Chien abandonné cherche maître à aider

Une histoire de deuxième chance

Je suis en train de faire la planche. J’essaie de garder le dos droit et de soutenir fièrement le poids de mon corps avec mes bras, mais c’est dur. Les bébés chèvres qui me courent sur le dos me font perdre l’équilibre. Si faire du yoga avec des chèvres naines est la nouvelle mine d’or des instababes, je ne suis pas en train de me magasiner une odeur de fermette pour les likes. Je suis là parce qu’une fondation a eu l’idée d’organiser cette drôle de levée de fonds. Et, alors que je me fais mâchouiller les cheveux par une biquette, je tombe sous le charme de cette équipe qui n’a qu’un but : rescaper des chiens abandonnés pour les offrir à des gens qui souffrent.

Des gens atteints de choc post-traumatique, d’anxiété, d’anorexie, d’autisme. Des gens qui ont besoin d’apaisement.

Ce qui suit, c’est une histoire de deuxième chance.
De tout bord tout côté.

On ne tuera pas Trio

C’est d’emblée émue (on ne fera pas semblant que je suis objective ici), que je me rends au Centre vétérinaire de Laval pour rencontrer John Agionicolaitis et Solange Barbara, cofondateurs de la fondation Asista. Bien assise dans l’une des salles de conférence de l’endroit, j’ai devant moi le plus inspirant duo fils/mère depuis Xavier Dolan et Anne Dorval. Ils me racontent les débuts de l’aventure.

On donne une deuxième chance à ces chiens. Et c’est incroyable de voir comment ils répondent après avoir été soignés !

En 2011, John et Barbara accueillent temporairement Trio, chien qu’ils élèveront durant quelque temps au nom d’une fondation. Malheureusement, à 6 mois, le chien est disqualifié par ladite fondation. C’est qu’il souffre de polyarthrite, un trouble anormal pour un animal de cet âge. « C’est une problématique génétique due à l’élevage. Ça se traite super bien, mais ça risque de revenir dans le futur », m’explique John. N’osant faire face à ce risque, la fondation annonce à la famille d’accueil que Trio devra être euthanasié. Solange s’enflamme : « À cette époque, John allait à l’école et il voyait bien que le chien faisait une différence chez les gens avec des besoins particuliers. On s’est dit : ”Combien de chiens comme ça sont euthanasiés ? Et combien de personnes pourraient en bénéficier ?” On a décidé de garder Trio. Ainsi est née la fondation Asista. »

Six ans plus tard, Trio est top notch. Et il est le fier premier d’une longue série d’animaux salvateurs.

À la rescousse des chiens abandonnés et des humains blessés

John, conseiller en opération et marketing au Centre vétérinaire de Laval, et sa mère, détentrice d’un MBA, se sont donc lancés bénévolement dans la création de la fondation Asista.

« Au lieu de commencer l’élevage de futurs chiens de service, on a décidé de sauver des animaux. Il y en a tellement qui sont abandonnés au Centre vétérinaire parce que les gens n’ont pas l’argent nécessaire pour les traitements ou parce qu’ils déménagent… Alors on donne une deuxième chance à ces chiens. Et c’est incroyable de voir comment ils répondent après avoir été soignés ! », m’explique la cofondatrice et directrice générale de la fondation.

Ces chiens dévoués, à qui on offre soudainement une nouvelle vie, trouvent répit auprès de maîtres fragilisés : « On n’entraîne pas des chiens pour les gens qui ne peuvent pas voir, mais pour ceux qui en ont trop vu, glisse Solange. En entendant parler de nous, le gouvernement canadien nous a offert de prendre part à une étude sur les chiens d’assistance pour vétérans atteints de choc post-traumatique. On représente le Québec dans un groupe national et on écrit les standards pour les chiens d’assistance au Canada. »

Le chien ne va pas remplacer les médicaments ou la thérapie, mais il va aider plusieurs aspects de la vie de la personne.

Pourquoi avoir choisi de venir en aide aux personnes souffrant d’un trouble de la santé mentale ? « Aujourd’hui, un enfant sur 68 nait avec l’autisme. Une personne sur 10 va souffrir, un jour ou l’autre, d’anxiété ou de dépression. John et moi voulons que ces gens aient une meilleure qualité de vie », me répond Solange.

Mais que peut faire un chien pour quelqu’un ayant vu la guerre ? J’ai beau aimer ces animaux plus que les humains, j’ai besoin d’exemples concrets, d’exemples qui vont au-delà de l’affection, mettons. John intervient : « Le chien de service apaise et accompagne le bénéficiaire, tout en prévoyant ses crises. Il ne va pas remplacer les médicaments ou la thérapie, mais il va aider plusieurs aspects de la vie de la personne. En fait, une fois formé, il peut faire 15 différents items pour l’aider. Par exemple, certains vétérans doivent toujours garder le dos contre un mur, par peur de ce qui pourrait se passer hors de leur champ de vision. Dans ces cas-là, le chien va rester derrière eux quand ils marchent. Ça permet aux vétérans de retrouver une certaine paix d’esprit. D’autres souffrent de graves cauchemars. Or, quand on fait des cauchemars, on sécrète des glandes et/ou on bouge beaucoup. Alors le chien peut sentir les glandes s’activer ou remarquer les mouvements du vétéran, et le réveiller pour le rassurer. »

Ok. Maintenant je comprends. Et j’ai envie de prendre tous les chiens du monde dans mes bras pour les remercier d’être de si précieuses et vaillantes créatures.

