire en sorte que ce soit le moins fort ou le moins en santé  », explique la Dre Emmanuelle Martin, du Centre vétérinaire Laval. Elle met d’ailleurs en garde les humains qui seraient tentés d’adopter le plus petit venu sur Kijiji et consorts.

Ça, c’est sans compter les fausses promesses. Un éleveur ne peut garantir la taille qu’atteindra un animal à l’âge adulte. Mais, surtout, il ne peut vous promettre qu’un cochon demeurera aussi petit qu’un carlin (ou pug, si vous préférez). Au cours des dernières années, moult photos sur Instagram ont suscité un engouement pour les teacup pigs… et entraîné une augmentation de gros cochons devenus adultes abandonnés dans les refuges. Selon une enquête menée par l’Inspecteur viral, le poids d’un cochon, aussi petit soit ce dernier, ne descendra jamais sous la barre des 23 kilos, soit l’équivalent d’un assez gros chien.

PETIT ANIMAL, GROS PAQUET DE TROUBLE

Des problèmes de santé, les petits animaux en ont déjà leur lot. «  Tous les chiens de petite taille sont plus sujets à l’hypoglycémie, dit la Dre Martin. Dès qu’ils ne mangent pas assez bien ou qu’ils vomissent, ils peuvent se déshydrater et voir leur glycémie chuter rapidement.  » L’entreprise Rolly Teacup Puppies garantit d’ailleurs la santé de ses animaux pour une période d’un an, sauf pour des problèmes communs tels que l’hypoglycémie. «  Nourrissez votre animal adéquatement  », écrit-elle simplement sur son site en guise d’avertissement. Car contrairement aux Tamagotchis, les microchiens n’ont pas de fonction Reset si on oublie de les nourrir.

Ils sont aussi excessivement fragiles, du fait de leur petite taille. «  Ils peuvent se casser une patte avec un très petit impact, comme sauter en bas d’une chaise ou être échappés  », explique la Dre Emmanuelle Martin. Un accident est si vite arrivé ! Bref, ce n’est pas parce qu’ils sont petits qu’ils demandent moins d’entretien ou qu’ils ne soulèvent pas de grosses questions.

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