Cet affreux pouvoir d’étouffer la nouveauté

Les partis politiques qui vieillissent mal et se sentent menacés ont la fâcheuse tendance à vouloir écraser toute nouvelle idée qui pourrait nuire à leurs petits intérêts particuliers.

L’évolution ne l’a jamais eu facile. Devant la nouveauté, qu’elle soit politique, commerciale, technologique ou autre, une opposition s’installe de la part de ceux qui sont confortables dans l’inertie du moment. Le fameux statu quo.

Aujourd’hui, c’est jour de budget spécial à Québec. De nombreux organismes et regroupements pourront avoir accès aux documents officiels, en huis clos, avant le grand public. Des retraités, des étudiants, des syndicats, des entrepreneurs. Bref, à peu près tout le monde qui peut se regrouper au sein d’un organisme minimalement crédible. C’est pour préparer leurs commentaires et leurs réactions au dit budget qu’ils assistent au huis clos: ils veulent pouvoir réagir tous en même temps quand le voile sera levé publiquement sur les divers éléments du budget. On les comprend puisque ceux qui réagiront le lendemain n’auront pas un aussi gros haut-parleur.

Dans un tel contexte, devrait-on admettre au huis clos un jeune parti politique, Option nationale, qui représente plus de 83 000 citoyens qui ont voté pour lui, qui compte plusieurs milliers de membres et qui est l’un des cinq partis sélects ayant présenté des candidats dans toutes les régions du Québec aux dernières élections? You bet qu’on devrait! Par simple respect envers les milliers de gens qui s’identifient à ce véhicule. Et plusieurs regroupements présents au huis clos ne représentent pas autant de citoyens, sans compter que la presque totalité des participants ne sont pas des élus de l’Assemblée nationale, pour répondre à l’avance à ceux (souvent des péquistes, tiens) qui diront qu’Option nationale n’a pas de député en chambre.

L’exclusion pour ne pas donner l’existence
Machiavel a dû y penser quand il avait 10 ans. Pour éviter qu’une idée prenne de l’importance, il faut tout faire pour que les gens ne soient même pas au courant de son existence. Le problème, c’est que la société a besoin qu’on s’élève au-dessus de l’âge mental de 10 ans et ça presse.

Quand je représentais Option nationale en tant qu’élu, l’opposition officielle m’a souvent privé du droit d’appuyer une motion en chambre, contre tout esprit démocratique, pour exercer une petite vengeance et pour que je n’apparaisse pas trop souvent dans le journal des débats de l’Assemblée nationale. Ça c’était environ 5 ans d’âge mental. Puis, durant la campagne électorale de l’été dernier, un parti a manœuvré de son mieux (diantre, le même) pour qu’Option nationale soit exclue des débats des chefs. L’exclusion s’est même appliquée au débat sur la santé (alors que nous avions un spécialiste de la médecine familiale comme candidat, Guillaume Langlois) et sur celui sur l’économie (j’étais juste l’unique chef économiste, après tout).

Cette fois-ci, on exclut Option nationale d’une participation logique au huis clos du budget en tant que force politique émergente au Québec. Le cabinet du ministre des finances, par la voix d’un attaché politique que je connais bien, m’a lancé l’argument que si on m’acceptait au huis clos, il faudrait accepter les 15 autres partis reconnus par le DGEQ. C’est mauvais comme excuse. Non seulement Option nationale a-t-elle recueilli plus de votes que tous ces tiers partis réunis, mais le même argument aurait pu s’appliquer aux autres types d’organisations aussi. On a choisi d’inclure quelques associations étudiantes parmi les plus représentatives, on a choisi certains organismes parmi des centaines pour leur légitimité, etc. Vous me direz, je suis biaisé dans le fait de considérer Option nationale comme une organisation crédible et légitime, mais je pense que 83 000 votes, 120 candidats et 7 500 membres en règle le justifient amplement.

Ce qu’on ne veut pas entendre
Il est plus simple de ne pas proposer de bonnes solutions quand personne autour ne semble en avoir non plus. Donc faisons taire ceux qui en ont. Je ne dis pas que le budget sera mauvais avant de l’avoir lu, mais je crains que les idées suivantes, remplies de gros bon sens, ni à gauche ni à droite, ni souverainistes ni fédéralistes, soient absentes du budget:

  • Déclaration d’impôt unique: On dégagerait 500 millions de dollars d’économie chaque année si, comme tout le monde autour, nous n’avions qu’une seule déclaration d’impôt à gérer au lieu des deux déclarations  actuelles. C’est sans compter les millions d’heures productives (oui, des millions d’heures pour vrai) qu’on engouffre chaque année à ce dédoublement administratif inutile. Le Québec perçoit déjà toutes les taxes sur son  territoire, incluant la TPS fédérale, il pourrait très bien percevoir tous les impôts aussi. Je le répète : 500 millions par année;
  • Pharma-Québec: La révision de notre façon de gérer les médicaments au Québec, en s’inspirant de ce que la Nouvelle-Zélande a fait, nous permettrait de dégager entre 1 et 2 milliards de dollars chaque année;
  • Ressources naturelles: Faire en sorte qu’au moins 51% des profits reviennent aux propriétaires de ces ressources, i.e. les Québécois dans leur ensemble. Ce que personne n’a inventé appartient à tout le monde. Actuellement, ce que personne n’a inventé enrichit un groupe très restreint de firmes privées ou nationalisées étrangères.

Ces trois idées, à elles seules, viennent combler le fameux trou de 1,6 milliard qu’on nous ramène tous les jours depuis quelques semaines. Pourquoi ne les mettra-t-on sans doute pas en place? Pour ne pas s’attirer les foudres d’une opposition majoritaire.

Quand on y pense, si l’exercice du pouvoir minoritaire est de gouverner pour plaire à l’opposition majoritaire, pourquoi ne pas laisser sa place à l’opposition? C’est insensé de changer d’agenda pour ne pas être renversé. Sinon ça revient à un exercice du pouvoir pour le pouvoir lui-même, quelles que soient les politiques qu’on nous incite à adopter pour la survie du gouvernement. Si la présence en soi au pouvoir devient plus importante pour certains que ce que le pouvoir permet de faire, il est temps pour ces gens de ne plus y être.

Mais attendons de voir le budget. S’il devait inclure par surprise les trois mesures mentionnées précédemment, je serai le premier à être heureux d’avouer que j’étais dans le champ… Je ne retiens pas mon souffle.

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