Hier, la chroniqueuse de La Presse, Nathalie Petrowski, signait une chronique qui, non seulement, réinventait la fin du film Juno, mais honnissait au passage la sortie de Cœur de Pirate annonçant sa grossesse « live » sur les médias sociaux la semaine dernière. Bien que je ne connaisse à peu près rien du miracle de la vie (j’sais comment on l’fait par contre – t’sais veut dire – mais la suite? Question piège!), mais j’ai vu Juno, alors je me suis dit que je serais sur un pied d’égalité suffisant pour lui répondre.
Mais primo, un peu de musique pour vous accompagner dans votre lecture…
Alors que Mme Petrowski remarque une plus grande ouverture de la société en ce qui concerne les jeunes mères (enfin!), elle remarque qu’on porte la jeune femme enceinte aux nues, qu’on la célèbre et qu’on la sanctifie. Et moi de répondre, « Vraiment »? Lorsque des amies et connaissances de l’âge de Béatrice Martin annoncent qu’elles attendent un enfant, je les félicite, mais je ne vais pas jusqu’à recréer la première scène du Roi Lion en les soulevant devant mon royaume tout en lançant « Ses trompes de Fallope sont fertiles! Elle perpétue le cercle de la vie! Agenouillez-vous, gazelles et éléphants! »
Blague à part, je lui concède que les médias de masse véhiculent maintenant presque autant de stéréotypes positifs (Juno menant la barque, bien sûr) que négatifs (où les exemples pullulent, mais retenons Precious ou encore Palindrome de Solondz) sur les « jeunes mères ».
Le mythe de la jeune mère idiote
Mais là où je décroche, c’est lorsque Mme Petrowski s’insurge contre le «le jovialisme glamour qui colore désormais l’image de la maternité et sur notre empressement à applaudir toutes les futures mères, peu importe leur âge ou leur situation ». Encore une fois, « Vraiment »?
Prenons la populaire télé-réalité « Teen Mom » diffusée sur le réseau MTV qui, comme son nom l’indique, suit le quotidien de jeunes mères. Bien que certaines participantes de la série correspondent à cette image «joviale » qui, selon Mme Petrowski, est à la mode, celle qui retient vraiment l’attention des sites et magazines sensationnalistes américains demeure Amber Portwood, la « white trash » de la bande, qui cumule les frasques judiciaires. Et ça, c’est sans parler des potins – et quolibets – liés à la grossesse de la fameuse Snooki de Jersey Shore ou, plus près de chez nous, des faits divers de bulletins de nouvelles qui abordent rarement à ces futures mamans « Hop! Je mords dans la vie à pleines dents pis mautadine que j’ai du fun quand je mange de la salade! » que Mme Petrowski voit partout.
Bref, rassurez-vous, Nathalie, car le mythe de la jeune mère idiote et/ou irresponsable est toujours aussi fort…
« On dit » et « elles font »…
Dans son billet, Mme Petrowski soulignera aussi notre manque de nuance devant cette nouvelle vision, plus positive, de la jeune maman. Je la cite : « On dit aux femmes et aux filles qu’elles peuvent tout avoir, la carrière et la famille, et se réaliser à la fois en tant que mères et en tant que femmes. Quant à l’avortement, on a compris que c’était un droit inaliénable, mais pas nécessairement un bon moyen de contraception. »
Ben oui! Et pourquoi pas?
Dans mon entourage, je note au moins deux femmes qui, à défaut d’avoir accouché après leur bal de finissantes, ont tout de même eu leurs enfants à un jeune âge et qui se sont « réalisées » depuis ou qui poursuivent leur cheminement tout en élevant leurs gamins.
Christine, la femme de mon ami Yan, annonçait récemment qu’elle prenait finalement la décision de demeurer au foyer pour veiller sur sa marmaille. Je vous jure, Mme Petrowski, que Christine et Yan sont les parents les plus attendrissants que je connaisse et ils ne sont pas ennuyants pour autant. Jamais Christine n’a lancé de verres de scotch dans le foyer en s’écriant: « Je n’ai pas signé le scénario du film sur Gerry Boulet! J’ai manqué ma vie, bordel de merde! »
Prenez aussi Valentine qui termine des études à temps partiel en communication tout en élevant deux enfants avec un chum aimant. Mieux encore, elle trouve aussi du temps pour jogger. Comment y arrive-t-elle? Aucune idée – j’ai moi-même pris congé de gym aujourd’hui pour rédiger ce billet… et pour jouer à Skyrim si vous voulez tout savoir -, mais Valentine, elle, y arrive et semble même heureuse en prime!
