Cette poutine ne contient aucune trace de chou kale

Désolée pour ce titre un peu hors contexte. Il m’est simplement apparu comme une évidence, comme le seul titre que je pouvais donner à cet écrit dans lequel je mets un bout de mon cœur entre chacune de vos mains.

La société est malade.

Elle pourra bien se gaver de graines de chia, de chou kale et de smoothies aux couleurs louches, elle ne sera pas en santé pour autant. Son mal-être est bien trop profond, bien trop vicieux. C’est un mal qui touche l’âme, les valeurs, les ambitions, l’estime de soi. Je le dis haut et fort : cette obsession de manger santé, de compter ses calories, de se vanter de son nouveau workout, de manger sans gluten, et d’être beau et mince, ça frôle les limites du malsain. J’ai essayé ce mode de vie et ça ne m’a pas fait du tout. Tout est dans la modération. Ma poutine, dans laquelle ne se trouve absolument aucune verdure, me fournit une vitamine essentielle : la vitamine bonheur. Elle est meilleure pour ma tête que toutes les salades du monde.

Mes proches le savent, ceux qui me connaissent s’en doutent, et les autres n’en ont rien à faire, mais voilà : dans les trois dernières années, je me suis battue contre un démon que je ne souhaite à personne de rencontrer. Un monstre appelé Trouble Alimentaire, qui arrive toujours accompagné de ses copains Stéréotypes, Préjugés, Honte et Anxiété. C’est T-A pour les intimes, ou Ed pour les Anglos. Personnellement, j’aime bien l’appeler Eddie, je trouve que ça lui fait perdre tout son sérieux. Malheureusement, Eddie vient rendre visite à de plus en plus de gens ces temps-ci. Des filles comme des garçons, jeunes ou vieux, maigres ou bien en chair.

Ça fait au-dessus d’un an que je donne des coups de pied dans le cul d’Eddie et qu’il revient à la charge. Depuis quelques mois, par contre, je lui vois de moins en moins le bout du nez. Je pense que j’ai enfin réussi à le décourager : il a abandonné, j’ai gagné. Le problème, c’est qu’Eddie possède l’arme incroyablement puissante qu’est la société.

Alors aujourd’hui, je rassemble ces mots, ces petits bouts de phrases confuses dans ma tête pour me tenir debout devant Eddie et ses disciples.

Je le fais aussi pour tous les autres qui comprennent ce que je vis, mais qui le traversent en silence, torturés par leur propre esprit. Vous, chers prisonniers que je comprends trop bien, j’espère vous inspirer comme d’autres m’ont inspiré et réussir à vous convaincre qu’il y a une sortie au bout de ce tunnel. Comment pouvons-nous espérer briser les tabous si les principaux concernés ont honte d’en parler?

Imaginez la faim que l’on ressent après une journée entière sans manger. Visualisez le plaisir que vous avez à souper après cette journée en question. Moi, j’ai deux ans de journées sans manger à rattraper. Alors non, je ne mange pas nécessairement ce qu’il y a de plus santé. Eh oui, il m’arrive de trop manger. Eh oui, je prends du poids. Mais le plus drôle dans tout ça, c’est que pour moi, c’est ÇA la santé. Je ne veux rien savoir de vos régimes et de votre nouveau workout, je m’en protège, je refuse d’embarquer dans cette mode. Moi, je nourris mon cœur et ma tête.

Je mentirais si je disais que c’est facile ou que ça ne vient pas avec son lot d’anxiété. On va se le dire : c’est dur en tabarnak de se débarrasser d’Eddie. Mais mon Dieu que ça en vaut la peine. Et puis d’ailleurs, quelle valeur le rétablissement aurait-il si c’était facile? C’est difficile, et c’est pour cette raison précise que je suis si fière de moi. Je suis heureuse comme je ne l’ai pas été depuis longtemps et je recommence à vivre pour vrai.

Je réalise que je suis en train d’accomplir quelque chose que, malheureusement, trop de gens n’auront jamais le courage de faire : je combats mes démons. Je ne m’apitoie pas sur mon sort, je m’en sors. Je suis une battante, et je suis en train de gagner le combat. Tel un vétéran, je suis prête à montrer mes cicatrices de guerre et mes imperfections au monde entier en signe de victoire. Je me promène maintenant la tête haute. C’est l’épreuve ultime. Et si je peux le faire, vous le pouvez aussi. Vous êtes magnifiques tout un chacun.

J’ai réalisé que le meilleur moyen d’être heureuse, ce n’est clairement pas d’essayer vainement d’atteindre certains critères, c’est de faire ce qui me rend heureuse.

Donc oui, si vous avez envie d’une poutine ou de pain doré à 4 h du matin, c’est moi qu’il faut appeler. C’est moi qui, à l’avenir, aurai un plaisir insouciant alors que d’autres seront occupés à compter des calories. Regardez-moi bien, mais mettez des lunettes de soleil, car je brillerai de mille feux. Je me sens invincible, j’ai combattu le diable. Je suis tellement plus qu’un corps, et vous l’êtes aussi. Si seulement cette société malade arrêtait d’essayer de nous faire croire le contraire.

Je m’arrête ici. Pas parce que je n’ai plus rien à dire, mais parce que je crois que j’en ai dit assez. Je vous laisse à votre réflexion.

Partagez si vous le souhaitez, écrivez-moi si vous en avez besoin, envoyez-moi de l’amour et du courage, mais surtout, envoyez-en à tous ces gens qui en ont tellement plus besoin que moi.

Mordez dans la vie guys. YOLO comme on dit.

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up