Transformer pitou en chien de service 

Évidemment, plusieurs étapes sont nécessaires pour qu’un chien arrive à réconforter un vétéran. Mais il existe une recette. Solange et John m’expliquent le processus employé par Asista.

1- La sélection
Les chiens pré-sélectionnés sont hébergés au Centre vétérinaire de Laval pour bénéficier d’une évaluation et d’un soutien médical. On tente ensuite de déterminer s’il pourrait s’agir de bons chiens d’assistance. Pour y arriver, on les met dans différents scénarios pour voir s’ils ont soif d’apprendre, s’ils sont curieux. Solange précise : « Au fil des ans, on reconnaît rapidement les potentiels chiens de service. Et ceux qui n’en sont pas font de très bons chiens de maison ! Le Centre vétérinaire a un programme d’adoption, alors on a accès à un gros réseau de familles adoptives. »

Cela dit, un chien, c’est brillant. Ça cache ses « défauts ». C’est pourquoi l’évaluation comportementale demande au moins deux semaines de résidence au Centre vétérinaire. « Dans les premiers jours, le chien est toujours parfait, tout va bien. C’est après qu’on voit ”les vices cachés”, selon John. Au début, il ne ronge pas sa couverture. Après deux semaines, il la détruit parce qu’il est confortable. »

2- La famille d’accueil
Si tous les tests sont positifs, le chien est ensuite placé en famille d’accueil. Le rôle de la famille est de socialiser l’animal, de le traîner partout pour l’habituer au monde. Elle doit aussi lui enseigner les commandements de base : assis, reste, couche. Dépendamment de l’âge du chien, le temps passé en foyer est de 6 mois à un an.

3- L’entraînement
Une fois sociable, le chien revient aux locaux d’Asista pour être formé en fonction des besoins particuliers d’un type de bénéficiaires : vétérans, personnes qui présentent un trouble du spectre de l’autisme, adultes ou enfants anorexiques ou souffrant d’anxiété, etc. C’est le corps policier de Laval qui entraîne les chiens. Des agents viennent chaque soir au Centre, bénévolement, avec douceur : « Parce qu’ici, la seule chose qu’on fait, c’est du renforcement positif. On est contre les ”devices ”, les chokers, etc. », souligne fièrement Solange.

Asista arrive à offrir gratuitement les chiens aux bénéficiaires.

4- La combinaison
Puis vient le moment de la rencontre : « On essaie de matcher le meilleur chien avec la meilleure personne : un chien actif avec un bénéficiaire qui bouge beaucoup / un ”couch potato” avec une personne plus casanière. Et il faut une chimie ! Ça, ça se voit tout de suite », m’explique John. Sa mère poursuit : « On a un centre d’appel ouvert 24/7 pour les bénéficiaires qui ont des questions par rapport à leur chien. Ils peuvent parler à un technicien en santé animale en tout temps. On reste avec eux, même après l’adoption. Avoir un chien d’assistance, c’est être en formation continue… »

Aider Asista à aider les gens

Grâce à l’implication de nombreux bénévoles dévoués, Asista arrive à offrir gratuitement les chiens aux bénéficiaires. Mais alors que la fondation place 30 chiens par année, elle reçoit de 25 à 30 applications par jour.

Comment on peut faire pour vous aider ? John me répond : « On a besoin de plus de dons et de plus de familles d’accueil. » Sa mère renchérit : « On passe souvent sept jours sur sept ici. Des fois, on se dit : ”Qu’est-ce qu’on a fait ?”, mais on oublie tout ça quand des bénéficiaires nous disent que sans nous et leur chien, ils ne seraient pas là aujourd’hui. Tout seul on ne peut rien faire, mais en équipe on peut tout faire. »

Pour connaître les prochaines levées de fonds d’Asista – yoga avec des chèvres ou lave-o-thon canin –, pour faire un don spontané ou pour accueillir temporairement un futur chien de service dans votre famille, visitez le site web de l’association.

Pour constater les bienfaits d’un chien d’assistance auprès d’un vétéran, regardez le webdoc « La vie après l’armée », sur l’application gratuite d’URBANIA (Apple et Androïd) ou en ligne.

Pour lire un autre texte de Rose-Aimée Automne T. Morin : «Avoir un kick sur Jean-François Provençal»

J'ai longtemps été amoureuse de Gilles Latulippe.

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