Bien sûr, vous pourriez me répondre « Ben, peut-être que tu vis dans un monde de mères qui “se réalisent” Péloquin? » Ah ouin?
Hier soir, au moins une dizaine de jeunes mamans – souvent des inconnues – m’ont parlé de leur parcours sur Twitter après un appel à tous. Je pourrais, bien sûr, leur reprocher de répondre à un inconnu qui était probablement en bobettes lorsqu’il posait sa question (ben non… j’étais en boxers), mais je retiendrai surtout que, pour la plupart, ces grossesses en bas âge ont été des défis à surmonter, évidemment, mais aussi des accomplissements dont elles sont fières… et avec raison.
Le cas d’Édith Jolicoeur, par exemple, est particulièrement passionnant.
Artiste visuel qui s’occupe de la Maison rouge, une galerie d’art de Carleton-sur-Mer, Mme Jolicoeur a eu un enfant à l’âge de 21 ans (un an avant Cœur de pirate!). À cet âge-là, l’artiste était avec son amoureux depuis six années. Ceux-ci étaient mariés depuis deux ans et possédaient déjà une maison (la fameuse Maison rouge). Bref, celle-ci ne s’est jamais considérée comme une « jeune mère », bien qu’elle se disait amusée lorsque des inconnus lui disaient qu’elle était la baby-sitter d’un beau bébé.
Pour Fannie Rochefort, qui est devenue maman dès l’âge de 23 ans (un an après Cœur de pirate!), accoucher si jeune a été une expérience aussi positive que formatrice. « Avec ou sans enfant, j’aurais été pauvre. J’étais trop rebelle et anticonformiste », laissait-elle entendre sur Twitter. « Ça m’a permis de croire en moi. “J’ai accouché, moué! Pouah!”», conclut cette maman de trois enfants, dont un autiste, responsable en salle à manger pour des salles de réceptions et gestionnaire de médias sociaux qui prépare aussi un retour aux études.
Mme Petrowski, je ne sais pas trop c’est quoi les objectifs précis et intrinsèques pour « se réaliser à la fois en tant que mères et en tant que femmes », mais les commentaires de ces inconnues et les photos de familles de mes amies – une surdose de sourires fendus jusqu’aux oreilles, j’vous dis – laissent croire qu’elles peuvent au moins rayer quelques cases dans leur plan quinquennal menant à l’épanouissement de la femme moderne.
On connait la chanson…
Puis, la chroniqueuse termine son texte en invitant ses lecteurs à agir avec plus de discernement avec les jeunes mères et « conseiller à toutes les jeunes filles de 22 ans qui ont envie d’imiter Coeur de pirate de louer le DVD de 17 Filles. Ou mieux encore, d’écouter le refrain de Poussière d’ange d’Ariane Moffatt: « tu ferais une super maman, mais pas maintenant, non pas maintenant… » » Là, on nage en plein délire.
Alors que j’aurais envie de rétorquer des trucs hyper clichés à la « Qui sommes-nous pour juger si une jeune fille de 22 ans est prête ou non à avoir un enfant? », « Si une jeune fille de 22 ans désire tomber enceinte parce qu’une chanteuse pop l’est aussi, son « problème » est beaucoup plus profond, non? » ou « Sapristi que je hais cette toune d’Ariane Moffatt! », je vais plutôt privilégier une perle de sagesse de la mère d’Édith Jolicoeur : « Si t’attends d’être prête pour faire quelque chose, tu ne feras jamais rien! » Fait intéressant : la maman d’Édith a déjà été, elle aussi, une jeune mère de 23 ans…
Tout ça pour dire que des jeunes mamans responsables, il n’y en a pas que dans les films…
…
Sur ce, en cette veille de la Journée internationale des femmes, je vous laisse avec une pièce de bon ton. « Ladies », c’est pour vous…
Pour suivre André Péloquin sur Twitter (ou pour répondre à des questions intimes posées par un inconnu probablement en bobettes): www.twitter.com/andredesorel
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