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Lundi matin, 7h57. Devant les cubicules pour les petits manteaux, je souris comme un otage à la maman d’Arnaud qui me traumadump sa fin de semaine de parent solo, pendant que mon enfant lèche la vitre en attendant son bisou d’au revoir.
C’est ça, des parents. Sous prétexte qu’on a des enfants du même âge, ils ressentent une connexion divine qui les pousse à tout me confier, déchirure à l’accouchement et dernier débordement de couche inclus.
D’un côté, j’apprécie la confiance et le sentiment de communauté. On se croise tous les jours, nos enfants s’entendent bien, et je trouve ça important de pouvoir compter les uns sur les autres en tant que parents. D’un autre côté, je suis en retard pour une réunion au bureau, j’ai à peine le temps de voir les amis que j’ai déjà, et c’est vraiment juste par politesse que je réponds « oui » au « on devrait organiser une playdate bientôt » de la maman d’Arnaud.
Est-ce que je suis obligée de développer un nouveau cercle social composé de gens que, honnêtement, je n’aurais jamais fréquentés dans un autre contexte? C’est-tu si pire si j’ai pas envie d’être amie avec les autres parents de la garderie?
C’est pas pour rien que tout le monde parle du fameux village. Élever des enfants, ça se fait beaucoup moins bien quand on reste seul dans son coin.
La communauté est essentielle, mais pas seulement pour faire du gardiennage. De nombreux parents québécois se sentent sous pression et sont à la recherche de soutien. Selon le professeur Carl Lacharité, chercheur au Centre d’études interdisciplinaires sur le développement de l’enfant et de la famille de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), ce n’est pas la multiplication des services professionnels, mais le contact social avec d’autres parents, qui leur permettrait d’apprendre leur rôle et de gagner confiance en leurs capacités.
Plus que jamais, les parents de jeunes enfants ont besoin de support moral, d’avoir des discussions avec d’autres adultes et de décompresser.
Et qui de mieux pour partager ça que des parents qui en sont exactement au même stade que nous?
Je vous dirais que pour moi, cette compatibilité n’a rien d’automatique. Le groupchat des parents de notre garderie est autant composé de solidarité que de fatigue sociale, de conversations répétitives et de dynamiques limite épuisantes. Critiques des éducatrices, compétitions de parents les plus parfaits, bitchages à propos des enfants mordeurs, tentatives d’enrôlement dans un MLM… Laissez-moi vous dire que parfois, l’idéal communautaire fait dur.
Certains matins (la plupart, en fait), j’ai juste le goût d’aller porter mes enfants à la garderie, à moitié peignée et dans le silence. Idéalement, cette action banale et parfois vulnérable (quand la petite se met à hurler au meurtre pour pas que je l’abandonne) ne se transformerait jamais en événement mondain.
Pourquoi les autres parents ne se satisfont pas tous d’un hochement de tête poli en retenant la porte pour une poussette?
J’avoue que je ne suis pas la mère la plus sociable en ville. Même si je ne pense pas que l’introversion soit un défaut, je me demande parfois si le fait d’aimer aller vers les autres ne m’aurait pas ouvert plus de portes dans la vie.
On ne choisit pas la personnalité de ses enfants, mais je suis quand même contente quand j’apprends qu’ils se font des amis. Et si mon aversion pour les autres parents de la garderie mettait du plomb dans l’aile de la vie sociale de ma progéniture?
Mes enfants seront-ils moins invités à des partys d’amis si j’ai poliment refusé d’aller bruncher avec leurs parents?
Fiou! Merci, Marie-Josée, pour ces sages paroles.
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Selon Statistiques Canada, « les Canadiennes et Canadiens passent de moins en moins de temps avec leurs amis ». Les adultes en âge de travailler seraient les plus atteints par le phénomène : dans les 30 dernières années, leur probabilité de voir des amis lors d’une journée moyenne a diminué de deux tiers. Selon l’étude, iels manquent de temps, en particulier les femmes, et ce sont leurs amitiés qui prennent le bord en premier.
J’ai posé la question à la meilleure experte que je connais : l’éducatrice de mon fils. Selon elle, le minimum est d’être familier avec les parents des amis de nos enfants, et d’avoir leur numéro de téléphone, au besoin. Après, si on n’a pas l’intention de devenir BFF avec eux, c’est possible que certains parents le prennent personnel et oublient de mettre un carton d’invitation dans notre petite case. Et alors? On peut avoir des angoisses de performance en tant que parent, mais on ne peut pas prétendre être responsable des amitiés de nos enfants toute leur vie.