Ceux qui y croient encore

Plusieurs voix se sont levées pour exprimer leur consternation face à la victoire du FN aux élections européennes françaises de ce weekend. Certains y ont vu un inquiétant retour de l’extrême-droite dans le pays des Lumières. On peut leur donner raison jusqu’à un certain point.

Impossible de nier que l’extrême-droite prend du galon en Europe. Le PNOS suisse vient de remporter une importante victoire en Cour qui permet dorénavant à ses membres de pratiquer le salut Nazi en public à des fins d’expression personnelle (!). On a abondamment parlé de l’Aube Dorée en Grèce depuis quelques années, et ce parti fascisant et ouvertement raciste et nationaliste a gagné dimanche soir trois sièges au Parlement européen. De plus, le NPD allemand, qui ne cache pas ses sympathies néo-nazies et proche de l’Aube Dorée, a lui aussi remporté un siège aux élections de ce week-end. Je serais très mal placé pour tenter d’expliquer les raisons profondes qui poussent les gens à voter en faveur d’un parti qui s’affiche ouvertement en faveur du national-socialisme. En faisant ma recherche pour ce billet, par contre, j’ai remarqué une constante: dans tous les cas, sans exception, les autorités nationales ont tenté de bannir le parti d’extrême-droite qui a fini par récolter assez de votes pour faire élire un représentant. Et ça, ça me fascine. Parce que si on tente de rendre hors-la-loi un parti politique, c’est qu’il fait peur. C’est probablement qu’on a peur qu’il crée un effet d’entraînement. Et c’est ça qui est vraiment inquiétant. Parce qu’il me semble que le bon sens devrait nous dire que c’est pas parce que l’économie va mal qu’il faudrait que les étrangers s’assoient à l’arrière du bus. Mettons. Il me semble que ça devrait être assez évident pour que dès qu’un cave se lève et se mette à parader avec un brassard rouge et noir et le bras droit levé dans les airs, qu’un de ses amis le prenne à part et lui dise « hey, scuse, le grand, mais faudrait qu’on se parle ». Normalement, on ne devrait pas avoir peur qu’un parti d’extrême-droite se ramasse avec plus que cinq ou six membres. Et pas cinq ou six pourcents des votes. Je sais que je rêve en couleurs. Le débat sur la Charte du PQ nous a bien montré que, beaucoup trop souvent, le petit frère du nationalisme est l’intolérance, alors qu’il me semble qu’on peut très bien être indépendantiste sans avoir peur de l’Autre. Mais politiquement, comme le montrent les scores de QS et d’ON, cette option n’est pas très viable. C’est probablement d’ailleurs ce qui explique les performances étonnantes du FN en fin de semaine; avec un score de 25% aux urnes, on n’a pas beaucoup parlé ici du taux de participation: on n’a compté que 40% des votes inscrits, les autres ayant voté blanc, annulé leur vote ou s’étant simplement abstenus. Oui, ça veut dire que 10,1% des Français ayant le droit de vote ont choisi le Front National avant un autre parti. Est-ce que ça veut dire que 90% des Français ne croient pas au FN? Peut-être. Ça veut certainement dire que sur les 40% qui ont cru bon aller voter, un sur quatre a donné son vote à un parti résolument anti-Europe. Mais ça veut surtout dire que 60% des Français ne trouvent pas que voter aux Européennes vaut le déplacement. Et comment les blâmer? De plus en plus, la démocratie apparaît comme une pantomime. Le spectacle qui est donné dans les parlements un peu partout est toujours plus désolant; une députée libérale à la mémoire d’un poisson rouge prend l’Assemblée Nationale pour une cour d’école à Québec, une législatrice est contrainte à passer onze heures debout à parler sans arrêt pour empêcher le sénat texan d’adopter une loi anti-avortement, un conseiller municipal qu’on soupçonne d’avoir un peu trop abusé du vin rouge au souper demande au maire de Montréal s’il n’a pas déjà subi de graves dommages neurologiques… Et tout ça alors que la plupart des traités internationaux, négociés dans le plus grand des secrets, ont préséance sur les lois votées par les pays signataires. De plus en plus de gens se rendent compte que ce qu’on prend pour une démocratie n’est, au final, qu’une oligarchie qui fait mine de donner le pouvoir au peuple. La France a-t-elle pris le virage de l’extrême-droite? Non. Ce serait trop con, que le Berceau de la Révolution™ vire proto-fasciste comme ça. Il me semble plus plausible de croire que si on doit tirer une conclusion des résultats de ces élections, c’est que la France a désavoué la démocratie telle qu’on la vit au 21e siècle, où les décisions se prennent de plus en plus loin du peuple et de ses intérêts, une démocratie de nom seulement. C’est juste dommage que les seuls à y croire encore soient le genre de personnes qui votent pour Le Pen.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up