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C’est-tu si pire de laisser son enfant dormir chez un ami?

C’est-tu si pire de laisser son enfant dormir chez un ami?

Entre prudence légitime et parentalité hélicoptère.

25 août 2026
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Quand j’étais au primaire, dormir chez une amie, c’était la soirée de rêve, à égalité avec Noël. Qu’importe si, chez elle, il n’y avait pas de dessert après le souper : il y avait des crêpes le lendemain matin. Qu’importe si le sous-sol sentait le chien mouillé : on avait le droit de regarder Les enfants de l’horreur 3, quitte à ne pas dormir de la nuit.

Si on oublie un instant les choix de VHS douteux et autres séances du jeu Atmosfear, pourquoi refuser à ses enfants le plaisir innocent d’une nuit passée chez un ami? Pour Émilie, mère de trois enfants de deux, quatre et six ans, le choix est clair : elle dit non pour éviter les agressions.

« On connaît souvent nos agresseurs », souligne la jeune maman gaspésienne. « C’est plate à dire, mais c’est ce qui motive ma décision. Ce n’est pas parce qu’on connaît les parents de l’ami qu’on connaît le grand frère ou l’ami du papa. C’est un environnement trop difficile à gérer. »

« Le diable n’est pas partout »

Les parents qui refusent les dodos à l’extérieur sont-ils trop stressés par rapport aux agressions sexuelles? Est-ce qu’on capote pour rien?

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J’ai posé la question au professeur André Plamondon, vice-doyen de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval et grand spécialiste des relations parent-enfant durant l’enfance.

« Je ne pense pas nécessairement que les abus arrivent dans ce contexte-là », indique d’emblée le professeur Plamondon. « Souvent, ce sont des gens qui vont avoir une relation de confiance avec l’enfant. Qu’on en soit conscient ou pas, il y a tout le temps un niveau de risque auquel on s’expose quand quelqu’un s’occupe de notre enfant. »

Le professeur Plamondon est d’avis que les parents d’aujourd’hui ressentent plus d’inquiétudes en raison des réseaux sociaux qui permettent aux histoires d’horreur de se rendre plus facilement nos yeux et nos oreilles.

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D’autres inquiétudes peuvent cependant constituer tout autant de bonnes raisons de laisser tomber l’idée de la nuit chez autrui, ou de questionner sa pertinence.

Pensons aux parents de l’ami, par exemple. Sans qu’ils soient d’affreux prédateurs, a-t-on confiance en leur jugement? Comment vont-ils gérer un imprévu ou un problème? Sont-ils sévères ou pas? Mieux vaut régler ces questions « tout à fait justifiées » avant la fameuse nuit, estime le professeur Plamondon.

« Dans certains cas, je dirais peut-être que les inquiétudes ou l’incertitude peuvent être un indicateur que ce n’est peut-être pas nécessairement le bon moment ou les bonnes personnes [pour une première nuit chez un ami] », expose le spécialiste des relations parent-enfant.

De la résilience des enfants

Édouard a commencé à envoyer sa fille coucher chez des amis alors qu’elle avait cinq ans, et à recevoir des amis à dormir à peu près en même temps.

Lui-même a été élevé dans une famille de quatre frères et sœurs où, toutes les fins de semaine, un enfant découchait ou recevait à coucher. Édouard reconnaît toutefois que de nos jours, ce genre de soirée est moins simple à organiser.

« La partie que j’ai trouvée la plus compliquée, ce sont les parents qui disaient à leurs enfants que s’il y avait quoi que ce soit, l’enfant pouvait les appeler et ils allaient venir le chercher », indique le papa quarantenaire.

« Du coup, plusieurs enfants n’ont jamais dormi à la maison, car, quand vient le temps du dodo, ils ne sont pas chez eux, donc ils appellent leurs parents qui accourent littéralement. »

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En voilà, des parents hélicoptères, que je marmonne en lisant le témoignage d’Édouard. Il me semble que ça ne favorise pas la résilience de l’enfant de le retirer immédiatement d’une situation inconfortable, mais somme toute sécuritaire. Ça va être beau à sa première job.

Le professeur André Plamondon voit toutefois les choses autrement.

« Pour favoriser la résilience, c’est important de ne pas éviter les inconforts, mais le rôle du parent est aussi d’accompagner leurs jeunes à faire les choses graduellement », explique le chercheur. « Est-ce que ça encourage vraiment la résilience si j’amène mon enfant dans un environnement qu’il ne connaît pas, avec des gens qu’il ne connaît pas et un ami qu’il connaît peut-être depuis peu? »

« Ce qu’on veut », poursuit le professeur Plamondon, « c’est mettre un enfant dans un contexte où il risque de réussir à relever les défis. On ne veut pas créer des contextes où ça risque d’être un échec. On veut que les enfants se sentent compétents et en contrôle. »

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Je repense à cette soirée où j’étais installée sur un lit de camp humide plein de petites graines laissées par un dormeur précédent, dans un salon qui sentait la litière pendant que les habitants s’engueulaient en semi-chuchotant dans la cuisine. Disons que je comprends l’enfant qui préférerait son propre lit, sa propre odeur et ses propres parents. Et moi, j’avais 20 ans!

Je ne suis pas restée dans le salon au pipi de chat, en passant. Je me suis levée et j’ai marché une heure jusqu’à chez nous. Comme dirait ma sage mère, « on n’est pas obligés de souffrir », simonac.

Ça lui tente-tu vraiment?

Parlons du contexte de la nuit chez l’ami. Votre enfant est-il vraiment attiré par ce prospect? Selon le professeur André Plamondon, c’est la première question qu’on devrait se poser. Le meilleur indicateur que le sleepover est une bonne idée, c’est si l’idée vient du principal concerné.

« Mais encore là, est-ce que l’enfant a une idée réelle de ce que c’est? » s’interroge le spécialiste.

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Le professeur Plamondon n’est lui-même pas resté dormir chez son meilleur ami (et voisin d’en face) lors de son premier party pyjama. « Ça me tentait, mais finalement, ce qu’on s’imagine et la réalité, ce n’est pas toujours la même chose », me confie-t-il.

Et, quand on y pense, ce n’est pas bien grave de partir au moment du dodo. On a passé la soirée ailleurs que chez soi, à voir comment une autre famille fonctionne, à faire l’expérience d’autres habitudes et à goûter d’autres recettes. Ça peut suffire pour une première fois, et même une deuxième.

« Oui, on veut que les enfants soient plus autonomes, plus compétents, mais est-ce que c’est une compétence de vie essentielle d’aller dormir chez un ami avant l’âge de 12 ans? Il y a des enfants qui ne vont pas le faire, et leur vie va être bien correcte », estime le professeur Plamondon.

Vu de même.

Pour les partys pyjamas (comme pour pas mal tout en parentalité), il faut que nos attentes soient réalistes, et que l’enfant en retire quelque chose de positif. Comme une passion dévorante pour les films d’horreur.

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