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Fun facts : séparer également le congé parental favorise le lien d’attachement, réduit la charge mentale des mères, contribue à l’avancement de leurs carrières, réduit l’écart économique entre les genres et aide à prévenir les dépressions post-partum.
Malgré tous ces bienfaits, le congé parental moyen des pères était de 6,7 semaines contre 45 semaines pour les mères en 2020.
Voici des pistes de réflexion pour ouvrir la discussion quant à la séparation équitable du congé parental dans votre couple.
Le congé de paternité prolongé est un peu l’équivalent de lancer le sort Revelio avec une baguette magique (clin d’œil aux fans d’Harry Potter de ce monde) sur toutes les tâches invisibles derrière la parentalité.
Ça permet au père de vivre et apprendre une réalité plutôt que de se la faire raconter. Ça permet aussi de développer des réflexes proactifs naturels. Ainsi, les pères qui prennent plus que cinq semaines de congé parental, une fois de retour au travail, diminuent leurs heures, prennent plus de congés et s’impliquent davantage dans les tâches domestiques.
Par exemple, Julien venait de quitter Montréal pour s’installer en région lorsque son enfant est né. Se retrouvant entre deux mandats, il en a profité pour prolonger son congé de paternité. Les premières semaines de ses quatre mois de congé parental lui ont davantage permis de prendre soin de sa conjointe que du bébé. «Les premiers mois, la relation entre le bébé et la personne qui n’allaite pas semble moins importante. Avoir su, j’aurais pris mes mois de congé un peu plus tard, pour profiter du lien d’attachement», explique-t-il.
Un bébé a besoin de créer un lien d’attachement significatif avec ses parents au même titre qu’il a besoin de se nourrir et de dormir.
Nous parlons de «père», mais le problème de la charge mentale n’est pas binaire. Gabrielle et Catherine ont deux enfants. Elles ont chacune donné naissance en alternance. «Quand tu as un bébé, le partage des tâches est forcément inéquitable dans des rôles aussi stéréotypés, même à deux filles», croit Gabrielle. «La différence, c’est que nous, on alterne les déséquilibres, on ne les enchaine pas.» L’arrivée de son second enfant a d’ailleurs été difficile. «Notre famille a évolué avec des rôles typiques: j’allaitais et je prenais soin d’Émilien. Avec Simone, on a dû complètement réinventer nos rôles», explique-t-elle.
Des études avancent que les bienfaits engendrés par un congé de paternité allongé peuvent mener à un bienêtre accru chez les personnes qui accouchent, car le manque de soutien et un manque d’équilibre dans la distribution des tâches entourant le bébé sont un des facteurs de risque de la dépression post-partum.
Un bébé a besoin de créer un lien d’attachement significatif avec ses parents au même titre qu’il a besoin de se nourrir et de dormir. Et cela a d’importants impacts à long terme sur son développement.
Le congé de paternité allongé participe à réduire le fossé économique entre les genres et au développement professionnel des mères.
Le congé de paternité allongé participe à réduire le fossé économique entre les genres et au développement professionnel des mères. Chaque mois de congé de paternité augmente le revenu de la mère de 6,7% après quatre ans, selon un article scientifique paru dans Acta Pædiatrica en 2007.
La parentalité est grandement valorisée au sein de la société, mais prendre soin de ses enfants ne l’est pas autant qu’on pourrait le penser.
Outre lors des cinq semaines de congé parental exclusives au parent qui n’accouche pas, le RQAP paie un pourcentage d’un seul salaire. Il n’est donc pas réaliste pour plusieurs familles de se priver du salaire le plus élevé, qui est souvent celui du père.
De plus, 51% des hommes interrogés lors d’une étude en 2018 craignaient qu’un long congé parental affecte négativement leurs relations avec leurs patrons.
Modifier le terme «congé» permettrait peut-être d’améliorer la perception d’employeurs réticents à octroyer de longs congés et revaloriserait le fait de prendre soin d’un enfant?
Julien croit fermement que c’est parce qu’il a eu des modèles de paternité positifs et progressifs qu’il a naturellement eu le désir sincère de reproduire cela avec sa famille. Les impacts positifs d’un congé parental séparé de façon égale survivent donc de génération en génération.
En tant que parent, plus vous tricotez ce lien, plus vous avez envie de le tricoter: s’occuper de son bébé sécrète de l’ocytocine, une molécule centrale dans les relations sociales. L’ocytocine est même une piste de solution envisagée pour prévenir les dépressions post-partum que traverse une mère sur quatre, et qui affecte aussi certains pères.
«C’est vraiment en étant avec son enfant qu’on apprend à comprendre ses besoins. Ça a un impact sur notre capacité à prendre de bonnes décisions et sur la confiance dans la prise de ces décisions-là», explique Simon*, qui a préféré garder l’anonymat par souci de protéger sa vie privée. Simon a pris un congé parental sans solde de six mois à la suite du congé parental d’un an de sa conjointe: «J’ai toujours eu le désir de créer un lien fort entre moi et mon bébé».
Développer ce lien n’est pas simple lorsqu’une personne a 40 heures de boulot dans le corps, et Gabrielle l’a compris vite: «C’est dévalorisant de ne pas se sentir comme le “premier parent”, de se battre contre l’élan naturel de ton bébé de se tourner vers son parent le plus présent pour lui apprendre à s’endormir dans tes bras. C’est ultra-difficile de revenir du travail brûlée, de faire des tâches et d’avoir si peu de temps pour créer des liens avec ton enfant.»
Lorsque Simon a appris à ses amis et collègues le rôle qu’il entendait jouer dans sa famille, il a reçu des félicitations, ce qui l’a grandement fait réfléchir: «Les femmes, qui en font souvent beaucoup plus que leur partenaire, ne se font pas féliciter. On ne félicite pas une personne d’avoir fait ce qui était attendu d’elle, au détriment de sa carrière et de sa santé. J’ai hâte au jour où l’homme ne sera plus applaudi pour n’avoir qu’occupé pleinement son rôle de parent.»
Souvent, c’est l’allaitement qui tranche et qui fait en sorte que c’est la mère qui passe le plus de temps à la maison. Même si toutes les façons de nourrir son enfant sont bonnes, soulignons que l’OMS recommande l’allaitement lors des deux premières années de vie d’un enfant. Conséquemment, des mesures de travail flexibles pour permettre à une mère d’allaiter pendant que son ou sa partenaire prend une partie du congé parental pourraient être mises en place, permettant du même coup de mieux diviser le congé parental.
Et tout compte fait, pourquoi ne pas offrir un congé parental aux deux parents en même temps comme dans certains pays scandinaves? Gabrielle en aurait rêvé. «Pour le second parent, c’est tout aussi contre nature de quitter son bébé pour aller travailler!»