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C’est-tu si pire si je suis fusionnel avec mon enfant ?
Suis-je une mère aimante ou juste incapable de fonctionner sans son enfant?
En faisant quelques recherches nocturnes (je faisais de l’insomnie en pensant à mon bambin endormi, jugez-moi), j’ai réalisé que je suis probablement ce qu’on pourrait appeler un parent fusionnel. L’odeur de mon bébé est une drogue et je ressens un immense FOMO si je manque sa routine dodo. S’il pleure et me tend les bras, ça me prend tout ce que j’ai pour ne pas caller malade plutôt que de le laisser à la garderie. Je me suis moi-même octroyé la mission divine de rendre sa vie merveilleuse en la remplissant de bonnes expériences.
J’aime beaucoup mon enfant, ça, c’est assez clair. Mais mon amour peut-il devenir un fardeau pour lui? Est-ce que je suis en train de scrapper son développement et son autonomie? C’est-tu si pire, être un parent fusionnel avec son enfant?
J’ai le goût de me greffer mon enfant sur la hanche
J’ai vérifié : être un parent fusionnel, ce n’est pas un diagnostic (sauf si vous souhaitez littéralement le greffer sur votre hanche). Le lien qu’on bâtit avec notre enfant, comment on s’investit auprès de notre famille, et, surtout, comment c’est perçu par la société, dépendent de plusieurs facteurs. Notre histoire personnelle, notre culture, la personnalité, les besoins spécifiques et l’âge de notre enfant jouent tous dans la balance.
Par exemple, si vous avez un nourrisson ou un enfant à besoins particuliers, la fusion avec votre progéniture, c’est pas mal ce qu’on attend de vous. Vers 2 ans, votre enfant vous suit partout, jusqu’aux toilettes, donc vous pouvez encore le blâmer pour l’aspect fusionnel de votre relation. Passés les 7 ou 8 ans de l’enfant, c’est beaucoup moins dans la norme.
Rendue là, si vous êtes une maman fusionnelle, il y a des chances que le public soit plus critique de votre surparentage, alors qu’il serait ému de voir un papa poule aussi investi que vous.
Bref, plutôt que d’angoisser à l’idée de se faire attribuer l’étiquette de parent fusionnel, on devrait surtout se poser la question : est-ce que cette proximité nous convient à tous les deux?
Est-ce que mon amour est un boulet pour mon enfant?
Malgré toutes vos bonnes intentions, certains indices peuvent indiquer que vous entrez en terrain miné pour le développement de votre enfant.
- Votre amour est excessivement teinté d’anxiété. Par exemple, vous ne supportez pas que votre enfant vive des difficultés ou qu’iel ait un bobo.
- Vous croyez être la seule personne compétente pour répondre aux besoins de votre enfant, donc vous intervenez sans cesse quand votre enfant est à l’école, à la garderie, chez ses grands-parents, ou avec son autre parent.
- Vous êtes à son service au point de ne jamais le laisser essayer de faire des choses par lui-même.
- Vous n’avez aucun autre intérêt que votre enfant. C’est votre meilleur ami et votre unique raison de vivre.
Être un parent fusionnel, on pourrait dire que c’est la gateway drug pour devenir un parent étouffant, un parent hélicoptère ou un parent bulldozer.
Même si ça nous brise le cœur, nos enfants ont besoin d’espace pour faire face aux obstacles et blessures de la vie de tous les jours, et d’avoir de la peine, comme tout le monde. En tant que parent fusionnel, visez à devenir un « parent refuge » plutôt qu’un « parent prison ».
Est-ce que cet amour est un boulet pour moi-même?
Le psychologue familial Salvador Minuchin a observé ce qu’il appelle des familles enchevêtrées (enmeshment). Selon lui, dans une relation fusionnelle extrême, le parent et l’enfant perdent de vue les limites de leur propre identité et de leurs besoins.
Il n’y a donc pas que votre enfant qui pourrait souffrir de votre relation fusionnelle. Que ce soit par manque de soutien ou par amour éperdu, votre surinvestissement émotionnel et physique pourrait vous mener à l’épuisement parental.
Je vous avoue qu’après avoir lu ça, j’ai commencé à stresser. Et si mon attachement à mon enfant était trop extrême et risquait de nous mener à notre perte? Je me suis demandé si je devais le faire garder plus souvent, le laisser pleurer ou être plus dure avec lui.
Finalement, j’ai trouvé deux remèdes pour relaxer un peu ma relation avec mon enfant, sans lui créer de nouvelles blessures d’attachement en prime : je me suis forcée à avoir un passe-temps (la natation, si vous voulez tout savoir), et j’ai fait un deuxième enfant (ce qui a fait prendre le bord à mon nouveau passe-temps, mais c’est une autre histoire). Maintenant, j’aime DEUX enfants à la folie, au point de vouloir fusionner avec eux. Sauf que là, je n’ai pas le choix de leur laisser de l’espace pour respirer. Si mon amour est infini, mon temps et mes bras, eux, ne le sont pas.
Bref, l’amour parental, ce n’est qu’une autre attente à laquelle on tente de répondre. Si on se fie à Internet, on en fait toujours « trop » ou « pas assez ». Tant que vous n’êtes pas en train de vous brûler, vous faites bien les choses. Tant que vous ne vous attendez pas à demeurer la personne préférée de votre enfant jusqu’à la fin de ses jours, vous faites aussi bien les choses.
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