Chéri j’ai pas fait les enfants

Avec deux mois de retard sur le dernier numéro d’Urbania spécial Bébés, je vous avoue enfin que chaque fois que je rêve que je suis enceinte, je ressens à peu près le même effroi que lorsque je fais le cauchemar des pirates nains à la tête de Harper qui me poursuivent à bord d’un tsunami.

J’ai 26 ans et je me sens aussi prête à avoir un enfant qu’à accomplir ceci.  Et honnêtement, je l’assume moyen.  Paraît que l’horloge biologique kick à 30 ans.  Une part de moi prie pour que cette croyance populaire s’avère vraie, parce qu’entourée de plusieurs enthousiasmes prénataux, je me sens plutôt outsider dans mon appréhension du bambin.

Évidemment que je trouve ça mignon, un bébé.  Au même titre qu’un panda ou un gars qui pleure.  Mais quand j’entends les gens parler de leur envie de procréer, je ne peux m’empêcher de me sentir encore comme une ado sceptique, frissonnante d’incrédulité.  Égocentrisme? Immaturité?  Lacune affective due à mon rang de bébé de la famille?  Mon inconscient lucide qui refuse de participer à la propagation d’une espèce aux actions contestables?  Mon ADN qui a compris que sa race était en voie de surpopulation?

Peut-être que tout changera lorsque j’aurai rencontré l’homme de ma vie aux gènes parfaitement compatibles pour créer l’Humain H le plus supra génétiquement optimal?

J’avoue tout! Ma meilleure amie et moi nous envoyons régulièrement des statuts Facebook de nouvelles mamans pour en rire.  De façon parfois haineuse.  De quoi ai-je peur? Porter la fatigue d’un lendemain de brosse pour les 17 prochaines années? Rationnellement, je comprends bien que le fait de procréer engendre plusieurs choses magnifiques, comme trouver un nouveau sens à la vie, pouvoir finalement manger des cornichons en paix, devenir à l’aise avec le concept de diarrhée.  J’ai de la difficulté à concevoir que ma vie pourrait radicalement changer du jour au lendemain, basculer dans un monde de couches, de food fight perpétuelle et de morve hors période grippale. Est-ce typique de la moitié des gens de ma génération, vouloir à tout prix gambader dans les champs, être maître des poches sous ses yeux et fourrer avec un condom? Problème générationnel? Sociétal? D’Oedipe?  D’où vient cette répulsion envers tout ce qui pourrait donner l’impression que notre liberté est entravée: un enfant, une relation amoureuse sérieuse ou un REER prématuré.

Qu’on ne se méprenne pas, j’aime les enfants.  J’ai même travaillé dans un camp de vacances!  Bon, ce fut souvent catastrophique et des pulsions meurtrières m’ont régulièrement effleuré l’esprit, MAIS sur 800 jeunes, il y en a bien eu 4 ou 5 avec qui j’ai réellement connecté, qui sont devenus mes bros que j’aimais d’un véritable amour cristallin.

Je m’écoute écrire et je suis consciente que je sonne comme un cliché de jeune femme moderne du dernier Chick Flick de Rafaële Germain et comme vous, je me juge un peu.  Parce que je vous crois, parents en constante mononucléose, à la garde-robe tachetée de régurgitation/autres substances anatomiques et au vocabulaire troqué pour des onomatopées composés de G suivis de voyelles, que c’est «la plus belle chose qui ne vous soit jamais arrivée.»  C’est pourquoi j’espère de tout coeur que le cupidon de la convoitise du kid viendra m’en décrocher une et faire de moi un mammifère convenable.

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