Chers gens, cessez de vous vanter de ne pas aimer quelque chose.

Ça en dit plus sur vous que sur ceux que vous ridiculisez.

Depuis deux semaines, la planète télé respire au rythme de la dernière saison de Game of Thrones sur les ondes de HBO (Super Écran au Québec) et il y a une certaine effervescence dans l’air. Quelque chose comme l’impression de vivre un moment marquant pour une génération. Suivre, avec des centaines de milliers de personnes sur les médias sociaux, des aventures fictives qui sont devenues, au fil des ans, sources de patrimoine culturel commun.

Sauf que chaque médaille possède un revers et à l’ère des opinions polarisantes, ça ressemble souvent à ça :

« Ouais, moi j’écoute pas ça Game of Thrones. J’ai mieux à faire de mon temps. »

Hum, okay, merci du partage.

« Ouais, moi j’regarde pas ça Game of Thrones. J’trouve ça niaiseux les dragons. »

Chacun ses goûts, c’est bon.

« Ouais, moi … »

Ok, sérieux, on va te le dire juste une fois : on s’en crisse pas mal.

Dans ce contexte, « Ouais, moi…» s’applique à tellement de choses, c’est fascinant. «Ouais, moi les films de superhéros.» «Ouais, moi j’ai pas Netflix.» «Ouais, moi j’comprends pas les influenceurs.»

«Ouais, moi» c’est un peu le «J’suis pas raciste, mais» de la culture populaire. Rien de bon suit cette formulation à part un sentiment de fausse supériorité projeté sur les médias sociaux afin de se poser en faux par rapport à un phénomène populaire.

Je n’aime pas, donc je suis

En exprimant une opinion contraire haut et fort, on se cherche des gens du même avis avec qui partager.

Cela dit, le réflexe est compréhensible. Quand un phénomène comme Game of Thrones s’empare de toutes les tribunes, on peut se sentir écarté et/ou dépassé par les événements. Ce sentiment de rejet est désagréable et ça alimente des réflexes pas forcément nobles. On pourrait comparer le tout à de la jalousie en amour ou de l’envie professionnelle – un désir de faire partie de la gang, de ne pas rater le train.

Une soif d’être populaire d’une certaine façon.

Alors, on se cherche des alliés. En exprimant une opinion contraire haut et fort, on se cherche des gens du même avis avec qui partager. Ce dédain affiché pour quelque chose est fait avec une telle énergie que je ne peux pas imaginer autre chose. 

Vivre et laisser vivre

Inversement, c’est difficile de ne pas se sentir attaqué dans nos convictions quand quelqu’un sur notre fil d’actualité traite d’imbéciles les gens qui aiment un truc qu’on affectionne. Même si l’attaque n’est pas ciblée ou personnalisée, elle n’en demeure pas moins blessante.

«Ouais, moi le monde qui écoute de la pop j’peux pas respecter ça.»

Ok, tu t’exprimes, mais qu’est-ce que ça dit sur nos possibilités de vivre ensemble sans se lancer des roches sur la noix pour un tout et un rien?

On s’entend que c’est banal s’exprimer sur une émission de télé, un film ou une chanson. On n’extermine pas des nations avec une blague sur les dragons et la nudité d’une fiction télévisuelle. Mais on expose quand même une laideur profonde qui, éventuellement, explose ailleurs.

Sans parler directement d’intolérance, il y a ici une fâcheuse tendance à vouloir aliéner les gens qui ne pensent pas comme nous, même si ça s’exprime dans le divertissement populaire. Alors qu’au fond, ça serait pas mal plus simple de juste regarder dans l’autre direction sans casser les pieds de personne avec un «Ouais, moi» lancé avec le torse bombé.

La solution ici est quand même simple : fais ce que tu aimes et ne vient pas me faire feeler cheap de faire ce que j’aime.

On aime ce qu’on aime et, respectueusement, on s’en criss pas mal si tu n’aimes pas ça.G

Tu peux même l’appliquer à pas mal toutes les sphères de la vie tant que tu n’empiètes pas sur les libertés des autres avec tes envies.  Tu ne veux pas manger de viande? Parfait, mais je ne suis pas l’antéchrist parce que j’aime encore le steak haché. Le web et les influenceurs ça ne t’interpellent pas et tu préfères lire au soleil? Parle-moi de ça, mais les jeunes ne sont pas des idiots parce qu’ils font des concours de danse de Fortnite sur YouTube.  La religion, ça t’inspire autant qu’un ongle incarné? C’est excellent, mais faire la prière le dimanche et porter un voile ne veut pas dire que quelqu’un est moins brillant que toi.

Vivre et laisser vivre … et laissez-nous tripper sur Game of Thrones ensemble le temps que ça dure. C’est cyclique de toute façon. Là, c’est une émission de télé. Dans deux ou trois semaines, ce sera les terrasses au soleil et les p’tits verres de vino au parc. Il y aura toujours une activité populaire qui te tapera sur les nerfs et ça ne sera jamais la même pour tout le monde.

Faut juste garder en tête que ce n’est jamais une raison pour se sentir plus fin que les autres. On aime ce qu’on aime et, respectueusement, on s’en criss pas mal si tu n’aimes pas ça.

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